Publié le 21 Aug 2019 - 00:42
DESENCOMBREMENT

Le stade Léopold Sédar Senghor ‘‘libéré’’

 

Le ministre de l’Urbanisme a profité de la fête de Tabaski pour procéder à la libération des emprises du parking du stade Léopold Sédar Senghor. Les intéressés chargent le ministre et le maire de la Patte d’Oie, tandis que les Parcellois sont plutôt satisfaits.

 

Il y a plus d’un trimestre, une action citoyenne, à l’actif de Soya Diagne, visait à nettoyer les alentours du stade Léopold Sédar Senghor. Malgré les efforts consentis à rendre le voisinage plus accueillant, c’était comme une goutte d’eau dans la mer. Comparés à la demi-douzaine de rouleaux compresseurs ‘‘Caterpillar’’, d’engins pelles sur chenilles, de camions-remorques du ministre de l’Urbanisme Abdou Karim Fofana qui ont complètement rasé les constructions qui avaient poussé comme des champignons aux alentours du stade.

Le premier jet s’est déroulé la nuit du vendredi à samedi. Puis un deuxième passage dans la soirée de samedi. Hier, malgré les fortes pluies de la veille, les engins ont continué à libérer les emprises de cette infrastructure anciennement appelée stade de l’Amitié. 

Il va s’en dire que le réveil risque d’être brutal pour ceux qui reviendront des localités intérieures où ils avaient passé la Tabaski. ‘‘On nous avait juste dit que nous devions libérer cet espace, sans plus de précisions. Personne ne nous a jamais dit que le lendemain de la Tabaski, on allait raser nos installations’’, déplore Sène, tenancier d’une quincaillerie.

Malgré son désarroi et son verbe colérique, il a réussi à sauver les meubles, ou ce qu’il en restait. Sa fête de Tabaski a été écourtée, quand on l’a joint par téléphone de son Mont-Rolland (Thiès) natal, pour lui dire que la casse était imminente et qu’il fallait venir au plus vite. Le court trajet entre Dakar et Thiès y a été pour beaucoup, puisque c’est dans la première soirée qu’il a réussi à mettre en sécurité toute sa camelote, alors que les engins étaient à quelques mètres.

Ses ‘‘collègues’’ ne pourront pas en dire autant, puisque les gargotes, les garages de mécaniciens improvisés, les ferrailleurs en toute sorte, les vendeurs de pneus, étals en bois et toute la vingtaine d’activités informelles qui avaient élu domicile dans le parking du stade ont été rasés. Les voitures en état, qui étaient garées ainsi que les carcasses de véhicules ont toutes été enlevées de l’emprise du stade, en face de l’Unité 26 des Parcelles-Assainies, à l’entrée de Grand-Médine ainsi que les rares installations en face des cités Mixta.

Seule une demi-douzaine de bus de la compagnie de transport entre régions semble avoir résisté à cette opération. Une mue impressionnante pour ceux qui étaient habitués à passer par cette route. Sur les amas de détritus, les récupérateurs essaient de collecter tout ce qui peut l’être encore. La situation est tendue et il faut y aller avec beaucoup de tact, pour ne pas ajouter au courroux ambiant des usagers qui ont été déguerpis.

‘‘Personne ne peut estimer le nombre de familles que ces personnes faisaient vivre. Ils ne nous donnent pas du travail et quand on s’installe quelque part, on nous chasse systématiquement. On comprend pourquoi tous ceux qui en sont capables prennent la mer’’, siffle un ferrailleur dont les récriminations n’épargnent ni le ministre à l’origine de cette table rase ni le maire de la Patte d’Oie accusé ‘‘de vouloir vendre ces espaces de ce parking une fois libérés’’. Ce dernier, qui a logistiquement appuyé l’opération, a vu le ministre voler à son secours.

‘‘Nous venons compléter l’action des maires, car les municipalités n’ont pas souvent les moyens de leur politique. La salubrité et l’encombrement sont peut-être des compétences municipales, mais il faut ces actions d’accompagnement vis-à-vis des collectivités’’, a déclaré Abdou Karim Fofana.

‘’Demolition man’’

L’opération de désencombrement de ces 4 hectares a été dirigée par le ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique lui-même, accompagné du préfet de Dakar et la présence dissuasive des forces de sécurité et d’Asp. Dakar, qui accueillera les Jeux olympiques de la jeunesse (2022), cherche déjà à se parer de ses plus beaux atours. Après avoir libéré certaines emprises dans la capitale, le stade Lss était l’un des points les plus chauds à traiter pour matérialiser le concept ‘‘Sénégal propre’’.

Si les déguerpis sont naturellement en colère, A. K. Fofana explique ces actions par un souci de donner un coup de pied dans la fourmilière très désordonnée des communes de la capitale et du pays tout entier. D’après lui, 7 % des 557 communes du Sénégal ne disposent pas de documents de planification. C’est-à-dire d’un plan d’urbanisme détaillé pour localiser les aires publiques, les rues, artères, services marchands, ateliers, etc. Une anarchie qu’il urge de résoudre. Fofana vise l’objectif d’urbanisation formelle d’au moins 20 % sur les deux ans à venir. A ce propos, il a fait savoir qu’il ‘‘faut beaucoup plus de budget qui soit mis sur ce sujet’’, lançait-il ce dimanche au micro de l’émission ‘’Grand Jury’’ de la Rfm.

Après des opérations spécialement dédiées à l’enlèvement des épaves de voitures de la voie publique, c’est la libération des voies piétonnes et de la chaussée. Le principe est de désencombrer, nettoyer, occuper l’espace par des bacs à fleurs et mettre un vrai dispositif de suivi, explique le ministre. Après les avenues Blaise Diagne et Malick Sy, les deux voies de l’ancienne piste... le chantier plus critique du stade a été engagé. ‘‘Le parking du stade est un symbole de désordre et d’insalubrité (...). Depuis des années, le parking est arraché à sa destination originelle et est devenue un grand espace pour les épaves de véhicules, les activités de mécaniciens. Dakar mérite un meilleur visage et c’est la raison de toute cette mobilisation de l’Administration et des collectivités territoriales’’, a déclaré M. Fofana la nuit des opérations, en s’empressant d’ajouter que ce n’était pas ‘‘une opération de répression, mais de libération de l’espace public’’.

Dans la même veine, le ministre avait annoncé, quelques jours plus tôt, que le marché de Sandaga allait être démoli, suite à un rapport des services compétents. ‘‘C’est un bâtiment pour lequel nous avons tous les rapports de la protection civile qui nous indiquent qu’il est en état de ruine et qu’il y a des possibilités d’affaissement ou d’effondrement. Je ne vais pas attendre qu’il ait un drame pour venir présenter mes condoléances. Il nous faut arrêter cet attentisme coupable de services publics sur des sujets comme ça’’, avait-il lancé le samedi 3 août, alors que cet édifice, ouvert depuis 1933, était fermé justement en vue de sa réfection. 

D’après un document de l’Inspection générale des bâtiments (Igb) consulté par ‘’L’Observateur’’, 112 bâtiments sont à évacuer, à réhabiliter ou à détruire. Un autre stade dakarois non moins mythique, Iba Mar Diop, doit être complètement démoli, d’après ces services. Les immeubles Hlm sis aux Maristes, les marchés Hlm et Ngélaw.

Parcelles va bien

En dépit des efforts salutaires, le ministre mesure parfaitement leur portée impopulaire. ‘‘Ça va être difficile, car ce sont des habitudes qu’il va falloir changer. Mais chacun doit être conscient qu’il faut mettre de côté les intérêts particuliers pour permettre aux habitants de nos grandes villes d’avoir plus d’espaces publics propres et présentables’’, se défend-il. En face du stade, à l’Unité 26 des Parcelles-Assainies, la majorité soutient l’initiative, même si certains trouvent des circonstances atténuantes aux occupants.

‘‘Il fallait vraiment être courageux pour s’aventurer au-delà de certaines heures. C’était le refuge parfait pour les agresseurs et fumeurs en tout genre’’, se soulage une dame d’un âge avancé, tandis qu’un homme plus jeune évoque la conjoncture économique difficile pour prendre son contrepied.

Le ministre, lui, estime que ces actions sont d’intérêt public. ‘‘Nous le faisons aussi pour les populations. Elles doivent prendre soin de ces espaces. Si, par ‘maslaa’, elles laissent l’anarchie reprendre le dessus, nos efforts ne serviront à rien’’, a-t-il lancé.

Conscient d’un possible retour en force des occupants, le dispositif de suivi est déjà sur place et Karim ne se fait pas d’illusions pour autant. ‘‘Si nous arrivons à sanctuariser ce site, ce serait une grosse avancée’’. 

OUSMANE LAYE DIOP

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