Publié le 4 Jul 2018 - 22:32
COUVERTURE MEDIATIQUE DES LEGISLATIVES

Le Cnra décrie les anomalies

 

Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel a publié, hier, son rapport sur la couverture médiatique des élections législatives de 2017. Il a décelé de grands déséquilibres au profit des coalitions Mankoo Taxawu Senegaal, Wattu Senegaal, mais surtout Bennoo Bokk Yaakaar. Les hommes, non plus, n’ont laissé aucune place aux dames.

 

Le gendarme des médias resurgit. Il s’est, cette fois, intéressé de près à la manière dont les médias ont traité les dernières élections législatives. Il ressort de leur diagnostic ‘’qu’aussi  bien durant la précampagne que pendant la campagne électorale, les médias se sont focalisés surtout sur l’actualité politique de trois coalitions parmi les 47 listes qui étaient en compétition, à savoir : Bennoo Bokk Yaakaar,  Coalition gagnante Wattu Senegaal et Mankoo Taxawu Senegaal’’. L’autre enseignement majeur relevé par le Conseil national de régulation de l’audiovisuel est que la majorité s’est taillé la part du lion aussi bien au niveau de la presse écrite, audiovisuelle et sur les sites internet. Exactement, précise le Cnra, au niveau de la presse écrite, durant la précampagne, Bby s’est accaparée de 63,3 % des unes, la Cg/Ws 16,9 %, Mts, pour sa part, s’est vu consacrer 12,77 %. Loin derrière, viennent les partis et petites coalitions en lice dans cette compétition.

La même tendance est également notée pour ce qui est des articles dans les différents organes de presse. Là aussi, à tout seigneur, tout honneur. Les trois grandes coalitions écrasent les petites au niveau de la couverture médiatique. Et Bennoo Bokk Yaakaar domine tous ses concurrents. ‘’Sur l’ensemble des quotidiens de notre échantillon, écrit le Cnra, 678 articles ont été consacrés à la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, contre 172 articles pour la Coalition gagnante Wattu Senegaal et 110 articles consacrés à la coalition Mankoo Taxawu Senegaal’’. Les lilliputiens n’y ont vu que du feu. Et comme les grandes face aux petites coalitions, les hommes ont également été ‘’sans pitié’’ contre les candidates femmes. La parité dans les médias a été rudement malmenée. L’organe de régulation indique que 97,87  % des unes ont été consacrés à des personnalités masculines, 2,13 % des publications seulement concernaient des personnalités politiques féminines. Même tendance en ce qui concerne les articles.

Mais le déséquilibre dans le traitement n’a pas concerné que la presse écrite. L’audiovisuel et les sites d’information, non plus, n’ont pas échappé à la razzia des grandes coalitions et particulièrement de Bennoo Bokk Yaakaar. En effet, 85 publications sur 145 relevés portent sur la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, contre seulement 17 sur la Coalition gagnante Wattu Senegaal et enfin 14 pour  Mankoo Taxawu Senegaal. Des miettes ont été laissées aux petits candidats.

En ce qui concerne les radios, 52,94 % des éléments portent sur la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, contre 16,99 % sur la Coalition gagnante Wattu Senegaal et enfin 14,38 % des relevés concernent la coalition Mankoo Taxawu Senegaal. Les télévisions n’ont pas fait exception à la règle. Avec un taux de 60,65 %, Benno arrive en tête, contre 25,93 % pour la Coalition gagnante Wattu Senegaal et 5,56 % pour Mts. Les mêmes tendances ont été notées durant la campagne, à une exception près. La Coalition gagnante, avec l’arrivée de son mentor Abdoulaye Wade, a vu sa part accroitre au détriment des poulains de Khalifa Sall en prison. Benno est restée maitre du jeu.

Le Cnra ne s’est pas limité à constater le déséquilibre. Il a essayé d’en déceler les origines. A l’en croire, il faut surtout les chercher dans le pouvoir financier des uns et des autres. Mais l’organe de régulation n’a pas fait fi du contexte difficile de l’époque marqué par la présence de 47 listes. Il estime ainsi que c’est l’une des explications, car les médias se sont focalisés sur les trois coalitions les plus importantes.

Pour résorber à l’avenir cette différence dans le traitement des candidats, l’organe de régulation préconise le financement des partis politiques. ‘’Le Cnra réitère son appel à adopter une loi sur le financement des partis politiques, pour favoriser un meilleur encadrement de l’origine et de la gestion des ressources destinées à leurs activités et à leur budget de campagne’’, suggère Babacar Touré et ses camarades.

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