Publié le 20 Oct 2020 - 17:44
PRESIDENTIELLE GUINEENNE

Les germes d’une explosion de violence

 

L’éternel opposant du président sortant, Cellou Dalein Diallo, a pris les devants et annoncé sa victoire à l’élection présidentielle qui s’est tenue ce dimanche. Le camp du pouvoir condamne ‘’une sortie irresponsable et dangereuse’’.

 

Crier victoire avant la décision de l’arbitre. C’est ce qu’a fait hier le candidat à l’élection présidentielle de Guinée, Cellou Dalein Diallo. Fort des tendances positives que lui attribueraient les premiers résultats du scrutin de ce dimanche, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a déclaré avoir gagné la Présidentielle haut la main devant le président sortant Alpha Condé.

‘’En dépit des nombreuses fraudes qui ont entaché le scrutin présidentiel d’hier (le 18 octobre 2020, NDLR) en République de Guinée, je sors victorieux dès le premier tour. Je remercie les membres et sympathisants de l’alliance qui m’a accompagné dans cette élection, ainsi que l’ensemble du peuple de Guinée pour la confiance placée en moi’’, s’est auto-accordé, depuis le quartier général de son parti, celui qui effectue sa troisième course pour accéder à la tête de son pays.

La publication des résultats officiels devrait toutefois prendre quelques jours. Un éventuel second tour a d'ores et déjà été programmé le 24 novembre prochain.

Cette déclaration est la suite, somme toute ‘’logique’’, d’autres faits qui se sont succédé dans la journée d’hier dans le camp de l’opposant. Car les partisans du candidat de 68 ans ont d’emblée rejeté l’impartialité de la Commission électorale nationale électorale (Ceni) et ultérieurement la Cour constitutionnelle, qu'ils jugent fidèles au président sortant. Ainsi, ils ont déclaré leurs intentions de procéder à leurs propres comptages issus des résultats remontés de tous les bureaux de vote de tout le pays. Leurs craintes, disent-ils, est de se voir priver de la victoire, ‘’comme ce fut le cas lors des précédentes éditions de 2015 et 2010’’.

La nuit du dimanche, des manifestations spontanées étaient rapportées dans certains quartiers de la capitale favorables à Cellou Dalein Diallo par les sites d’informations. Après l’annonce de cette victoire par le principal intéressé, les militants ont commencé à déferler dans les rues de Conakry, ville qui aurait voté Cellou Dalein Diallo.

Une attitude antirépublicaine et antidémocratique

Du côté du pouvoir, la réaction n’a pas tardé. Dans une déclaration, le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) s’est accordé avec ‘’les partis alliés et les mouvements de soutien respectueux des institutions de la République, pour condamner sans réserve et avec la plus grande fermeté la déclaration irresponsable et dangereuse du président de l’UFDG Cellou Dalein Diallo, par laquelle il s’autoproclame élu de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020’’. Les partisans d’Alpha Condé ajoutent que ‘’cette élection dont le processus de comptage des résultats est encore en cours, ne peut que conduire le peuple de Guinée vers la vérité selon laquelle seul le peuple souverain élit son représentant. Cette attitude antirépublicaine et antidémocratique appelle, de la part de tous les patriotes et de tous les démocrates, une vive indignation et une condamnation unanime’’.

Quelques heures plus tôt, le pouvoir ne cachait pas son inquiétude devant l’éventualité de publications anticipées des résultats. C’est le ministère de la Sécurité qui rappelait que de telles déclarations étaient interdites, soulignant qu’un affrontement avait été évité de justesse, lors des rassemblements de la nuit.

Quant au Premier ministre Kassory Fofana, Directeur de campagne du président sortant, il mettait en garde contre les déclarations pouvant envenimer la situation. Devancer la Ceni, prévenait-il, reviendrait à mettre de ‘’l'huile sur le feu’’.

Cette position adoptée par le principal candidat de l’opposition fait craindre le pire, le spectre des violences post-électorales planant sur cette fin d’année 2020 au cours de laquelle pas moins de cinq pays d’Afrique de l’Ouest sont appelés à élire leur président de la République.

La CEDEAO, l’UA et l’Onu appellent au calme et au respect des règles démocratiques

La Présidentielle guinéenne se tient déjà dans un contexte tendu et un climat de crispation, faisant redouter des heurts, à l'annonce des résultats. Une partie de l'opposition et de la société civile a boycotté le scrutin qui pourrait maintenir au pouvoir Alpha Condé, premier président élu démocratiquement en 2010 à la tête du pays. Ce dernier brigue un troisième mandat contesté, après une révision en mars dernier de la Constitution, par des manifestations réprimées qui ont fait une cinquantaine de morts en moins d'un an, selon l'organisation Amnesty International. A cela s’ajoute la situation explosive de l'importance des appartenances ethniques, divisions sur lesquelles certains candidats jouent par un langage belliciste à l'égard des ethnies des autres candidats.

La situation en Guinée, qui ouvre le bal des présidentielles dans la sous-région, et les violences préélectorales en Côte d’Ivoire ont même servi de prétexte à trois organisations sous-régionale, africaine et internationale à appeler déjà au calme.

En effet, dans un communiqué conjoint, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine ont appelé toutes les parties prenantes de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Ghana et du Niger à se mobiliser pour des élections présidentielles apaisées en Afrique de l’Ouest.

Elles invitent également l’ensemble des classes politiques de ces pays à respecter et à protéger les droits fondamentaux, notamment les libertés d’expression, de rassemblements indispensables à la participation sereine de tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance politique, ethnique, sociale, culturelle et religieuse.

Lamine Diouf  

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