Publié le 26 Mar 2017 - 01:17
MOMO DIENG (CHANTEUR)

‘’C’est un lourd fardeau d’être héritier de Ndiouga Dieng ‘’ 

 

Momo Dieng est la nouvelle pépite du label Prince Art. Une maison de production avec laquelle il vient de mettre sur le marché musical son premier album intitulé ‘’Lang-Gui’’. Fils de feu Ndiouga Dieng, le jeune chanteur a de qui apprendre. Et cerise sur le micro,  ce statut de ‘’fils de’’, lui ouvre souvent des portes. Entretien.

 

Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la musique ?

J’aime chanter et je chante depuis ma tendre enfance. Je suis né dans une famille griotte. Je ne pouvais pas échapper au monde de la musique. Seulement, les compétences acquises dans le cocon familial ne suffisaient pas pour faire de moi un bon chanteur. Je suis allé les parfaire à l’école des beaux-arts. Aussi, grâce à mon frère Alpha Dieng et le reste de ma famille, je suis devenu chanteur. En effet, à 13 ans, je faisais les chœurs pour Alpha et j’assurais également les premières parties de ses soirées. La musique a toujours été une passion pour moi. Je la porte dans le cœur. J’ai toujours été quelqu’un qui se donne à fond dans tout ce que j’aime. J’ai galéré comme tout le monde. À mes débuts, il m’arrivait de marcher à pied de Yoff aux Parcelles Assainies pour voir un ami afin qu’on répète des chansons ensemble. J’ai fait beaucoup de sacrifices. On avait à l’époque un groupe qui s’appelait le ‘’Ndobine Band’ qui se trouvait à Bargny où j’ai grandi. Avec ma guitare, j’ai assuré les premières parties de beaucoup d’artistes. Et cela à beaucoup joué dans mon apprentissage. Cela m’a aussi permis d’avoir une ouverture musicale.

Parlez-nous un peu de votre premier album qui est disponible sur  le marché ?

L’album est intitulé ‘’Lang Gui’’. Il est composé de 12 titres qui abordent diverses thématiques. J’y évoque la trahison, l’amour avec   ‘’Love, source de vie’’ etc. Ces thèmes me parlent et alimentent ma muse. Ce sont des choses que j’ai vécues ou que d’autres ont vécues. Chacun peut s’identifier à travers les histoires que je raconte dans mes chansons. Je m’inspire aussi des faits de société pour écrire mes textes et travailler mes compositions.

Dans quatre des 12 titres, vous parlez d’amour. Pourquoi ce choix ?

L’amour est quelque chose d’extraordinaire et tout tourne autour de lui. Il est important et indispensable. C’est tout à fait naturel qu’on en parle dans nos chansons. Cela raffermit les cœurs et nous unit. Et je ne parle pas de la même chose dans les chansons. J’évoque différents types d’amour. L’amour peut-être fraternel par exemple. En écoutant les chansons, on apprend plein de choses. Ce n’est pas de la répétition et ce n’est pas lassant non plus. Chaque titre est différent de l’autre.

Comment est née votre collaboration avec Prince Arts ?

Entre Prince Arts et moi, c’est d’abord une histoire de famille. Je considère ceux qui y travaillent et ceux qui le gèrent comme des membres de ma famille. Notre collaboration est une chose tout à fait naturelle. A travers cette collaboration, on ne fait que prolonger la relation que mon père avait avec Youssou Ndour. Le label voulait travailler avec moi depuis longtemps. Mais je ne me sentais pas encore prêt pour cela. Pour moi, c’était le moment d’étudier. Quand je me suis senti mature et confiant, je me suis engagé. Ainsi, tout s’est fait naturellement.

Vous avez pratiquement un public féminin ; comment gérez-vous vos fans ?

Les femmes ont toujours été des amies pour moi et cela, avant même que je ne sois artiste. Et elles m’aident beaucoup aussi dans ce que  je fais. C’est une chose qui me fait d’ailleurs plaisir, car je me sens bien en leur sein. Il y a aussi que quand les femmes n’aiment pas ou n’apprécient pas quelque chose, c’est comme un échec. Leur sensibilité leur permet d’aimer les bonnes choses. C’est un don de Dieu. C’est pour cela d’ailleurs  que je leur ai rendu hommage dans le morceau ‘’Lang-gui’’. Ce qui me lie aux femmes est très fort.  

Cet album a un grand succès comment le vivez-vous ?

J’ai encore la tête sur les épaules grâce à Dieu. Le succès ne saurait me monter à la tête parce que je suis le fils de Ndiouga Dieng. J’ai grandi auprès d’un père très célèbre, qui a fait presque tous les pays du monde. Il a participé aux plus grands festivals. Malgré tout, il était modeste, humble et effacé. Je n’ai pas encore le quart du succès de mon père. Le peu de notoriété que j’ai pour l’instant ne saurait me perturber ou me tourner la tête grâce à l’éducation que j’ai reçue.

Souvent, les jeunes talents, après un premier album à succès, peinent à en sortir un second. En êtes-vous conscient ?

En préparant la sortie de mon premier album, je travaillais déjà sur le second. Je ne pense pas pouvoir avoir ce problème. J’ai un plan de carrière et j’essaie de le suivre et de le mener à bien. Sortir un premier album et qu’il ait un grand succès peut être un handicap mais aussi un atout. Cela pousse l’artiste à creuser davantage afin de sortir un bien meilleur produit que le précédent tant apprécié. On ne doit pas décevoir notre public. C’est un lourd fardeau pour un artiste qui veut rester constant.

Etre le fils de Ndiouga Dieng n’est-il pas un fardeau pour vous ?

C’est facile et difficile à la fois. Nul ne choisit sa famille. C’est Dieu qui décide pour tous. Grandir dans une famille comme la mienne est une chance. Partout où je vais, il me suffit de dire que je suis le fils de Ndiouga Dieng pour inspirer le respect.  C’est une chance et cela t’ouvre beaucoup de portes. C’est difficile du moment où tu n’as pas droit à l’erreur. Les gens ne comprendront pas que le fils de Ndiouga Dieng puisse faire certaines choses, car mon père a été exemplaire pendant toute sa carrière. Il a su nous léguer ses valeurs. D’ailleurs, on n’est pas, mes frères et moi, mondains. Je ne connais que chez moi et les studios de répétition. Vu sous cet angle, c’est un lourd fardeau d’être héritier de Ndiouga Dieng.  Là, je souhaite porter le flambeau et suivre ses pas.

Votre papa pensait quoi de votre musique ?

Il me disait toujours que je l’étonnais. Parfois certains de ses amis lui demandaient si ce n’était pas lui qui écrivait mes textes. Car il écrivait et composait facilement. Il leur répondait qu’il ne passait même pas beaucoup de temps avec nous pour pouvoir écrire mes textes. Il se posait toujours la question à savoir : qu’est ce qui m’inspirait ? Peut-être que si j’ai aujourd’hui un don pour l’écriture, c’est grâce à lui car il a toujours été un auteur brillant. Mais aussi, j’ai appris la musique pendant 3 ans.

Avec Alpha Dieng, êtes-vous les deux seuls fils de Ndiouga Dieng à faire de la musique ?

Dans ma famille, tout le monde chante mais on n’en a pas fait un métier. Mon frère Mangoné est instrumentiste. Il joue de la batterie. Alpha Dieng lui, chante à l’orchestra Baobab. J’ai un petit frère du nom de Pape Ma, qui chante lui aussi. De même que ma sœur qui s’appelle Sabelle Dieng. Je peux dire que la musique, on l’a dans le sang.

Vu que vous faites tous de la musique, pensez-vous un jour faire un hommage à votre papa ou faire un album ensemble ?

Faire un album avec mes frères est  l’un de mes projets phares.  J’y pense constamment. Je tiens beaucoup même à sa réalisation. Il est vrai qu’on partage nos scènes pour le moment mais on pourrait faire mieux en sortant un album. Pour l’hommage, on y pense. Si on ne le fait pas, ce sont les Sénégalais eux-mêmes qui vont nous le réclamer. Mon père a fait ses preuves. Il mérite plus qu’un hommage à travers un seul album. Donc, on va bien réfléchir à ce qu’on va faire pour le célébrer de la plus belle des manières.

L’orchestra Baobab prévoit de rendre un hommage à votre défunt père, est-ce que vous allez y participer ? 

Déjà mon grand frère Alpha Dieng est à l’orchestra Baobab. C’est lui qui a pris la place de mon papa. Donc, c’est comme si c’est nous tous qui y sommes. Je ne sais pas ce qu’ils pensent faire pour lui mais  vous allez y sentir la touche de la famille de Ndiouga Dieng.

Ne pensez-vous pas que l’Etat du Sénégal devrait rendre hommage à votre défunt papa ?

Bien sûr ! Parce qu’il est un citoyen et un digne fils de ce pays. Il a porté haut le drapeau du Sénégal. Lui rendre hommage serait une chose très naturelle et spontanée. Peut-être aussi que les autorités y pensent. Mon père comptait des amis parmi les membres du gouvernement. Il est possible qu’eux le fassent.

Comment avez-vous vécu la disparition de votre père ?

Mon papa était spécial. Il était mon grand ami. On se comprenait. Je le respectais beaucoup et suivais ses conseils. Il attendait beaucoup de ma personne. On était tout le temps ensemble. Partout où il allait, je l’accompagnais. C’est ainsi que j’ai connu tous ses amis. Tout ce que je peux faire maintenant, c’est de prier pour lui. Et l’héritage qu’il m’a laissé aujourd’hui est mon éducation. Il a fait de moi un homme très correct. Je me rappelle que quand je devais l’accompagner quelque part, il me demandait parfois de me changer et me disait qu’il fallait que je porte telle ou telle autre tenue. Il m’a ainsi appris à toujours être correct dans mon port vestimentaire. Mais également à être un homme correct et posé. 

HABIBATOU WAGNE

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