Publié le 22 Jun 2019 - 18:14
RASSEMBLEMENT D’AAR LI NU BOKK

Les nouvelles exigences de la plateforme 

 

Hier, la plateforme citoyenne Aar Li Nu Bokk a réussi le pari de la mobilisation, lors de son deuxième rassemblement, dans son combat pour la transparence dans la gestion des ressources extractives.  Tous les orateurs ont promis de retrouver, tous les vendredis, à la place de la nation, jusqu’à obtenir gain de cause : la restitution des ressources spoliées et la traduction d’Aliou Sall devant la justice.

 

Hier, point de guérilla urbaine, comme cela a été le cas, la semaine dernière. Les forces de l’ordre ayant rangé grenades lacrymogènes, matraques et autres objets de répression, les manifestants contre le bradage des ressources extractives du Sénégal, ont pu dérouler. Autant dire que les populations ont massivement répondu à l’appel à manifester. Déjà, à 15 heures, le boulevard du centenaire de Dakar était pris d’assaut, avec en tête les membres de la plateforme citoyenne Aar Li Nu Bokk.

Le Mc du jour, le rappeur Fou Malade, a rapidement donné le ton de la manifestation, en appelant les gens au calme et à la discipline. ‘’Soyons disciplinés. Il ne faut donner au camp d’en face des choses à dire sur nous. Faisons ce qu’on doit faire, et à la fin, nous allons rendre les lieux propres et rentrer chez nous calmement’’, a lancé le rappeur du haut de l’estrade. Pendant ce temps, les lieux continuaient à se remplir. Les personnes arrivant par affinité. Sous le regard vigilant des policiers en nombre.

L’une des particularités de la manif d’hier est que les gens sont venus de plusieurs endroits du pays. Ils étaient de toutes les tranches d’âge, même si les jeunes étaient de loin les plus nombreux. Des sources policières ont avancé le chiffre de 2500 manifestants. Mais, les organisateurs n’ont pipé mot sur le sujet.  

La foule surexcitée s’en est, elle, donnée à cœur joie, lançant des vertes et des pas mures à la famille présidentielle. D’ailleurs, les responsables de la plateforme ont eu toutes les peines du monde à canaliser l’ardeur de tout ce beau monde. Egalement, chacun a voulu immortaliser le moment, avec des selfies ou des directs sur les réseaux sociaux.

‘’ Le Sénégal n’est pas le Tchad, notre pétrole va nous revenir’’

Ce n’est qu’à 16 heures passées de quelques de minutes, que les prises de parole ont démarré.  C’est d’abord le coordinateur de la plateforme Aar Li Nu Bokk, Cheikh Tidiane Dièye, qui a ouvert le bal. Il a réitéré l’appel à la discipline pour ne pas donner la moindre occasion au régime d’interdire les prochaines rencontres.  ‘’Ceux qui nous avaient interdit, la fois passée, notre manifestation cherchent des problèmes. Il ne faut leur offrir ce privilège. Il est hors de question qu’une seule famille s’accapare de tous les biens du pays. Le Sénégal n’est pas le Tchad, notre pétrole va nous revenir. Nous allons continuer les manifestations’’, a prévenu le coordonnateur. Avant que le député Cheikh Bara Dolli Mbacké du PDS ne prenne la parole pour dire que l'opposition a demandé une enquête parlementaire dans ce secteur. Mais, regrette le Parlementaire, le Président de l’Assemblée nationale n’a jamais donné de suite à cette requête.  

Alors que l’excitation était à son paroxysme, frisant le désordre, Abdoul Mbaye, le leader d’ACT, a tenu en haleine le public. L’ancien PM a laissé entendre que le Sénégal est un pays où la personne qui crie au voleur est emprisonnée pour les faits de vol. ‘’On ne peut pas l’accepter. La vérité doit triompher. C’est trop facile de dire que la somme ne fait 10 milliards de dollars. On a nommé un ministre de l’Intérieur qui est dans le faux. On n’a jamais entendu dire qu’il y a du faux dans le rapport. Qu'on nous rende notre argent, car cela nous appartient’’, a tonné M. Mbaye.

Fadel Barro, l’ancien coordinateur du mouvement Y en a marre, a lui fait monter la sauce, en soulignant qu’ils vont montrer au régime que la rencontre d’hier est le processus d’un long combat qui arrêtera la corruption, la gabegie, l’accaparement des ressources par une seule personne. ‘’C'est fini. Ce pays vaut la peine de se battre. Nous sommes déterminés. Il faut mettre fin la corruption’’, a tonné le contestataire.  

Même son de cloche chez le marabout politicien Serigne Mansour Sy Djamil. Il est d’avis que le pétrole appartient à tous les Sénégalais et dit se retrouver dans ce combat. ‘’J’ai vécu 27 ans en Arabie saoudite. Si on laisse les bras croisés, la famille des Sall va s’accaparer de ces ressources. Allons dans un pays où le pétrole, le gaz ne sont pas une malédiction pour savoir comment faire avec. Ce n'est qu'un début, continuons le combat’’.

Barthélémy Dias : ‘’Nous serons là, tous les vendredis’’

Le maire de Mermoz-Sacré-Cœur, Barthélemy Dias, a lui aussi surfé sur le champ lexical de la confrontation pour dire que le combat vaut la peine d’être mené. Pour lui, il n’y a pas autre chose à faire. ‘’Que Macky Sall nous ramène nos milliards. Ce combat doit intéresser tout le monde.  Ce n'est pas une question électorale ni d’un fichier, mais de ressources. Ne reculons devant rien jusqu’à obtenir gain de cause. On ne se laissera pas faire. Nous serons là, tous les vendredis’’, a promis le maire. Avant que Thiat du mouvement Y en a marre n’enfonce le clou, en rappelant les propos d’El hadji Hamidou Kassé. ‘’Ce sont plus que des preuves. Si Aliou Sall passe la nuit chez lui, on saura qu’il n’y a pas de justice, dans ce pays. C'est des voleurs. Le procureur a assez de preuves contre M. Sall’’, a tonné le rappeur.

Vers les coups de 18h, le leader de PASTEF a pris la parole (voir ailleurs), avant de se retirer. Ses sympathisants sont partis avec lui. Dès l’épuisement de la liste des orateurs, la foule s'est dispersée. Chacun est rentré dans le calme, sauf ceux qui ont fait les frais des pickpockets.

Certains sont restés pour ramasser les ordures, laissant ainsi les lieux plus propres qu’avant le début de la rencontre.

Réactions

Ousmane Sonko : ‘’ Je suis prêt à pardonner à Macky Sall et à son à faire Aliou Sall, à deux conditions’’

‘’Ceux qui sont en face de nous ont utilisé toute sorte d’artifice pour casser les gens. Mais, cette fois, à part Dieu, je ne vois pas ce qui pourra empêcher au peuple souverain de se battre jusqu’à ce qu’il obtienne une victoire. Qui permettra de destituer ceux qui sont là et qui gouvernent dans la malversation. Ce qui s’est passé est très grave, extrêmement. Si c’était au Japon, en Corée, France ou Etats-Unis, le Président serait destitué, le jour même. Il se trouve, malheureusement, que nous sommes dans un pays qui s’appelle le Sénégal, dans le continent africain. C’est pourquoi, à partir d’aujourd’hui, nous devons montrer à la face du monde que les autres peuples n’aiment pas plus leur pays que nous. Ce qui s’est passé n’est que la phase visible de l’iceberg.

L’Affaire Petro-Tim n’est qu’un petit détail par rapport aux malversations qui existent dans la gestion de nos ressources naturelles. C’est la même chose qu’ils ont fait dans l’attribution des blocs du Saloum et de la Casamance, de même que les deux dernières licences à Total, du zircon, de l’or, les licences de pêche, etc. Dans cette affaire, on peut souligner plusieurs délits. Il s’agit notamment du trafic d’influence, du conflit d’intérêts, de la corruption massive, de la fraude fiscale. Une seule personne est responsable de tous ces délits et il s’agit de Macky Sall.

Nous sommes tous là, en tant simples citoyens sénégalais et non pas comme des hommes politiques. Nous avons déposé, depuis 2014, des plaintes à travers le monde et nous espérons qu’un jour une de ces juridictions va réagir. Je suis prêt à pardonner à Macky Sall et à son à faire Aliou Sall, à deux conditions. D’abord, il faut qu’ils nous restituent nos biens. Et que les contrats qu’ils ont signés, d’une manière anormale, chiffrés à des milliers de milliards de dollars, qui pouvaient régler définitivement le problème du Sénégal, que Macky Sall lui-même prenne l’engagement de les renégocier. Afin que les ressources sénégalaises reviennent aux Sénégalais qui en ont plus besoin que les gens à qui on les a données.

Ces pratiques doivent cesser définitivement au Sénégal. Plus jamais ça. On ne plus accepter que des gens s’enferment dans leurs bureaux et signent des choses au nom du Sénégal et au détriment du peuple. Juste, parce qu’ils ont reçu des mallettes d’argent. Nos étudiants ont droit à un avenir. Les femmes qui vivent dans le monde rural, dans des conditions difficiles, ont droit à mieux que ça, de même que les gens qui meurent dans les couloirs des hôpitaux. La pauvreté endémique, l’insécurité alimentaire, touchent tous les Sénégalais.

Si Macky Sall et son gouvernement ne font pas ce que nous leur exigeons, nous prêtons serment devant le peuple sénégalais que tôt ou tard, ils seront traduits devant les juridictions pour trahison et emprisonnés. Je lance un message à l’Occident : vous ne pouvez pas continuer à prendre nos ressources et pensez que nos enfants ne vont pas venir émigrer chez vous. Les personnes prennent le même chemin que les ressources naturelles. Il faut qu’on fasse ces manifestations partout à travers le Sénégal et je peux vous garantir qu’on va le gagner’’.

CHEIKH THIAM

 

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