Publié le 28 Mar 2020 - 18:28

Covid-19 et gestion des risques

 

L’ampleur des dégâts occasionnés par la pandémie de Covid 19 dans de nombreux pays à travers le monde ne peut que susciter moult questionnements chez tout citoyen. Cette période difficile, que nous traversons, mérite une prise en compte sérieuse et réfléchie. C’est justement le moment d’être stratège face à ce qui est appelé par certains « l’infiniment petit ». Il a fallu que des vies soit menacées pour que l’on reçoive de plein fouet nos tares diverses. Face à cette pandémie, de nombreuses mesures ont été prises pour « vaincre ce virus ». J’aimerais, par la même occasion, encourager toutes ces personnes vaillantes qui, de près ou de loin, sont engagées dans la lutte contre cette pandémie de Covid-19. Merci à vous !

Toutefois, la panoplie de mesures laisse apparaître de nombreuses insuffisances dans la gestion de la sécurité sanitaire. Serait-ce le fruit de l’absence d’une planification adéquate à la gestion des risques ? A ce titre, notre attention ne saurait être porté sur le couvre-feu instauré de 20h à 6h. En effet, cette mesure pourrait certes réduire la propagation du virus, tout comme elle pourrait la favoriser. La réalité sociale n’est pas des plus favorables. N’oublions pas que nos familles comptent, pour la plupart, plusieurs individus et que la plupart des ménages vivent dans la promiscuité. A cela s’ajoute la forte interaction entre les foyers, les marchés et les boulangeries.

En effet, il a été constaté que la distance sociale n’est pas pleinement respectée au niveau des marchés et des files d’attente dans les boulangeries. En vue de renforcer le dispositif des mesures préventives en plein jour, ne serait-il pas plus judicieux de mobiliser les forces de défense et de sécurité dans ces endroits ? En outre, le port systématique de masques et de gants par les personnes travaillant dans les boulangeries pourrait limiter les risques de contamination des produits. Toutefois, il faut dire que le contrôle de l’effectivité des comportements souhaités dans cette lutte contre la propagation de la pandémie s’avère difficile.

Si la nécessité de cultiver les valeurs civiques s’imposait face à l’insécurité routière notoire et alimentait il y a à peine quelques semaines de cela les débats, il urge pour nous de les adopter. C’est également en pareille circonstance que l’on peut jauger la capacité de résilience d’un Etat. En effet, la gestion des risques ne saurait être séparée du concept de résilience. En l’espèce, il ne s’agit guère uniquement de la sécurité sanitaire, même si celle-ci prédomine ; la vie ne pouvant faire l’objet de monnayage ou de spéculations.

La résilience, ce concept polysémique, est fonction certes de l’intensité de la perturbation. Bien que cette pandémie ait d’importantes répercussions sanitaires, sociales, économiques, pour ne citer que celles-ci, dans de nombreux pays développés, il faut dire que nos systèmes n’ont pas intégré l’aspect préventif. Nous nous souvenons des plaintes émises par les populations en ce qui concerne les moyens mis à disposition pour le traitement des malades cancéreux.

Toutefois disposons-nous de raisons suffisantes pour justifier l’absence d’une stratégie de sécurité nationale ? Il semblerait que la protection des infrastructures vitales aurait été privilégiée au détriment de la protection de la composante vitale d’un Etat, à savoir la population. Ces dernières semaines sont marquées par une concentration de tous nos efforts dans la lutte contre cette pandémie ; ce qui semble être compréhensible. Il ne s’agit point d’être fataliste, mais dans un contexte où l’insécurité dans le Sahel nous préoccupait tant, il faut dire que nous ne sommes pas prêts à affronter plusieurs défis sécuritaires à la fois.

Ceci étant, s’il est permis de circuler à bord des transports urbains, des véhicules particuliers, des taxis entre autres, tout en respectant bien sûr les mesures de prévention, la préoccupation quant à la liberté de culte ressort.

Par ailleurs, l’adoption du télétravail nous montre à quel point nous options pour l’improductivité ! Il faut dire que de nombreux postes ne nécessitent point une présence physique à plein temps. Ne faudrait-il pas repenser le modèle de fonctionnement de certaines structures en vue de promouvoir l’entreprenariat ? Le développement durable passe également par la gestion efficiente du temps.

Pour finir, je ne saurais oublier les prisonniers, qui eux vivent déjà dans une espèce de confinement loin du nôtre parfumé aux effluves des encens et des repas. Le numérique s’impose plus que jamais dans notre quotidien. A l’image des vidéoconférences organisées afin d’assurer un service minimum, des audiences pourraient être tenues. En dehors des mesures à prendre pour protéger également ces prisonniers d’une éventuelle propagation de la pandémie, le risque de mutinerie est à prendre en compte.

                                                Fatou FALL

Analyste en Défense, Sécurité et Paix

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