Publié le 20 Dec 2013 - 04:23
LA CHRONIQUE DE MAGUM KËR

 Le mandat des incertitudes

 

L’idéal serait pour le président de la République Macky Sall que l’échéance de la prochaine consultation électorale, les élections municipales, soit comme la ligne de l’horizon qui reculerait quand il s’avance. Certains de ses alliés dans le gouvernement sont dans les mêmes indispositions et le Parti socialiste ne le cache guère, ne se satisfaisant même pas du report actuel jusqu’au mois de juin 2014.

C’est que par delà l’énigme de la longueur du mandat en cours, vite pliée par la détermination de son détenteur de le raccourcir des sept actuels ans à cinq ans, se pose l’équation des élections municipales comme un tournant déterminant. Lequel relativise absolument la question de la durée du mandat pour ne considérer que sa nature que le scrutin du probable juin 2014 risque de changer fondamentalement puisqu’aucun pronostic optimiste ne se hasarderait à prédire, comme il était de bon ton il n’y a guère longtemps, la victoire des tenants du pouvoir.

La connivence des alliés dans le gouvernement sur le report des prochaines élections n’a pas la même signification. Si pour le parti présidentiel et ses éventuels alliés électoraux aux municipales l’impréparation subsumée et la déroute redoutée sont la cause non déclarée, il n’en est pas de même pour ses partenaires en voie de défection. La peur apparente du scrutin que ressent le pouvoir est un gage d’assurance pour cette prochaine opposition qui donne déjà de la voix : si le président est en passe de changer de majorité, elle quittera la coalition.

Le fait est que tel semble être la résolution de Macky Sall qui enfile les audiences dont la qualité des attributaires laisse supposer que ce sont autant de ralliements. Les socialistes qui sont d’ordinaire si disciplinés donnent donc de la voix à chaque occasion pour le dissuader ou l’endormir, c’est selon, puisque chacun veut par ailleurs rendre l’autre responsable de la future dislocation de l’alliance que  cette surenchère entretenue rend par ailleurs plus inéluctable.

La posture du pouvoir est sans doute plus précaire : les coalisés dans le gouvernement les plus avancés dans la modulation d’une éventuelle rupture, sont les socialistes desquels l’actuel maire de Dakar est le principal argument électoral. Son invincibilité supposée se lit dans l’ambition modérée des caciques du parti présidentiel dont le Premier ministre qui ne décline sur le moment qu’une appétence très modérée : la mairie de Grand-Yoff, dans les faubourgs de Dakar.

Tandis que le plus éminent compétiteur dakarois, le Secrétaire du gouvernement Seydou Guèye n’est guère beaucoup plus ambitieux puisqu’il se contenterait de la mairie de la Médina. Sans prendre garde que l’actuel maire de la ville de Dakar pourrait être neutralisé au sein de son parti, de peur que son éventuel succès municipal le confirme comme le successeur ou, à tout le moins, le prétendant le plus sérieux à la succession de l’actuel Secrétaire général du Parti socialiste (PS) Ousmane Tanor Dieng, en cas de compétition ouverte.

L’autre hypothèse, compte tenu de la finesse de son jeu politique, serait qu’Ousmane Tanor Dieng appuie Khalifa Sall dans une nouvelle quête de la mairie de la ville de Dakar pour qu’il s’en contente. L’argument politique qui pourrait faire pièce à ce scénario devrait venir des alliés dans la gestion locale qui pourraient invoquer une nécessaire rotation dans l’éminente fonction d’édile de  la capitale. Cela craint depuis que le maire de Pikine, Pape Sagna Mbaye, interrogé sur ses ambitions du moment, a sagement répondu qu’il restait à l’écoute de la coalition.

C’est dire que non seulement le parti du président est dans l’œil du cyclone mais aussi les coalitions qui l’ont soutenu à la présidentielle de manière graduelle. Car le système de duperie réciproque, érigé en mode de gouvernement par la cohabitation de la seconde alternance, n’a jamais reposé sur d’autre certitude que leur future séparation en une période que seul l’éveil des ambitions divergentes déterminera.

Ce qui laisse une chance à l’actuelle opposition de conserver ses acquis municipaux, voire de les renforcer, si elle réussit à ramener dans une alliance où elle serait hégémonique les segments qui s’étaient détachés d’elle après sa chute. La pression judiciaire qui s’exerce sur ses cadres est à jauger dans son issue ultime et sur son impact sur le renouvellement de son leadership ainsi que le maintien de sa cohésion. Le retour programmé de l’ancien président Abdoulaye Wade devrait y aider selon l’option tactique qu’il aura enfin choisi ou qui lui aura été imposé par le cours des évènements.

Pour le moment, malgré son ton endurci par le contexte psychologique, le vieux bretteur est en quête d’une solution politique qui est assez réaliste malgré son enjeu apparemment chimérique qui serait l’unification des libéraux : l’appropriation excessive des biens de la nation par des tiers étant leur fait commun, la restitution de ceux-ci en procédure politique inverse coulerait de source.

Le choix de la capitale ivoirienne est d’autant moins fortuit que l’auteur de ces lignes suggérait, après la lettre de Maître Abdoulaye Wade au président Macky Sall proposant la réunification de la famille libérale, que la médiation du président ivoirien Alassane Dramane Ouattara soit sollicitée. Pour son appartenance à la même internationale libérale certainement mais encore pour la disponibilité conciliatrice dont il fait montre face à sa propre crise politique interne beaucoup plus grave.

Notre pays est classé parmi les plus stables d’Afrique, les moins déstabilisés, devrions-nous en  convenir car la revendication indépendantiste casamançaise reste préoccupante par la présence de groupes armés sur des portions de notre territoire national. Et malgré la domestication des bonzes syndicaux, le secteur du travail est en ébullition : les universités, les écoles, les hôpitaux sont devenus des champs clos où la classe moyenne redresse les mécomptes de la ploutocratie émergente.

 

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