Publié le 9 Feb 2021 - 20:22
BESOINS EN MEDICAMENTS

Le Sénégal enrichit l’extérieur à hauteur de 150 milliards par an 

 

La Pandémie de Covid-19 a révélé l’acuité de l’insécurité pharmaceutique, avec l’accroissement des cas de Covid-19. Des experts estiment qu’il urge pour le Sénégal de se lancer sur la souveraineté nationale. 

 

La question de la souveraineté pharmaceutique se pose de manière accrue. Surtout en cette période de pandémie où chaque pays gère ses propres intérêts. La disponibilité des médicaments est plus que menacée. Au Sénégal, depuis des années, l’on parle de l’industrie pharmaceutique locale, mais rien ne s’est concrétisé. Ainsi, les autorités et les populations ont ressenti l’insécurité sanitaire et pharmaceutique du pays, quand les pays exportateurs ont fermé leurs frontières, en interdisant la sortie des produits pharmaceutiques. Car, malgré la résistance de notre système d’approvisionnement, des ruptures importantes en médicaments sont notées, exposant les populations à des risques incalculables. D’ailleurs, au cours d’un conseil ministériel, le Président Macky Sall a instruit son gouvernement à faire davantage de la souveraineté pharmaceutique nationale une priorité.

Pourquoi tant d’inertie et de blocages, dans un contexte où les décisions doivent se prendre de façon rapide ? C’est la question que se posent beaucoup de personnes. Alors que, informent des sources, le Sénégal importe plus de 90% de ses besoins en médicament (public et privé) représentant près de 150 milliards de FCA par an. Dans le Plan Sénégal Emergent, lancé en 2012 par le Président Macky Sall, il était prévu de faire de Dakar un hub médical et pharmaceutique, grâce au déploiement du projet ‘’Dakar Medical city’’. C’est dans ce cadre d’ailleurs que le secteur de l’industrie pharmaceutique local a été convié, en juillet 2016, à un atelier ayant regroupé l’ensemble des acteurs et des parties prenantes.

Cette rencontre a abouti à l’établissement d’une feuille de route consensuelle. Selon nos sources, malgré la mise en place d’un comité de suivi et l’engagement des acteurs, aucune avancée significative n’a été notée dans la mise en place des réformes préconisées, pour booster l’industrie pharmaceutique nationale. A leur avis, du fait du statu quo, il est noté au fil des ans, l’accumulation des difficultés dans le secteur ayant conduit à la fermeture de l’usine Pfizer en 2017, sise à la zone industrielle de Mbao. Il y a eu aussi la cession de l’usine des laboratoires Sanofi à MédiS, sise à Thiaroye, la fermeture de l’usine MédiS, après 3 ans d’exploitation fortement déficitaire (perspectives de relance en cours).

A cela, s’ajoute les difficultés de décollage de l’usine West Afric Pharma, sise à Cambérène, après 7 ans de présence ; le démarrage difficile et précaire de l’usine Parentérus, sise à Bayakh. Dans la foulée, l’usine Teranga Pharma, reprise de l’usine fermée de Pfizer par des entrepreneurs sénégalais, peine à décoller.

‘’Nous devons tout faire pour sécuriser des stocks de médicaments essentiels’’

‘’Donc le danger est là, nous devons tout faire pour sécuriser des stocks de médicaments essentiels pour le pays, en créant les conditions favorables pour une fabrication locale’’, conseillent nos interlocuteurs. Avant de souligner que le PAP II, ajusté et accéléré, a hissé en priorité la souveraineté pharmaceutique nationale, à travers un renforcement de la production locale. Cela s’est traduit, confie-t-on, par l’actualisation de la feuille de route avec les acteurs, à travers des ateliers initiés par le ministère de la Santé et de l’Action sociale (septembre 2020) et le Bureau Opérationnel de Suivi du Plan Sénégal Emergent (BOS-PSE) (octobre 2020).   

La feuille de route actualisée met clairement l’accent sur les réformes prioritaires et les mesures incitatives à mettre en place par le gouvernement pour sauver l’industrie existante et amorcer la relance sur des bases solides. ‘’Mais hélas, malgré les relances multiples du Président, lors du Conseil présidentiel et lors de plusieurs conseils des ministres, les acteurs locaux attendent toujours l’opérationnalisation des mesures préconisées dans la feuille de route. Pendant ce temps, un secteur entier risque de disparaître, si rien n’est fait, entrainant avec lui la perte de centaines d’emplois, de pertes de recettes pour l’Etat. Cela, tout en exposant nos populations à une insécurité pharmaceutique catastrophique. Surtout en cette période de pandémie de Covid-19 et même pour la période incertaine post Covid-19’’.

VIVIANE DIATTA

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