Publié le 30 Aug 2018 - 19:29
ETUDE SUR LE SYSTEME DE REMUNERATION DES FONCTIONNAIRES

Les syndicalistes réclament le rapport complet

 

Le rapport mis à la disposition des syndicalistes pour les négociations sur le système de rémunération des fonctionnaires et autres agents de l’Etat est incomplet, selon ces derniers. En colère, ils l’ont dénoncé hier, à l’occasion de l’atelier de partage des conclusions de l’étude sur la question.

 

Le constat a été unanime, hier, lors de l’atelier de partage des conclusions de l’étude sur le système de rémunération des fonctionnaires et autres agents de l’Etat : Les documents fournis par le gouvernement sont incomplets. ‘’Il est important qu’on ait les éléments nécessaires d’informations pertinentes. Nous sommes très inquiets. On nous a fourni une documentation incomplète. C’est un extrait qui occulte l’ensemble des informations pertinentes qui auraient pu nous permettre d’apprécier à sa juste dimension, les dysfonctionnements, anomalies que nous constatons dans le système de rémunération’’, souligne le Secrétaire général du Syndicat des inspecteurs et inspectrices de l’éducation nationale du Sénégal (Siens), El Cantara Sarr. Selon lui, si le gouvernement veut ‘’gagner du temps’’, ‘’optimiser’’ ce qu’ils sont en train de faire, il est ‘’nécessaire’’ de donner les informations ‘’pertinentes’’ aux partenaires sociaux, aux syndicats.

‘’Nous espérons que ça ne sera pas de l’habillage juste pour dire que nous l’avons fait. Et que cela traduit une réelle volonté d’aller vers une restauration des équités et une correction des iniquités. Cette problématique est globale. Elle s’adresse à l’ensemble des travailleurs de la fonction publique. Il ne s’agit pas d’être dans des clivages ou des considérations partisanes’’, poursuit-il. Le porte-parole du Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen secondaire (Cusems) Abdoulaye Ndoye va plus loin et renseigne que dans le document, la substance, à savoir la liste des grilles de rémunération, celle des indemnités, primes et avantages, n’y figure pas. ‘’Le rapport final est disponible, mettez ça à notre disposition. Nous ne cherchons pas à déstabiliser votre pouvoir. Nous sommes des syndicalistes et nous nous battons pour les Sénégalais’’, rassure-t-il.

Le porte-parole du G6, Saourou Sène, de rappeler qu’ils étaient avec le gouvernement le 30 juillet dernier. Et c’est à partir de ce moment que la décision de leur transmettre ce document leur a été notifiée. ‘’Mieux, il y a un autre document qui devait accompagner celui-ci. Parce que le président de la République avait indiqué déjà avoir constaté des insuffisances par rapport à ce document.  C’est la raison pour laquelle il avait lui-même commandité une étude par l’Inspection générale d’Etat (Ige). Ce document issu de l’Ige devrait être déclassifié et mis à la disposition de l’atelier’’, renchérit le Sg du Syndicat autonome des enseignants du moyen et secondaire du Sénégal (Saemss). Pour M. Sène ceci leur permettra d’aller vers des propositions beaucoup ‘’plus concrètes’’.

D’ailleurs, le syndicaliste considère que tout ce qui a été dit, lors cette rencontre, l’a déjà été. Car, le pré-rapport a déjà été partagé. ‘’Nous ne pouvons éternellement rester sur le diagnostic. Ce n’est pas parce qu’il y a des effectifs qui ont augmenté que le gouvernement est allé vers l’étude du système de rémunération. Ce sont les inégalités et les iniquités qui frappent le système qui ont poussé certaines catégories des travailleurs, notamment celle de la santé et de l’éducation, à engager le bras de fer pour qu’on reprenne ce système, dans le cadre d’une nouvelle proposition’’, précise-t-il. Avant de rappeler qu’un rapport final devra être remis au chef de l’Etat, avant le mois d’octobre prochain.

Sidya Ndiaye : ‘’Aucun ministre du gouvernement n’a daigné venir discuter avec nous’’

Autant dire que les syndicalistes sont en colère, ainsi que le souligne le secrétaire général de la fédération générale des travailleurs du Sénégal (Fgts) Sidya Ndiaye. ‘’C’est de la provocation. Nous serons obligés de mettre les pendules à l’heure pour qu’on nous respecte. Je ne peux pas comprendre qu’aujourd’hui, aucun ministre du gouvernement n’ait daigné venir discuter avec nous d’une situation aussi importante. Il y a un manque de considération notoire vis-à-vis des syndicalistes que nous sommes’’, fulmine-t-il. Il dénonce un ‘’problème de dilatoire’’ qui ne dit pas son nom. ‘’Ils vont nous mener à travers des études à n’en plus finir. Lorsqu’on parle du nombre de fonctionnaires et d’indemnités qui ont augmenté, on oublie que la population a aussi augmenté. Qui a créé des agences à n’en plus finir destinées à recaser les partisans politiques et à coût de millions de francs CFA ? Nous sommes sur le terrain nuit et jour au nom et au service de l’administration et personne ne nous respecte. Dans ce pays, il y a des niches, des gens qui gagnent de l’argent en dormant’’, poursuit M. Ndiaye.

De ce fait, le défi majeur qu’il faut régler, de l’avis du représentant du Syndicat des cadres et employés de l’administration publique, Mactar Dabo, c’est celui de la gouvernance de la fonction ressource humaine des agents de l’Etat. ‘’Quand on a des sous-fonctions qui sont disparates, gérées par des institutions différentes, cela pose toujours un problème de cohérence, d’équité dans le système de rémunération. Mais il ne faut pas que le secteur de la santé et celui de l’éducation se considèrent comme les parents pauvres de ce système. Il y a d’autres agents de l’administration qui sont moins nantis’’, relève-t-il. Avant d’informer que l’exploitation des bulletins de salaire des agents des autres administrations montre que ces derniers n’ont que le solde industriel et derrière, il n’y a aucune indemnité. Alors que dans l’enseignement et la santé, il y en a avec des primes, etc. ‘’Donc, c’est la solidarité qui doit primer pour qu’au sortir de cet atelier, toutes les composantes des agents de l’Etat puissent avoir une plus-value dans le cadre de leur gestion salariale’’, dit-il.

‘’Les effectifs sont passés de 66 000 à 130 000’’

Il faut noter que les résultats de l’étude ont montré, d’après le Directeur du Renouveau du Service public, Salif Kandé, certains manquements dans la Fonction publique. ‘’Pour le cadre juridique, il est constaté qu’il y avait 200 textes qui encadrent le système de rémunération, qui sont généralement insuffisamment connus des acteurs et populations et pas ou peu respectés. Concernant les effectifs de la Fonction publique, l’élément à noter est le poids écrasant du corps enseignant, toute hiérarchie et tout statut confondus, qui représente 77% de ces effectifs’’, explique-t-il.

Pour ce qui est des effectifs de l’administration, ils sont passés de 66 000 en 2000 à 130 000 en 2018. Pendant ce temps, la masse salariale est passée de 173 milliards de francs CFA pour atteindre 683 milliards de francs CFA, en fin décembre 2018. Dès lors, M. Kandé fait savoir que la recommandation principale, c’est ‘’d’assurer une rénovation effective’’ du système de rémunération. Ceci, en mettant en œuvre une politique appropriée en s’appuyant sur une organisation optimale et rationnelle valorisant les ressources humaines. Sur le rapport de l’Ige, le Secrétaire général du ministre Mouhamed Mahmoud Diop indique que, tant qu’il n’est pas déclassé, il ne pourra pas être mis à la disposition des syndicalistes.

MARIAMA DIEME

 

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