Publié le 8 Jul 2018 - 14:32
LIBERATION DU DEPUTE-MAIRE DE DAKAR

Les pro-Khalifa Sall déclenchent le compte à rebours 

 

Le rassemblement organisé hier par les partisans du député-maire de Dakar à la place Doudou Ndiaye Coumba Rose, n’a pas drainé beaucoup de monde. Mais il a servi de tribune aux partisans de Khalifa Sall pour inviter la justice sénégalaise à se conformer à l’arrêt de la Cour de justice de la Cedeao, en libérant leur leader.

 

La mobilisation n’était certes pas au rendez-vous. Mais les ‘’Sentinelles de la résistance’’ (du nom de ce mouvement de lutte pour la libération de Khalifa Sall) ont quand même réussi le pari de tenir leur rassemblement hier à la place Doudou Ndiaye Coumba Rose. Devant les grilles même de la Radiodiffusion télévision sénégalaise, les partisans du maire de Dakar ont crié leur ras-le-bol et ont mis en garde la justice sénégalaise contre toute tentative de se soustraire à l’arrêt de la Cour de justice de la Cedeao.

Selon la présidente des femmes ‘’khalifistes’’ Aïssatou Fall, avec la décision de la Cour de justice de la Cedeao, Khalifa Sall n’est plus prisonnier. Il devient un otage qu’il faut libérer des mailles de la justice. Car le verdict de cette juridiction lie la Cour d’appel de Dakar qui doit juger l’affaire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle invite l’ensemble des militants et sympathisants du maire de Dakar à se mobiliser dès 6 h. ‘’Nous ne craignons pas d’être placés sous mandat de dépôt. Ils nous auront devant eux, car nous ne reculerons désormais devant rien. Autant ils sont décidés à liquider Khalifa Sall, autant nous sommes déterminés à le libérer’’, fulmine-t-elle.

‘’Trop, c’est trop. On a assez piétiné les droits de Khalifa Sall. Dorénavant, nous ne nous laisserons plus faire’’, tonne, quant à lui, le maire de Dalifort. Selon Idrissa Diallo, dès lors que le Sénégal a accepté d’intégrer la Cedeao, il a l’obligation de respecter les décisions issues de ses juridictions. ‘’Le Sénégal a cessé d’avoir sa souveraineté quand il s’est engagé dans cette communauté’’, soutient-il. Avant de s’en prendre au chef de l’Etat en ces termes : ‘’Macky Sall est un dictateur. Mais on va lui montrer qui nous sommes à partir du 9 juillet (date d’ouverture du procès en appel de Khalifa Sall)’’, promet Idrissa Diallo. Embouchant la même trompette, le maire de la Médina, Bamba Fall, n’y va pas avec le dos de la cuillère. ‘’Macky Sall a envahi la Gambie sous le couvert de la Cedeao. Donc, il a aujourd’hui l’obligation de respecter les décisions issues de ses juridictions’’, lâche-t-il.

Le ton ainsi donné, les partisans de Khalifa Sall ont dit tout le mal qu’ils savent du régime du président Macky Sall. Tour à tour, les différents responsables qui se sont succédé au pupitre érigé sur le parvis de la place Doudou Ndiaye Coumba Rose, ont fait le procès du chef de l’Etat et de son ‘’clan’’, sous le regard vigilant des forces de l’ordre qui veillaient au grain. ‘’Ce pays est dirigé par des peureux qui veulent coûte que coûte écarter tous les candidats sérieux de la course à la présidentielle de 2019. Macky Sall a peur d’aller au second tour et a décidé que ce soit lui et personne d’autre. Ça, nous ne l’accepterons pas’’, lâche Abba Mbaye, coordonnateur de la Convergence socialiste.

Bamba Fall, le retour parmi les siens

Pour sa part, le coordonnateur du Rassemblement pour la solidarité et l’unité dans la République (Rassure) invite les populations sénégalaises à se joindre à leur combat et à se mobiliser lundi prochain, jour de l’ouverture du procès de Khalifa Sall. ‘’Le compte à rebours doit démarrer à partir du lundi 9 juillet. J’invite, à cet effet, tous les militants, responsables et sympathisants de Taxawu Dakar, de l’opposition sénégalaise et des citoyens épris de justice et de paix à mener le combat pour contraindre la justice sénégalaise à dire le droit dans cette affaire’’, déclare Youssou Mbow. Abondant dans le même sens, la présidente des femmes du Rassure, Mame Diarra, appelle la banlieue dakaroise à ne pas être en reste dans ce combat. ‘’J’invite la banlieue à sortir massivement. J’appelle les populations de Comico, Yeumbeul, Thiaroye, Guédiawaye et des autres localités qui ont aujourd’hui soif avec les coupures intempestives d’eau, à faire d’une pierre deux coups, en se mobilisant pour dire non à l’arbitraire et à la mal gouvernance qui sombrent de plus en plus le pays dans l’abîme‘’, soutient-elle.

Prenant la parole au nom des partis alliés de la coalition Taxawu Sénégal, Fatoumata Gassama Fall estime, quant à elle, que le combat pour la libération de Khalifa Sall perdure et qu’il faut désormais poser un acte fort. Selon elle, si depuis un an les partisans du maire de Dakar ne cessent de se mobiliser tous les jours pour combattre l’arbitraire, le 9 juillet, il faut lancer l’estocade pour délivrer Khalifa Sall. ‘’Le 9 (juillet), nous devons aller au tribunal uniquement dans le but de rentrer avec Khalifa Sall. Il n’a rien fait. Ses droits ont été violés et les juges ne doivent plus attendre pour le remettre en liberté, après la décision rendue par la Cedeao’’, déclare-t-elle. Avant d’inviter les juges de la Cour d’appel à se conformer au droit et à affirmer leur indépendance.

Venu prêter main forte à ses camarades de lutte, après plusieurs mois de brouille et d’hésitation, le maire de la Médina, Bamba Fall, qu’on accuse pourtant d’avoir transhumé vers les prairies marron-beige, s’est montré plus critique envers le régime. ‘’Nous ne réclamons plus un procès équitable. Nous exigeons maintenant la libération immédiate et sans condition de Khalifa Sall. Sa place n’est plus en prison, depuis le verdict rendu par la Cour de justice de la Cedeao’’, déclare-t-il. Il soutient, en outre, que le combat qu’ils sont en train de mener va désormais au-delà de la libération purement et simplement de Khalifa Sall, mais pour qu’il soit candidat à la prochaine élection présidentielle. ‘’Ils l’ont injustement accusé pour le discréditer auprès des populations avant de le jeter en prison. Nous l’avons élu député. Je pense qu’ils ne doivent pas attendre qu’on l’élise président de la République pour le libérer’’, persifle-t-il. Non sans rassurer ses camarades. ‘’Je suis et je reste un ‘’khalifiste’’ éternel. La famille de Khalifa Sall est une et indivisible. On a tenté de nous mettre en mal’’, soutient-il. Il a, dans la même veine, levé toute équivoque quant à ses relations avec le maire de Mermoz - Sacré-Cœur. ‘’Barthélemy Dias est un homme bien’’, témoigne-t-il. Bamba Fall a, dans la foulée, tenté de se justifier sur son absence aux cotés de Khalifa Sall depuis son incarcération. ‘’Les gens me reprochent de ne pas me rendre à la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss pour rendre visite à mes camarades qui y sont emprisonnés. Mais on m’a interdit d’accès à Rebeuss tout comme c’est le cas avec Idrissa Seck. A chaque fois que j’y mets les pieds, je suis éconduit’’, explique-t-il.

Dans un autre registre, Bamba Fall a invité les libéraux du Parti démocratique sénégalais à se joindre à la lutte non seulement pour la libération de Khalifa Sall, mais pour le retour d’exil de leur candidat. Selon lui, les Sénégalais réclament la candidature de Khalifa Sall et de Karim Wade. ‘’Macky Sall ne doit pas choisir ses adversaires à la présidentielle de 2019. Le combat commence à partir de lundi et nous invitons les libéraux à se joindre à notre lutte, car on a les mêmes intérêts’’.

 

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