Publié le 15 May 2012 - 16:24
PROFIL DES ACCUSÉS

«Malfaiteurs malhonnêtes»

 

C’est d’une funeste notoriété dont jouissent Yankhoba Sima et Mballo Dieng, son complice… L’affaire d’agression dans laquelle ils trempent a fait scandale puisqu’il en a résulté la mort d’un étudiant de l’Institut Supérieur de Management, il y a cinq ans. Lundi à la barre, c’est néanmoins sans aucun remords qu’ils n’ont cessé de nier les faits, se contredisant eux-mêmes, plusieurs fois, en répondant aux questions des robes noires et allant jusqu’à réfuter ce qu’ils ont déclaré devant le juge d’instruction. En les voyant, il est pourtant de prime abord difficile de les croire capables d’une telle duplicité.

 

D’abord Mballo Dieng qui, avec de grands yeux innocents, a presque réussi à amadouer les juges de par sa connaissance et son dévouement à l'équipe de Manchester United. Interrogé sur ses passions, l’accusé s’est instantanément (et à profusion) étalé sur l’historique du célèbre club anglais, réussissant à arracher un compliment au Président des Assises, André Bop Sène, qui a estimé que ''vu son gabarit, il aurait pu faire un bon défenseur''.

 

Une fois n’est pas coutume, l’enquête de personnalité a révélé que l’accusé, ressortissant de Cambérène, n’a pas connu de passé traumatique et est issu d’une famille nombreuse et soudée, bien qu’il ait été pincé à deux reprises, dans sa jeunesse, pour vol. Ce capital sympathie a, sans doute à tort, convaincu Mballo Dieng que les juges ne seraient pas regardants vis-à-vis de ses déclarations puisqu’il a ensuite entrepris de se perdre dans un labyrinthe de contrevérités dont aucun fil d’Ariane n’a ensuite pu le tirer. À l’entendre, il se serait laissé entraîner et influencer sans avoir eu conscience qu’un crime se déroulait en sa présence… chose qu’aucune trace d’incapacité ou de retard mental dans son dossier n’est venue expliquer.

 

Talonnant de très près son complice sur les sentiers du déni, Yankhoba Sima a lui aussi réfuté toute responsabilité dans l’affaire, plaidant l’ébriété. Cette stratégie qui, en coulisses, s’est révélée avoir été adoptée par le 2e accusé sans concertation avec son avocat, lui a été doublement préjudiciable. En effet, pressé de sauver sa peau, Yankhoba a oublié qu’en matière pénale, l’alcool est une circonstance aggravante. Un manque d’à propos difficile à mettre sur le compte de l’ignorance. L’accusé - décrit par ses voisins comme un garçon paisible, sportif (il était numéro 10 de son équipe de Navétane) et sympathique - a poursuivi ses études jusqu’en classe de 4e secondaire… chose très rare lorsqu’il s’agit d’accusés traduits en cour d’Assises.

 

Sophiane Bengeloun

 

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