Publié le 15 Aug 2019 - 10:04
POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE ET ENVIRONNEMENTAL

Sud Stade déclare la guerre aux pollueurs

 

Depuis plus d’une décennie, les habitants du quartier Sud Stade et environs vivent un supplice énorme. Outre l’odeur nauséabonde provenant de la décharge de Keur Massamba Guèye située dans la commune de Fandène, sur la route de Mbour, les riverains font face à l’équation de la fumée qui envahit leurs maisons durant 365 jours sur 365, 24 h/24 et 7 j/7. Une assemblée générale y a été organisée pour dire stop à la pollution de l’air et déclarer la guerre aux principaux pollueurs.

 

Ils ont marché, brûlé des pneus pour se faire entendre. Ils sont allés à la rencontre des autorités plaider pour la délocalisation du dépotoir d’ordures. Ils ont averti tout le monde. Mais, jusque-là, la situation semble être la même. Et la décharge continue de recevoir ses ordures ménagères. Pire, on y met du feu des heures durant. Bref, Sud Stade est pollué et ne respire que de la fumée, tous les jours.

Face à un tel calvaire, les riverains décident enfin de prendre leur destin en main. En assemblée générale sur le site, ces derniers, qui disent avoir épuisé toutes les voies de recours, comptent désormais dérouler un plan de guerre contre les pyromanes de pneus.

Selon l’un des porte-parole des habitants de Sud Stade et représentant des jeunes du quartier, ce sera maintenant œil pour œil, dent pour dent. ‘’Nous vivons cette situation depuis plus de dix ans. Nous nous sommes plaints, en vain, devant les autorités administratives et locales. Pendant ce temps, la situation empire de jour en jour. Auparavant, il n’y avait pas de décharge ici. Mais des personnes malintentionnées ont fait tout leur possible pour l’y installer. Si on y déversait uniquement des ordures ménagères, cela ne nous poserait aucun problème. Par contre, de là à mettre le feu entre 8 h et 16 h, il y a de quoi s’inquiéter’’, lance Cheikh Sidaty Fall. Qui prévient les contrevenants. ‘’A partir d’aujourd’hui (hier), tous ceux qui viendront ici pour brûler les pneus, histoire de bénéficier de quelques mètres de fils de fer, sont avertis. Si jamais on attrape quelqu’un en train de mettre le feu dans cette décharge, il aura affaire aux jeunes ainsi qu’aux populations dudit quartier et des autres quartiers environnants. Ils sont tous avertis. Alors, s’ils continuent, ça va très mal se terminer, parce qu’on a pris des mesures très drastiques contre eux’’, poursuit-il.

Galvanisé par les populations riveraines, le représentant des jeunes du quartier Sud Stade soutient qu’un homme averti en vaut deux. Dans la stratégie que les habitants entendent dérouler pour mettre un terme à ce supplice, Sidaty Fall indique que, désormais, la décharge sera surveillée de très près par un groupe de jeunes. Ces derniers, dit-il, sont déterminés à assurer la protection de leurs frères, sœurs et parents.

‘’Le fer qu’ils obtiennent ici est vendu entre 500 et 1 000 F Cfa. Pendant temps, ils nous font tout le temps inhaler la fumée. Les risques de contracter certaines maladies sont énormes. D’ailleurs, il y a des enfants asthmatiques. Cela ne peut pas continuer, parce qu’on risque de mourir à petit feu. Avant-hier, ils ont mis le feu à toute la décharge. Et c’est du matin au soir. On a demandé l’aide aux autorités, mais jusque-là rien. Maintenant, nous sommes prêts à les affronter. Ils nous ont déclaré la guerre. On va répondre par la guerre’’, s’offusque le jeune Sud Stadois, rappelant tout de même que s’ils les uns et les autres n’arrêtent pas de brûler des pneus, ils seront tous interdits d’accès. Aussi, précise-t-il que les jeunes sont entièrement prêts pour contrer tout le monde.

‘’Pas question de reculer, cette fois’’   

Une opinion soutenue par Mariama Mangara. Pour elle, la fumée entre même dans les chambres à coucher. Une situation qui, dit-elle, ne peut en aucune manière prospérer. ‘’Les autorités sont au courant de ce que nous vivons. Comme elles ne peuvent pas réagir pour y mettre de l’ordre, nous, nous avons décidé de régler cette problématique à notre manière. On ne peut pas continuer à respirer de la fumée. Si la décharge ne peut pas être délocalisée, que les gens arrêtent d’y mettre le feu. Il y en a qui vivent très bien chez eux. Mais, dans ce quartier, des citoyens nous empêchent d’être heureux dans nos maisons. C’est vraiment malhonnête. Ils doivent avoir pitié de nous et de nos enfants’’, se désole Mme Mangara.

Militaire à la retraite, Noël Sambou vit dans ce quartier depuis bientôt neuf ans. Il souligne avoir remis au maire de Fandène, Augustin Tine, une lettre contenant cette préoccupation majeure. Mais, jusqu’à présent, il n’a pas daigné réagir. ‘’Nous avons envoyé des correspondances aux autorités afin qu’elles nous aident à régler ce problème de façon définitive. Mais, pour les rencontrer, c’est tout un problème. Nous sommes obligés de prendre notre propre destin en main pour mieux faire face à ces pollueurs sans cœur. Cette fois, on ne va reculer devant rien. Nous sommes prêts à régler cette situation à notre manière’’, ajoute M. Sambou, reconnaissant que la tâche ne sera pas facile. Par contre, dit-il, il faut aller jusqu’au bout. 

GAUSTIN DIATTA (THIES)    

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