Publié le 30 Apr 2020 - 22:17
ME BAMBA CISSÉ, SUR LES PERSONNES “VECTEURS’’ DU COVID-19

 “Elles devraient, au moins, être averties pour donner l’exemple’’

 

Malgré l’état d’urgence et les interdictions de déplacements, certains Sénégalais, consciemment ou inconsciemment, mettent en danger leurs concitoyens en refusant de se plier aux mesures publiques de sécurité édictées. Le manque de poursuites, jusqu’ici, à leur égard n’en fait pourtant pas des innocents.

   

Lorsque Serigne Mbaye apprend que parmi les 87 tests revenus positifs annoncés par le communiqué n°58 du ministère de la Santé et de l’Action sociale, 25 ont été contaminés par une seule personne revenue de Louga à son village à Sédhiou, le père de famille laisse éclater sa colère : ‘’Franchement, de telles personnes immatures doivent être sévèrement punies. Malgré l’interdiction de déplacement, l’état d’urgence et le couvre-feu, elles trouvent le moyen de transporter le virus sur autant de kilomètres. C’est exaspérant !’’

Il n’est pas le seul Sénégalais à penser que les récalcitrants aux mesures de sécurité et de distanciation sociale en vigueur, depuis l’arrivée de la pandémie Covid-19 au Sénégal, ne doivent pas s’en sortir indemnes.

Ce ne sont pas les explications fournies par le docteur Amadou Yéri Camara, le médecin-chef de Sédhiou, qui vont rassurer cette frange de la population. Car, pour le docteur, ‘’les recherches ont permis de pouvoir déterminer l’itinéraire de cet homme qui, après avoir quitté la région de Louga, s’est rendu à Dakar, avant de rejoindre la région de Sédhiou, le 5 avril, après avoir pris trois véhicules de 7 places, deux motos-Jakarta et un véhicule ‘‘clando’’. Il a voyagé en plusieurs étapes, en passant par Tamba, Diamniadio, Thiadiaye, Fatick, Kaolack, Keur Ayib, Soma, Sénoba, Madina Wandifa et son village Sédhiou’’. Difficile alors de savoir combien de personnes il a pu infecter en cours de route, vu le trajet qu’il a emprunté.

Mais rien qu’à Sédhiou, il a fait passer la localité de zone non impactée par le virus à une des plus touchées au Sénégal.

Comme ce patient, d’autres personnes infectées par la Covid-19 ont fait passer leur volonté de voyager avant le respect et la protection des autres Sénégalais, en propageant le virus sur leur passage : un marchand ambulant, qui faisait clandestinement la navette à bord d'une moto-Jakarta, a transporté le virus de Touba à Tivaouane. A Djender, à Thiès, la vendeuse de légumes testée positive au coronavirus a contaminé au moins 12 personnes dont un agent de santé qui l’avait accueillie à Pout. Sans oublier, entre autres, le modou-modou de Touba, premier infecté sénégalais qui avait contaminé plus de la moitié de sa famille.

‘’Six mois à 3 ans et une amende de 250 000 à 1 000 000 de F CFA

Même si ce dernier a exprimé depuis sa culpabilité et ses regrets, il n’en demeure pas moins un vecteur du virus qui crée beaucoup de peurs autour de lui. L’entêtement de certains Sénégalais à satisfaire leurs désirs personnels, au mépris de la sécurité nationale, est de plus en plus inquiétant et handicapant pour l’équipe chargée de stopper l’avancée de la pandémie dans le pays. Et ces actes auraient pu avoir des conséquences pénales.

Comme le rappelle l’avocat Me Bamba Cissé pour qui, si la personne est consciente de son état de santé et qu’elle continue de circuler librement sans se manifester, elle peut être poursuivie pour mise en danger de la vie d’autrui. C’est l’article 307 bis du Code pénal qui dispose : ‘’Toute personne qui expose autrui à un risque immédiat de mort ou de blessure de nature à entrainer une mutilation ou une infirmité permanente, par la violation délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement, est punie d’un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d’une amende de 250 000 à 1 000 000 de F CFA.’’

Seulement, précise l’avocat, ces ‘’personnes vecteurs’’ doivent être prises en charge et soignées, avant d’être poursuivies. En ces temps de guerre déclarée contre la pandémie Covid-19, elles agissent contre la santé publique, en mettant en danger des citoyens. Et pour Me Cissé, elles devraient être, une fois prises en charge, au moins averties pour donner l’exemple et que de pareilles choses ne se reproduisent plus.

Si, jusqu’ici, aucun patient coupable des délits susmentionnés n’a été inquiété par les services judiciaires du pays, il n’en demeure pas moins que ces actes restent répréhensibles par la loi.  

Lamine Diouf

Section: 
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