Publié le 10 Nov 2017 - 07:41
ME SEYDOU DIAGNE SUR LA DEMANDE DE LEVEE DE L’IMMUNITE PARLEMENTAIRE DU MAIRE DE DAKAR

‘’Khalifa Sall marche vers la liberté’’

 

Les avocats de Khalifa Sall ne sont nullement dérangés par la demande de levée de l’immunité de Khalifa Sall. Au contraire, ils s’en réjouissent. D’ailleurs, l’un d’eux, Me Seydou Diagne, dans une interview accordée au média français Le Point, reste persuadé qu’avec cette requête du parquet, le maire de Dakar, en prison depuis le 7 mars dernier, ‘’marche vers la liberté’’.

‘’De toutes les façons, l'histoire est en train de nous donner raison. Et nous ne pouvons que nous en réjouir enfin. l'État du Sénégal était devant un mur en refusant de reconnaître l'évidence de l'immunité parlementaire du député Khalifa Sall, pourtant consacrée par la Constitution. On ne voit pas comment est-ce qu'ils pouvaient continuer à s'entêter par une dénégation de son immunité parlementaire, mais aujourd'hui, ce qui nous intéresse, ce sont les conséquences de cette violation’’, soutient l’avocat selon qui, la demande ‘’est un tournant. Même s'ils ont fini par reconnaître l'immunité parlementaire de M. Sall, ça arrive trop tard, parce que le ver est déjà dans le fruit et la procédure est déjà absolument viciée par le fait qu'un député, bénéficiant de la souveraineté populaire, voie ses droits constitutionnels violés dans le cadre d'une procédure’’.

Convaincu que le juge va vers une impasse dans ce dossier, le conseil du maire se demande ‘’comment cette procédure pourrait être rattrapée et aller jusqu'à son terme, maintenant qu'elle est exposée par les dénégations, la reconnaissance et l'aveu tardif par le parquet et la justice de son immunité parlementaire’’. A son avis, c'est avant qu'il fallait lever l'immunité parlementaire. ‘’Nous croyons en une libération d'office de M. Khalifa Sall, comme nous avons cru en l'immunité parlementaire de Khalifa Sall. C'est une bataille politico-judiciaire et nous, on ne s'occupe pas du volet politique. Mais sur la bataille judiciaire, de la même façon que nous avons réussi à faire entendre notre ligne sur l'immunité parlementaire, c'est exactement la même question qui est posée à la justice sénégalaise sur la libération de Khalifa Sall’’, soutient Me Diagne en commentant le recours portant demande de libération d’office introduite la semaine dernière.

A ce propos, il reste convaincu que la défense obtiendra gain de cause. ‘’Le juge d'instruction, la chambre d'accusation, le procureur, tous ont pris trois actes différents, mais pour dire que Khalifa Sall n'avait pas l'immunité parlementaire, sous prétexte qu'il était poursuivi avant qu'il ne soit élu député. Maintenant qu'une partie de la justice sénégalaise reconnaît l'immunité parlementaire, elle doit également reconnaître qu'elle n'a pas à garder Khalifa Sall en détention et qu'elle doit le libérer’’, souligne la robe noire. Qui se demande ce qui peut aujourd'hui justifier le maintien en détention du député-maire, d'autant que, argue-t-il, ‘’il y a une cacophonie procédurale et des tergiversations inouïes jamais vues au sein de la justice sénégalaise’’. ‘’C'est absolument incroyable et ça mérite d'être dénoncé, et de ne pas désespérer, et de se battre pour la victoire que nous avons obtenue. Parce qu'au fond, ils ne font que retarder l'échéance’’, fulmine-t-il, avant de conclure avec optimisme : ‘’Aujourd'hui, je pense que Khalifa Sall est en marche vers la liberté’’. 

Le ministre de la Justice s’est mis à la place du juge

Par ailleurs, Me Diagne a réagi aux propos du ministre de la Justice qui a déclaré que Khalifa Sall aura un procès équitable. ‘’C'est plus que prématuré de parler de procès. D'ailleurs, c'est la question que j'aimerais poser à M. le ministre de la Justice, garde des Sceaux de la République du Sénégal : Comment sait-il qu'il y aura un procès contre M. Khalifa Sall ? S'il a été capable d'évoquer ce sujet, c'est que tout est écrit d'avance et depuis longtemps’’, a martelé Me Diagne. A son avis, en tenant une telle affirmation devant l'opinion nationale et internationale, le ministre ‘’prend tout simplement la place du juge’’. ‘’Mais, soit il prend la place du juge, soit il sait déjà, puisqu'il est dans "le secret des dieux", étant dans le gouvernement, que M. Khalifa Sall va être condamné’’, poursuit le conseil. Avant d’ajouter pour s’en désoler : ‘’Dans un État de droit, un ministre de la Justice ne peut pas savoir avant la clôture de l'information ou avant qu'il y ait une ordonnance de renvoi s'il y aura ou pas procès. Mais lui, demande la levée de l'immunité parlementaire pour le procès, mais de quel procès parle-t-il ? C'est incroyable ce qui se passe au Sénégal, aujourd'hui’’. 

Insistant sur le fait que ‘’nous n'en sommes pas encore au procès’’, il a souligné qu’il y a encore des procédures en cours. ‘’Mais ces différentes prises de parole sont un aveu que le dossier est politique et la procédure politicienne. Il n'y a plus de séparation des pouvoirs tout simplement’’, conclut ce défenseur de Khalifa Sall.

 

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