Publié le 9 Jan 2021 - 01:31
MANIFESTATIONS LORS DE LA 1re NUIT DU COUVRE-FEU

FDS et autorités administratives avaient sous-estimé la situation

 

La première nuit du couvre-feu a été chaotique, à Dakar et dans sa banlieue. Il s’avère que les forces de défense et de sécurité (FDS) et les autorités administratives n’avaient pas pris la pleine mesure du ras-le-bol des populations. Tous les commissaires de Dakar se sont réunis, hier, pour rectifier et parer à toute éventualité.

 

Mardi dernier, contre toute attente, le chef de l’Etat a annoncé le retour, dès le lendemain, de l’état d’urgence et du couvre-feu à Dakar et à Thiès, de 21 h à 6 h. Cela a donné lieu, avant-hier nuit, à des scènes de chaos et de violence inouïe. Les jeunes sont sortis massivement, dans certains quartiers de la capitale, pour manifester leur désaccord à la décision présidentielle. Ils ont brûlé des pneus, barré la circulation et attaqué des édifices publics, comme le cas du commissariat de Guinaw Rails. Ces manifestations ont duré une bonne partie de la nuit.

Des sources sécuritaires contactées pour savoir comment ces manifestations d’une telle ampleur ont pu se dérouler, sans que les forces de l’ordre n’aient pu anticiper, renseignent que les forces de défense et de sécurité et les autorités administratives avaient un peu sous-estimé la situation. ‘’Il y avait des signaux, mais comme d’habitude, elles avaient pensé que ce serait l'œuvre de quelques perturbateurs insignifiants. Malheureusement pour elles, la situation s'est révélée être plus compliquée que ce l’on croyait et le pire, c'est que c'était coordonné’’, expliquent nos interlocuteurs.  

Selon d’autres informations, les Renseignements généraux (RG) avaient aussi signalé le ras-le-bol général et la souffrance généralisée de la population. ‘’La grogne a atteint des degrés jamais égalés dans le pays. Les autorités le savent, mais c'est la théorie du pourrissement qui est appliquée’’, avance-t-on. ‘’En réalité, poursuivent nos interlocuteurs, les FDS n'étaient pas aux abonnées absentes, hier nuit (avant-hier nuit, NDLR). C'est le dispositif sécuritaire qui n'était pas à la hauteur. Comme connu de tous, l'autorité pensait que la situation serait sous contrôle. Malheureusement, toutes les prévisions sont passées à côté. Maintenant, il faudra réajuster après évaluation de ce qui s'est passé hier (mercredi) et de ce qui n'a pas marché’’.  

Une réunion avec tous les commissaires de Dakar, hier

Pour parer à toute éventualité, autrement dit pour ne plus revivre la situation de la première nuit du couvre-feu, nos interlocuteurs soulignent : ‘’Ce qui est maintenant prévu, c'est de monter en puissance, afin de faire face à la menace. Attention, la réaction pourrait être très musclée. Il faudra que le ministre de l’Intérieur, Antoine Felix Diome, et le commissaire Modou Diagne (le directeur de la Sécurité publique) montrent leurs preuves de maîtrise de la situation. Ils doivent le faire. Nous espérons la même chose aussi du côté de la gendarmerie qui n’a pas trop de responsabilités dans la gestion de la sécurité à Dakar, pour ne pas dire en milieu urbain.’’

Sur ce dernier point, nos sources soutiennent que toutes les mesures ont été prises pour faire respecter l’ordre. Des moyens humains et matériels à la hauteur sont mobilisés pour assurer la sécurité à Dakar, sa banlieue et à Thiès. Ils n’avancent pas de chiffres, mais précisent que les FDS seront sur place et dans des endroits stratégiques. Des renforts d’autres directions de la police et des pensionnaires de l’Ecole nationale de la police et de la formation permanente, du Groupement d’intervention de la police ne sont pas exclus, en cas de besoin, dit-on.

Pour peaufiner les stratégies, une réunion de plusieurs heures a été organisée hier au commissariat central de Dakar. Elle a réuni tous les patrons des commissariats, commissariats d’arrondissement et de poste de police de la région de Dakar. Nos sources n’ont pas voulu dévoiler les conclusions de cette réunion, malgré l’insistance d’’’EnQuête’’. ‘’Force restera à la loi. Toutes les mesures seront prises pour sécuriser les personnes et leurs biens. Les mesures seront respectées. Retenez aussi que nous aurons assez d’hommes et de voitures pour faire régner le calme, en cette période d’état d’urgence. Il y a aura, en grand nombre, des patrouilles dans les zones de risque, des check-points, des voitures dans des endroits stratégiques, entre autres. Le renfort sera prêt à agir, en cas de besoin. Le reste, c’est une surprise pour ceux qui tenteront d’affronter les forces de sécurité’’, avancent fermement nos interlocuteurs.

CHEIKH THIAM

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