Publié le 10 Sep 2018 - 06:52
ABROGATION D’UN QUARTIER NOON

La bataille de Wango

 

Il n’y a pas longtemps, la suppression du quartier Wango, jadis habité par les Noon depuis l’époque coloniale, a fait l’objet d’une grosse controverse. Fidèles à leur coutume, les Sérères Noon ont exprimé leur indignation et ont résisté face à l’autorité compétente, pour dire non à ce qu’ils qualifient de violation de leur droit.

 

‘’Wanga restera Wango et personne ne pourra le rayer des quartiers de Thiès’’. Cette formule du jeune Noon Patrice Ndione résume la colère de toute une communauté qui se dit ‘’victime de violation de leur droit le plus élémentaire’’. Il y a quelque temps, les autorités locales de la commune de Thiès-Ouest ont voulu supprimer définitivement le quartier Wango. Elles se sont heurtées aux intellectuels noon qui leur ont opposé un niet catégorique. ‘’Supprimer Wango des quartiers de Thiès est impossible. Parce que, si elles le font, il n’y aura aucune notoriété dans Wango. Le quartier Petit Thialy ou encore Thialaw était confronté à ce problème. Le chef de quartier était un Bambara et n’avait pas d’autorité. Nous avons une façon de nous organiser qui nous est propre. Si nous avons des antécédents, il y a une façon de les régler. Pour y parvenir, il faut que le chef du village soit un Noon. Il y a toute une procédure à suivre’’, confie le jeune homme.

Dans ce quartier, l’organisation sociale obéit toujours à des règles. Il y a le laman (le chef de village), les khatkan (les chefs de concession) et les khatkhal (les pères de famille). En cas de problème, soutient Patrice Ndione, le père de famille s’adresse d’abord au chef de concession qui, à son tour, sera chargé de s’adresser au chef de village. ‘’Ensuite, une assemblée générale est convoquée. Et il y a une façon de régler ce différend et suivant une procédure, sans faire de bruit. Si tu es un étranger, tu ne pourras pas régler certaines questions telles que les choses mystiques. Dans ce cas, on ne peut parler de xénophobie’’, explique Patrice Ndione. Qui raconte : ‘’Les autorités avaient voulu supprimer le quartier Wango. Les Noon ont résisté et, par la suite, elles sont revenues sur cette décision’’. Wango est le seul, voire l’un des rares quartiers Noon qui, jusqu’à présent, a réussi à garder son homogénéité et à résister face aux aléas de l’urbanisation.

Dans ce quartier, on peut entrer d’une concession à une autre. ‘’C’est presque unique à Thiès. A Wango, les Sérères Noon ont une façon de s’organiser qui leur est propre. Même si le maire parvenait à leur arracher cela, il n’y aurait aucune notoriété. C’est pour dire que les Noon ont toujours eu le courage de faire face à celui qui veut les dominer. Même pendant la colonisation, un laman pouvait faire ce qu’il voulait sans être inquiété par le Blanc. Si une personne entrait dans le champ d’un laman, ce dernier pouvait le tuer sans que le colon ne pipe mot. Cela ne date pas d’aujourd’hui’’, insiste Patrice Ndione. ‘’Le Sérère Saafi, en général, et le Noon, en particulier, a le sang chaud, parce qu’il était invulnérable aux fusils, aux coupe-coupe et aux couteaux. Ils buvaient de décoctions de feuilles d’arbres pour se protéger. C’est ce caractère de résistant qui est resté en eux. C’est pour cette raison qu’ils n’ont pas cédé, quand les autorités locales ont voulu supprimer définitivement leur quartier Wango. Le Noon n’aime pas du tout l’agression étrangère. De nature, les Noon sont résistants’’, renchérit le ‘’philosophe noon’’ Pascal Déthié Fall.

Avec la farouche résistance des Noon, l’autorité municipale a fait marche arrière. Et depuis, Wango reste Wango, avec ses vieilles concessions, ses pratiques et son homogénéité.

GAUSTIN DIATTA (THIES)

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