Publié le 31 Aug 2012 - 13:32
CONTRIBUTION AU CONGRES DE LA CAF

 Football en Afrique, cela ne peut plus durer !

 

Presque partout ailleurs en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest, le constat est désolant, c’est comme si rien n’a bougé depuis la nuit des temps. Malgré la professionnalisation croissante du football, le financement public de cette activité demeure encore la règle perpétuant une dépendance trop forte vis-à-vis des ressources publiques qu’il faut d’ailleurs partager avec d’autres priorités. Il y a une insuffisance des infrastructures et des équipements de base. Pour le peu qui existe dans ce domaine, les faiblesses notoires de la maintenance entraînent une dégradation prématurée et souvent irréversible. Il y a un cadre juridique et institutionnel peu adapté au contexte sportif en constante mutation. Il y a enfin un déficit chronique de cadres administratifs et techniques dans l’accompagnement du développement du football.

 

Aujourd’hui, avec des préoccupations de plus en plus économiques, l’heure est à la mise en place d’une nouvelle forme d’organisation pour le football. Comment faire pour que les responsables élus puissent s’appuyer sur les compétences des personnes ayant une maîtrise des techniques économiques, juridiques et de gestion, adaptées aux données spécifiques du monde sportif ? Comment faire pour que les dirigeants actuels du football africain puissent muer en gestionnaires dont le travail consiste à diriger, coordonner de façon efficace les ressources humaines, matérielles et financières en vue d’atteindre des objectifs acceptables ?

 

Alors que la CAF se doit de répondre à ces défis qui interpellent tout un continent, on constate, impuissant, que la fracture entre le football africain de niveau international et le football africain interne se creuse de plus en plus. Ce serait facile d’accuser les Etats africains et leur mode de gouvernance. Mais sur ce coup, j’accuse plutôt les dirigeants du football africain qui laissent le football mourir sur le continent : la ligue des champions ne déchaîne pas les passions et donne l’impression d’une compétition pour une petite partie de l’Afrique. Les championnats nationaux se meurent faute de qualité. Même la CAN semble être soutenu par les Etats qui, soucieux de leur rayonnement international et de la paix sociale interne, paient à prix fort la participation de leurs stars planétaires pour augmenter leurs chances de remporter le trophée.

 

Cela ne peut plus durer ! Dans toutes les institutions démocratiques, ce constat aurait conduit à un changement de mode de gouvernance ou un changement d’hommes en vue d’impulser des réformes et de prendre les décisions idoines. La CAF étant une institution dans laquelle la dévolution du pouvoir se fait par la voie d’élections libres, je suis en droit de croire qu’il s’agit d’une institution démocratique. Mais la proposition de modification des conditions d’éligibilité, émanant d’hommes proches de l’actuel Président, pose problème. Ceux qui font ce genre de propositions ne me paraissent pas aptes à prendre les décisions qui conduiront le football continental à la hauteur du talent de ses footballeurs qui font vibrer les championnats des pays développés. Il est temps qu’ils laissent à d’autres le soin de poser leur pierre à la construction du football africain. L’un des slogans les plus utilisés lors de la Coupe du Monde de football en Afrique était «Ke nako» pour signifier que «l’heure est venue». J’ai envie de dire que l’heure est venue pour que d’autres arrivent dans le système dirigeant de la CAF.

Dakar le 23/08/12

Abdoulaye Sakho, Agrégé des Facultés de Droit.

Directeur fondateur du Master de Droit du Sport.

Université Cheikh Anta Diop/Dakar.

Section: