Publié le 28 Jul 2020 - 23:02
RAPPEL A DIEU DE BABACAR TOURE

La mémoire d’un grand homme saluée

 

Le PDG du groupe Sud Communication repose au cimetière de Bahiya. Une foule nombreuse, composée de politiques, de journalistes, d’anciens ministres et d’anonymes a tenu à l’accompagner, hier, à sa dernière demeure et à témoigner sur lui.   

 

La scène est insoutenable : Oustaz Alioune Sall pleurant à chaudes larmes, après l’inhumation du désormais ex-président-directeur général du groupe Sud Communication. Le célèbre prêcheur à la radio Sud FM, comme la plupart des personnes qui ont assisté, hier, à l’enterrement de Babacar Touré au cimetière de Bahiya, dans la partie réservée aux disciples de Darou Minam, n’a pu contenir son émotion. Présent à la prière mortuaire dirigée par Serigne Cheikh Abdou Latif Mbacké, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a tenu à formuler, pendant plusieurs minutes, des prières pour son talibé et fils.

C’est parce que, comme l’a témoigné Serigne Cheikh Abdou Latif Mbacké, ‘’Babacar Touré était un fils du khalife général des mourides. Ce dernier séjournait souvent chez lui, à Ngaparou. Il l’aimait beaucoup et le consultait sur beaucoup de choses. Babacar Touré était, auparavant, talibé de Serigne Abdou Hakim Mbacké, le jeune frère de l’actuel khalife général des mourides. C’est après le rappel à Dieu de Serigne Abdou Hakim qu’il a fait allégeance auprès de Serigne Mountakha. C’était un fervent mouride et un homme bon au vrai sens du terme’’.

Présent au cimetière, Maitre Khassimou Touré, cousin du défunt, dira : ‘’Nous avons perdu un grand homme. Une référence pour tout le monde. C’est le monde qui a perdu. Une icône de la presse est tombée. Nous présentons nos condoléances à la presse sénégalaise. Il faut reprendre le flambeau et le tirer vers le haut. C’était un homme juste ; et un homme juste peut collaborer avec tout le monde.’’

A ses côtés, Mamadou Mbengue, le maire de Ngaparou, à faire ce témoignage : ‘’C’était une personne humble. Il m’a beaucoup accompagné dans ma mission de maire. Il était une icône, à Ngaparou. Il nous a aidés à obtenir un CEM et un lycée. Je peux dire que grâce à lui, nous avons pu obtenir une ambulance. Il a équipé le nouvel hôtel de ville avec 12 ordinateurs. Lors de la survenue de la Covid-19, il a largement contribué, en appuyant les groupes vulnérables.’’

Son collègue Fallou Sylla, l’édile de la commune de Mbour, de renchérir : ‘’Il était très social. Pour la lutte contre la Covid-19, il a remis sa contribution à tous les maires des communes du département. Sur les compétences transférées, il remettait beaucoup d’argent.’’

De nombreuses personnalités ont accompagné le journaliste à sa dernière demeure. C’est le cas des anciens ministres d’Etat Mamadou Diop Decroix et Abdou Fall. Ces derniers ont salué la mémoire d’un grand homme, serviable, un régulateur social et humain dans ses rapports. Les témoignages étaient unanimes aussi bien du côté des hommes politiques que des confrères venus accompagner le regretté Babacar Touré.

Boucar Aliou Diallo

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

CEREMONIE DE LEVEE DU CORPS DE BABACAR TOURE

Ultimes hommages pour un homme unanimement salué…

Discret dans la vie comme dans la mort, l’œuvre de ce pionner de la presse privée sénégalaise a parlé pour lui, hier, de l’hôpital Principal de Dakar à la ville sainte de Touba où il repose à jamais.

Les Sénégalais ont rendu un dernier hommage à Babacar Touré. Hier, c’est le peuple, à travers le président de la République Macky Sall, qui a salué l’œuvre du membre fondateur du groupe de presse Sud Communication. Sur son compte twitter, le chef de l’Etat écrivait : ‘’Journaliste chevronné et pionnier dans l'entreprise de presse et la formation des journalistes, homme de consensus et de dialogue, Babacar Touré aura été de tous les combats pour la liberté et la démocratie. A sa famille, au Groupe Sud et à la presse, je présente mes condoléances.’’

Babacar Touré n’était pas le premier nom auquel le grand public pense, lorsqu’on évoque le métier de journaliste. Mais, dans le milieu professionnel de la presse, il était reconnu de tous comme une pointure. Et même dans la mort, cette particularité l’a suivi. Hier, la morgue de l’hôpital Principal de Dakar, où s’est tenue la cérémonie de levée du corps, a refusé du monde venu dire un dernier au revoir à ce pionnier de la presse privée sénégalaise. Acteurs des médias, autorités religieuses, membres du gouvernement ou encore de simples citoyens ont témoigné, devant la famille du défunt, la multitude des bonnes actions à son actif. 

A vrai dire, avait-il besoin de se mettre en scène pour que l’on reconnaisse son rang ? Nullement. C’est avec plaisir que tous ceux qui l’ont côtoyé, ont révélé la manière dont il les a marqués. A l’image d’Oustaz Alioune Sall, qui travaillait avec Babacar Touré depuis juillet 1999 : ‘’Il traitait ses collaborateurs et employés comme ses égaux. Il sollicitait notre avis dans tout ce qu’il faisait. Parfois, il nous suivait dans nos idées et nous le suivions aussi, si les siennes étaient meilleures. Il respectait tous ses engagements vis-à-vis de ses associés et les assistait dans toute épreuve.’’

Son professionnalisme ne faisait point débat. Ni son talent de journaliste. Il était de ces plumes qui transportaient le lecteur, l’incitant à faire de l’assimilation de l’information un instant de bonheur. Babacar Touré était aussi un homme d’honneur, qui accordait une grande importance aux principes d’éthique et de déontologie qui encadrent son métier. Tous les témoignages sont unanimes : un homme courtois, généreux, travailleur et fervent talibé mouride.  

Ce n’est d’ailleurs pas qu’à Dakar que le défunt faisait l’unanimité. Dans son lieu de repos éternel, une même foule attendait la dépouille, bien décidée à lui rendre hommage, elle aussi. Un fait qu’a confirmé Oustaz Alioune Sall, sur son chemin de retour de la ville de Touba, après l’inhumation. Selon ses mots, ‘’chaque personne qui a pris la parole a eu des témoignages élogieux à son égard. Et il est dit dans le Coran que chaque personne témoin d’une situation pareille s’efforce d’avoir une fin pareille’’.

Alors, que retenir de cet homme multidimensionnel ? Dans sa corporation, le célèbre prêcheur de la radio Sud FM donne un conseil tiré de son vécu avec Babacar Touré. Car, rappelle-t-il, Babacar nous a fait savoir que le journaliste doit savoir que ce métier ne se résume pas à réaliser des articles bien écrits : ‘’Il disait plutôt que ce sont les belles valeurs qui fondent le bon journaliste.’’ Des paroles à méditer dans un métier de plus en plus décrié et réceptacle de brebis galeuses.

ABDOU LATIF COULIBALY, ANCIEN MINISTRE DE LA CULTURE

‘’Babacar Touré était un grand monsieur, au plan humain, social et professionnel’’

Ami et collègue de Babacar Touré au sein du groupe Sud Communication, l’éditorialiste est revenu sur les qualités qui fondaient sa relation avec feu Babacar Touré, rappelé à Dieu le dimanche 26 juillet 2018.  

 

Qui était Babacar Touré ?

Comme tout le monde le dit et répète, c’était un très grand monsieur. Il l’était au plan humain, social et professionnel. Je peux parler de l’homme en ces trois composantes. Il était un modèle de professionnel à double titre. Sa capacité de production d’articles était phénoménale, par la rigueur de son écriture, la force de ses arguments et surtout la conviction qu’il mettait à les défendre. Pour moi, lire un texte de Babacar pouvait suffire pour comprendre les règles du journalisme. Il était rigoureux dans les faits, juste dans son commentaire, mais était surtout éclairant dans la façon de poser les faits.

Au plan social, il disait souvent que toute personne devait être juste avant d’être généreuse. Quand on est juste, on est nécessairement généreux. Quant à l’homme, il était engagé dans ses rapports humains. Il ne transigeait jamais avec la vérité. Partager une amitié forte avec lui n’était possible que pour une personne qui accepte de faire face à la vérité. 

Comment l’avez-vous connu ?

J’ai connu Babacar en mars 1985. Par un concours de circonstances, nous nous sommes connus intellectuellement, avant de nous rencontrer. Il avait publié une interview de Jean Roux, un anthropologue français. La lecture du chapeau de l’article m’a donné la curiosité de terminer le papier. Une fois fait, j’étais émerveillé par la grandeur professionnelle exceptionnelle de l’autre partie de l’article, concernant la manière dont il avait conduit l’interview. Sa culture sortait de façon très nette à travers les questions qu’il posait.

Deux semaines avant de lire cet article, j’avais publié une tribune dans ‘’Le Soleil’’, alors que je n’avais que deux années d’expérience professionnelle. Le papier s’adressait à Thomas Sankara qui venait d’accéder au pouvoir au Burkina Faso. Ce dernier avait décidé de révoquer l’ancien secrétaire général de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEAO, organisation précurseur de l’UEMOA). Sankara prétendait que ce dernier et notre compatriote Moussa Ngom avaient commis des indélicatesses dans la gestion de l’organisation. Il avait décidé de les faire arrêter au Burkina Faso, sans en référer aux autres chefs d’Etat. La tribune se demandait si Thomas Sankara avait raison ou pas. Et ma réponse était : Non ! Babacar avait trouvé le papier audacieux, mais juste.  

Par un concours de circonstances, nous nous sommes retrouvés au Club de la presse (il se trouvait dans le bâtiment qui appartient à la Caisse de sécurité sociale, en face du ministère des Finances). Saliou Traoré m’a introduit auprès de lui et il m’a demandé mon nom. Il m’a ensuite félicité pour la tribune sur la CEAO. Lorsqu’il s’est présenté à son tour, je n’en revenais pas que le grand Babacar Touré me congratulait sur mon travail.

Par la suite, il m’a confié une enquête sur le sujet : ‘’Comment les parents d’élèves s’équipent en fournitures scolaires et quelles sont leurs difficultés ?’’. J’y ai mis toute ma volonté, la peur au ventre de ne pas être à la hauteur pour un homme exceptionnellement bon en journalisme. Mais, après avoir lu l’enquête, de la première à la dernière ligne, son stylo posé sur la table, il m’a félicité pour le travail accompli.  C’est à partir de ce jour que notre amitié s’est liée. Il m’a pris sous son aile. Il s’est, depuis, comporté comme quelqu’un qui avait semé une graine et surveillait son évolution. De retour après ma formation au Canada, j’ai automatiquement intégré le groupe Sud Communication.

C’était aussi un grand panafricaniste…

Babacar était engagé dans un idéal de liberté et de démocratie. Il savait que tous les peuples d’Afrique aspiraient à cela. Il était d’avis que l’Afrique était une et indivisible, par rapport à ces problématiques. La première Une de ‘’Sud Magasine’’ représentait l’image de Kwame Nkrumah (ancien président ghanéen), Cheikh Anta Diop et de Nelson Mandela (ancien président sud-africain). C’est dire à quel point il croyait au panafricanisme, convaincu que le fondement d’un Etat africain doit reposer sur un panafricanisme intelligent et généreux. L’Union africaine était, à ses yeux, une étape pour réussir à faire de l’Afrique une entité nationale.

Que peut-on retenir d’un homme d’une telle dimension ?

La rigueur et la générosité. Mais aussi l’estime de soi. C’était un homme qui croyait en ses qualités, par la rigueur qu’il s’imposait.

Lamine Diouf

 

Section: