Publié le 9 Jan 2018 - 16:21
DRAME DE BOFFA BAYOTTE

La piste du bois se précise

 

La coupe abusive et illégale du bois de teck, dans la forêt de Bourofaye Baïnounck, pourrait bien être la cause de l’attaque de samedi dernier ayant causé la mort atroce de treize personnes.

 

Ce pourrait être dans les sentiers battus de la coupe du bois que se trouve l’explication du drame de samedi dernier. La piste se consolide comme motif très plausible du massacre de Boffa. L’enquête est au stade embryonnaire, mais les informations qui nous parviennent confirment bien cet indice, comme on l’avait du reste expliqué dans notre édition d’hier. ‘‘Ce sont des représailles des rebelles’’, souffle une voix proche du dossier. Notre source, qui ne veut pas aller vite en besogne, semble toutefois très convaincue que le drame national du samedi 6 janvier 2018 est le dénouement macabre d’un accrochage entre ‘‘parents de rebelles partis chercher du bois dans la forêt et les brigades vertes chargées de la protection des végétaux’’, avance-t-il. C’est dans le front sud, dans la région du Kassa (Oussouye, Ziguinchor, Sédhiou) qu’a eu lieu le massacre. Comme dans le Fogny, la zone nord de la région de Ziguinchor contrôlée par Salif Sadio (Bignona, Diouloulou...), les résidents ont toujours vécu de l’exploitation du bois qu’ils perçoivent comme une activité de survie et trouvent son interdiction arbitraire en tant qu’autochtones ayant toujours pratiqué le ramassage.

Mais, avec le régime de Yaya Jammeh, le bois est devenu plus qu’un produit de survie. Il est désormais l’objet d’un trafic tellement intense que la déforestation de la luxuriante végétation dans le Sud est devenue une question de préoccupation nationale pour les autorités gouvernementales sénégalaises.

Dans l’optique de lutter contre la coupe abusive, l’ancien ministre de l’Environnement, Aly Haïdar,  préconise la création  de brigades vertes pour veiller à la protection de l’environnement. ‘‘C’est presque le même principe que les Asp. Les agents devaient veiller à ce que les trafiquants soient transmis à la police ou à la gendarmerie. Mais, progressivement, ils se sont substitués aux forces de l’ordre et ont commencé à se livrer à un type de justice expéditive’’, souffle-t-on en haut lieu. C’est dans cette logique qu’ils s’en sont pris aux proches de ‘‘rebelles’’ qui étaient allés chercher du bois dans la vaste forêt casamançaise. L’affaire finit par atterrir devant la justice. Mais, après leur jugement, les agents des brigades vertes, reconnus coupables de coups et blessures, ont été condamnés à 1 mois de prison. Ce qui n’a manifestement pas plu aux ‘‘rebelles’’ qui ont  trouvé ‘‘la peine trop clémente et ont pris la résolution de régler l’affaire par eux-mêmes’’, explique la source.

S’il déplore le fait que certaines poches continuent de résister à l’Etat central, il assure que ce massacre n’est pas une manifestation du conflit armé. ‘‘On ne s’en est pas pris au processus de paix en tant que tel’’. Notre interlocuteur en veut pour preuve cette entente tacite, entre bandes armées et forces armées sénégalaises, qui fait qu’il n’existe pas de barrages militaires dans les fronts sud et sud-est, respectivement sous la férule de César Atoute Badiatte et Ousmane Niantang Diatta, alors que dans le Fogny de Salif Sadio, la situation est un peu plus délicate.  

Le Mfdc condamne, accuse et rassure

Le site Internet ‘’journaldupays.com’’ ne parle pas le même langage. Il n’évoque pas de ‘‘brigades vertes’’, mais un comité inter-villageois de lutte contre la coupe abusive de bois. Hier, publiant un communiqué de la cellule de communication du maquis sur sa plateforme, le site confirme l’existence de ce trafic illicite du bois et persiste dans ses accusations contre les hautes autorités régionales et les démembrements de l’Etat central. ‘‘C’est à ce niveau que devrait se dérouler l’enquête. Il faut chercher l’origine du mal plutôt que d’épiloguer sur ses conséquences à travers de fausses accusations contre le Mfdc’’, lit-on sur le site. Pour montrer que les promesses de paix dans ce dossier ne sont pas compromises, le mouvement irrédentiste ‘‘continue dans sa dynamique d’ouverture au dialogue en faveur d’une issue heureuse au conflit casamançais et ne se laissera pas distraire, ni désorienter par les fossoyeurs de la paix et les autorités et chefs de services régionaux qui ne visent rien d’autre que de casser la dynamique de paix afin de pouvoir mieux vivre du conflit’’, conclut-il.

MAME TALLA DIAW

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