Publié le 15 Oct 2020 - 13:21
MALI

Après les libérations, les hostilités reprennent

Des militaires maliens en opération dans la zone des trois frontières avec les soldats français de Barkhane, en décembre 2019

 

Moins d’une semaine après la libération d'otages malien et occidentaux en échange de plus de 200 combattants jihadistes, ou présumés tels, les hostilités ont repris au Mali. D’un côté, le GSIM a revendiqué la triple attaque survenue mardi dans la région de Mopti, de l’autre, les forces françaises de l’opération Barkhane ont mené plusieurs interpellations.

 

Certains espéraient que cet échange et le dialogue qui l’avait précédé pouvaient augurer d’une accalmie, ou d’une période de trêve. Il n’en est rien. Les attaques contre l’armée malienne d'hier ont été revendiquées ce mercredi par le GSIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, via une agence de propagande qui est l’un des canaux de revendication habituel d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Or c’est justement le GSIM, chapeauté par Aqmi, qui a négocié la libération de ses hommes en échange des otages récemment libérés. À l’heure actuelle, rien ne dit qu’il y avait parmi les assaillants des combattants qui étaient, il y a encore dix jours, dans les prisons maliennes. La revendication ne dit pas non plus si certains d’entre eux ont déjà repris du service à l’occasion de ces attaques mais le message envoyé est clair : la période de répit est terminée.

Onze soldats maliens ont été tués : neuf dans l’attaque qui a visé le camp de Sokoura dans le cercle de Bankass, puis deux dans l’embuscade qui a été tendue aux troupes envoyées en renfort au niveau du pont de Parou. De son côté, l’armée malienne précise avoir abattu 13 terroristes et détruit deux véhicules au cours de sa riposte.

Un bus a ensuite été pris pour cible sur le même axe routier, entre Bandiagara et Bankass et douze civils ont été tués. La Minusma, la mission des Nations unies dans le pays, a évacué 14 blessés, civils et militaires, selon le dernier bilan communiqué par l’armée malienne à RFI ce mercredi.

Plusieurs interpellations menées par l'opération Barkhane

Et le message envoyé par la force française de l’opération Barkhane est le même. Elle n’a pas été sollicitée par l’armée malienne à Bankass mais en revanche, elle a mené ces derniers jours une série d’interpellations dans le nord du Mali.

À Ménaka, d’abord, dans la nuit de lundi à mardi. L’opération a eu lieu chez le père de l’un des prisonniers libérés à la demande d’Aqmi, en échange des quatre otages. Cette personne – le père – est aussi un responsable régional de la CMA, les ex-rebelles signataires de l’accord de paix. Une dizaine de personnes ont été arrêtées chez lui et des armes, de l’argent et des véhicules ont été emportés par la force française.

Tous les hommes interpelés ont finalement été libérés, sauf un, après l’intervention de la CMA qui s’est officiellement indignée de ces interpellations conduites par Barkhane.

La force française a également interpelé, mardi, un responsable de la CMA à Ber, près de Tombouctou. Il a été libéré rapidement puisqu’il s’agissait d’un malentendu, selon un responsable local du mouvement.

Ces interpellations n’ont « rien à voir » avec la libération récente de plus de 200 présumés jihadistes, assure un porte-parole de Barkhane, qui refuse de commenter davantage des opérations en cours. « On est dans quelque chose qui ne s’est jamais arrêté, et qui n’est pas près de s’arrêter », souligne un haut-gradé, fin connaisseur de la situation sécuritaire sahélienne. « Les terroristes ne s’arrêtent jamais, Barkhane non plus, poursuit cette source. Il ne faut pas lier tout cela aux évènements politiques », telles que les négociations pour des libérations d’otages.

L'activité sur le terrain montre pour le moins que l’armée française ne relâche pas la pression dans sa lutte contre les groupes terroristes présents au Mali. Contre Aqmi, mais aussi contre leurs concurrents de l’EIGS, le groupe État islamique au grand Sahara, précise-t-on côté français. Les attaques jihadistes et les opérations militaires antiterroristes reprennent ou plutôt continuent, comme si rien ne s’était passé.

RFI.FR

 

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