Publié le 13 Oct 2020 - 01:26
DOSSIER TOURISME

Saly récupère sa plage 

 

Même si la pandémie de la Covid-19 a fortement joué à l’étiolement de l’activité touristique dans la station balnéaire de Saly, la grande cause est à trouver dans l’érosion côtière. Ce phénomène avait fini par engloutir toute la baie longeant les infrastructures hôtelières de la zone, causant ainsi la fermeture de beaucoup de réceptifs hôteliers et la réduction des activités des autres. Un coup de frein au tourisme balnéaire qui bat de l’aile, depuis quelques années déjà, alors que ce secteur du tourisme contribue à hauteur de 7 % dans le PIB national. Avec la restauration des plages, Saly refait peau neuve et est prête à accueillir ses premiers touristes sous sa nouvelle robe.

 

Le tourisme balnéaire va pouvoir renaître dans la station touristique de Saly Portudal, avec les importants travaux réalisés par l’Etat. En effet, la première station du pays avait fini de perdre son lustre d’antan, du fait de l’érosion côtière qui avait mangé la quasi-totalité des plages de la Petite Côte sénégalaise. Plus d’une dizaine de structures hôtelières avaient perdu leur berge. ‘’Cette dégradation de la plage de Saly avait donc des conséquences désastreuses, puisqu'elle impactait négativement sur l'activité hôtelière et touristique, mais également sur la pêche et tout l'environnement autour du tourisme et de l'hôtellerie. Quatre hôtels étaient à l'arrêt et 17 autres impactés. La filière de la pêche était également concernée’’, renseigne Mountaga Sy, Directeur général de l’Apix, chargée de restaurer ces plages.

Il poursuit : ‘’La plage de Saly avait été dévorée jusqu’à sa disparition totale par l’agression maritime. Il y avait 17 structures hôtelières qui avaient été largement impactées et certaines étaient même en cessation d’activité. La disparition avait aussi impacté les pêcheurs de la zone qui n’avaient plus de station de déchargement pour leur activité au quotidien. Les acteurs de la filière touristique, notamment les artisans, les commerçants et les employés étaient également impactés’’.

C’est dans ce cadre qu’un ambitieux projet de récupération de la plage de Saly a été lancé par les autorités gouvernementales, pour permettre aux secteurs impactés par l’érosion côtière de pouvoir relancer leurs activités.

Cela a permis de récupérer la plage sur environ 7 km de long et 50 m de large. Selon le ministre Alioune Sarr qui s’est rendu sur les lieux, ce vendredi, pour constater l’état d’avancement des travaux de récupération de la plage confiés à l’Apix ‘’la récupération et la protection des plages de Saly auront un impact important, d’abord, sur les touristes. Cela veut dire que le consommateur, le touriste local, mais également étranger vont être aujourd'hui attirés par la plage. Mais également, pour les investisseurs dont l'une des grandes demandes exprimées lors du salon Top Reza à Paris l'année dernière, était la récupération des plages. Aujourd'hui, nous avons des investisseurs dans le secteur touristique, hôtelier notamment, qui vont revenir pour réinvestir dans la zone’’.

Le ministre du Tourisme et des Transports aériens : ‘’Si nous combinons ces éléments à la stratégie du tourisme et des transports aériens que le ministère est en train de mettre en œuvre, mais également l'excellent travail fait par l'Agence sénégalaise pour la promotion du tourisme (ASPT) pour attirer les Sénégalais vers les destinations du pays, nous pouvons considérer qu’avec ce travail fait à Saly, nous sommes dans une excellente dynamique pour que la combinaison de l'ensemble de ces acteurs puisse nous permettre de faire du tourisme le levier essentiel pour notre économie’’.

Dans ce sens, indique le ministre, ‘’les travaux seront livrés en décembre. Si l’agenda du chef de l’Etat le permet, il sera là pour la réception des travaux, parce que c’est un investissement extrêmement important de plus de 26 milliards F CFA. Et il faut que les Sénégalais soient informés de cet important investissement qui est une réponse à l’appel du secteur privé national pour récupérer, mais surtout protéger la plage de Saly’’.

Expertise hollandaise

En fait, il s’agit de la construction de 12 brise-lames et de 7 épis réalisés dans le cadre du Projet de revalorisation du tourisme et des entreprises (PDTE) composé de travaux de protection, de restauration et d'entretien des plages de Saly. Un second souffle au balnéaire lancé par le président de la République, le 18 octobre 2019. Dans ce cadre, ont été proposées des solutions architecturales et en fond marin : l'aménagement d’ouvrages de protection avec la réalisation de ces brise-lames et épis pour maintenir la houle. Ces solutions ont permis de procéder au rechargement massif de la berge pour restaurer rapidement la plage.

Conçu pour les 50 années à venir, ce projet a nécessité 300 000 tonnes d'enrochement et plusieurs milliers de mètres cubes de sable obtenus grâce à un système de dragage avec des zones choisies, de sorte que cela n'impacte pas négativement les activités de pêche, ni les populations.

A en croire le DG de l’Apix, maître d’ouvrage des chantiers : ‘’Ce sont des solutions très complexes d’expertise dédiée et l’Etat du Sénégal s’est adossé sur l’expertise hollandaise en la matière, en relation avec tous les services techniques. Et toutes les études réalisées ont permis d’aller vers des solutions pour la réalisation des 12 brise-lames et des 7 épis pour retenir les vagues. Ces ouvrages ont été dimensionnés pour résister aux houles les plus agressives et les plus élevées.’’

Pour Mountaga Sy, qui se réjouit d’avoir rendu une copie propre au ministre du Tourisme et des Transports aériens, ‘’cela devient aussi un levier important pour la relance post-Covid-19, pour attirer le tourisme local, mais aussi international qui se trouve à 15 ou 20 km d’ici, parce que l’AIBD est aujourd’hui fonctionnel, la liaison autoroutière est fonctionnelle et nous sommes à 15 minutes de l’aéroport. Donc, la connectivité est assurée, les ouvrages sont restaurés, les acteurs économiques également restaurés dans la plénitude de leurs activités. C’est donc une étape importante dans la relance économique post-Covid-19’’. 

Pour la maintenance et l’entretien de ces édifices, le ministre du Tourisme et de Transports aériens précise : ‘’Après les travaux, nous allons, avec les différents services, notamment la Sapco, mais aussi le secteur privé national, regarder la meilleure formule qui nous permet d’assurer un suivi, mais également une maintenance des infrastructures.’’

Alioune Sarr précise : ‘’Il n’était pas question qu’on laisse les travaux sans pour autant suivre et surveiller tout ce qui se passe. C’est un important travail qui a été fait : la plage va se reconstituer naturellement, mais il est important que nous puissions le suivre. Mais tout cela se fera dans une concertation, comme on l’a fait jusqu’ici.’’

Le plaidoyer du ministre en faveur du tourisme domestique

Fortement impacté par la pandémie, le secteur du tourisme devra attendre encore pour un retour massif des touristes étrangers. En attendant, le secteur pourrait être relancé par le tourisme domestique. D’où le sens de l’appel lancé par le ministre de tutelle. ‘’Ce que l’on note, c’est une bonne tendance du tourisme domestique. Le ministère a accompagné les acteurs pour leur dire, à l’image de tous les pays du monde, le tourisme va se relancer par le soutien des Sénégalais. Et nous avons fini de démontrer que le Sénégal est une Afrique en miniature. De Fatalah à Saly, en passant par le Cap-Skirring, Saint-Louis, Kédougou, les sites mégalithiques du Saloum, nous avons tout ce qu’il faut pour un bon tourisme au Sénégal. Donc, je voudrais réitérer cet appel que je lance à tous nos compatriotes pour qu’ils puissent soutenir le secteur touristique qui est un secteur transversal, qui entraine beaucoup d’autres secteurs : économie maritime, horticulture, élevage, artisanat, etc. Tous ces secteurs sont aujourd’hui portés par le tourisme’’.

En tout cas, les acteurs du secteur et les patrons d’hôtel de Saly voient dans ce projet une aubaine. Eric Philibert, Directeur du Lamantin Hôtel, déclare, sur cette lancée : ‘’Ce projet est très important. Saly redevient une station balnéaire, une station qui a du sable et des plages à offrir aux touristes. Donc, économiquement, c’est vraiment superbe.’’

Selon lui, ‘’une fois de plus, c’est une promesse du président de la République qui a été réalisée. Entre l’aéroport, l’autoroute, les plages, l’électricité et l’eau dans les iles du Saloum, il a tout fait pour que les acteurs du tourisme que nous sommes, puissions avoir des clients, les satisfaire et les faire revenir au Sénégal. Il a tenu tous ses engagements et, en fin de compte, nous avons tout ce qu’il faut pour travailler, maintenant. Il a mis à notre disposition un véritable outil de travail : le sable et la plage’’, se réjouit-il.

Sapco, la modératrice des travaux

Point focal du projet dans la station de Saly, la Société d’aménagement de la Petite Côte (Sapco) a été un modérateur dans la réalisation de ces ouvrages. Son rôle a été déterminant dans la mise en œuvre des infrastructures de protection de la plage pour la relance du tourisme.

Selon Babacar Mbengue, ‘’avec ce chantier, l’Etat a mis en place le dispositif qui permet de protéger les plages de Saly, mais aussi, a mis celui qui permet de recharger ces plages en un laps de temps. Et il était important que la Sapco, en tant que structure qui gère la station, puisse montrer cela et dérouler plus tard un plan de communication pour redonner à Saly son image d’antan’’.

Pour le directeur des Systèmes d’informations de la Sapco, ‘’ce qui est aussi important dans ce projet, c’est que durant tout le déroulement des travaux, ce projet a été fait avec l’ensemble des acteurs touristiques. Bien qu’étant des travaux qui pouvaient gêner les activités dans la station (les plages fermées et un manque à gagner sur les hôteliers et les antiquaires), on s’est arrangé à ce que ces perturbations ne puissent pas ralentir l’activité économique sur la station’’.

Il précise : ‘’C’est à ce niveau que la Sapco a joué véritablement son rôle de modérateur, son rôle de gestionnaire de la station. Les acteurs impactés ont été indemnisés pour près d’un milliard de francs CFA.’’

Il rappelle ainsi que le PDTE est un projet de 74 millions de dollars qui a plusieurs composantes dont la lutte contre l’érosion côtière. Mais pour ce qui concerne la Sapco, ‘’on a ainsi fait des études sur ‘Saly ville verte’ qui sera bientôt déroulé. On est en train de faire des études sur le plan marketing global de la station et même du tourisme sénégalais dont la Sapco pilote le volet investissement, l’ASPT étant chargée de la promotion du secteur touristique et la création de nouveaux produits’’, renseigne Babacar Mbengue.

IDRISSA AMINATA NIANG

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