Publié le 1 Dec 2020 - 17:33
RTS, PRESSE, ACTEURS CULTURELS, APS, MSAD

La culture sur le grill

 

Le ministre de la Culture et de la Communication a présenté, dimanche dernier à l’hémicycle, le projet de budget de son ministère pour l’an 2021. Son département aura à sa disposition 26 550 462 085 F CFA pour mener ses missions. Face aux députés, divers sujets ont été abordés.

 

Le budget 2021 du ministère de la Culture et de la Communication a été voté, dimanche dernier. Il a connu une hausse de plus de quatre milliards de francs CFA par rapport à l’année dernière.  Il s’élève à 26 550 462 085 F CFA. Selon le ministre Abdoulaye Diop qui faisait face aux parlementaires, les acteurs culturels ont été très affectés par la pandémie.

Ainsi, a-t-il dit, ‘’les acteurs culturels ainsi que les organes de presse vivent encore dans une précarité extrême’’. Pour l’exercice 2021, les crédits dédiés au programme de la promotion et de la valorisation des industries culturelles et créatives sont arrêtés à 9 076 667 683 F CFA. Ceux alloués au développement et à l’encadrement du secteur de la communication s’élèvent à 9 189 922 396 F CFA. Les montants affectés à la promotion et à la valorisation du patrimoine culturel sont arrêtés à 6 954 415 920 F CFA. Enfin, la somme de  1 329 456 086 F CFA est destinée au Programme pilotage, coordination et gestion administrative.

À l’hémicycle, le ministre de la Culture et de la Communication a été interpellé sur les polémiques existant à la télévision nationale. En effet, les députés ont évoqué la situation du directeur général de la RTS qui, selon eux, a atteint l’âge de départ à la retraite. Abdoulaye Diop a également été interpellé sur la couverture médiatique menée par cette chaine de télé par rapport aux manifestations des acteurs politiques. A ce propos, certains députés ont estimé que ce média public accorde beaucoup de temps d’antenne aux activités et réalisations du président de la République et de son gouvernement. En outre, les députés ont souhaité un traitement plus équilibré de l’information, prenant en compte le pluralisme identitaire, notamment celle linguistique du Sénégal. Le rétablissement du signal de la RTS au niveau de certains pays de la diaspora a été aussi réclamé.

Ils ont, en outre, interpellé le ministre sur le taux de couverture du territoire national par la TNT. Les députés ont, par ailleurs, sollicité l’installation de radios communautaires dans plusieurs localités du Sénégal.

Répondant à ces interpellations, le ministre a demandé à faire la part des choses. Pour lui, ‘’il est de la latitude d’un directeur général qui a été nommé par décret du chef de l’Etat de trouver les pertinences pour dire s’il reste ou pas’’. En outre, il estime que la RTS a une mission de service public d’information ainsi que ‘’la promotion des politiques publiques de développement’’.

Aussi, les députés ont-ils demandé la date de démarrage de la nouvelle société nationale SN-APS. Et ils ont exigé que l’on donne à l’APS les moyens qu’il faut. ‘’Elle est en profonde mutation institutionnelle et le démarrage de la nouvelle société est prévu en janvier 2021’’, a dit le ministre.

Code de la presse

Par ailleurs, par rapport au Code de la presse, Abdoulaye Diop a informé que les différents textes d’application sont transmis au Secrétariat général du gouvernement.  Pour ce qui est de la Commission nationale de la carte de la presse, M. Diop a indiqué que la procédure de dépôt des dossiers a démarré. Les cartes numérisées qui seront délivrées ‘’permettront d’organiser le secteur, à travers notamment l’identification des différents acteurs’’.

 Au sujet du projet de décret du Fonds d’appui et de développement de la presse remplaçant l’aide à la presse, il a annoncé qu’il est déjà transmis au Secrétariat général du gouvernement, de même que celui fixant les obligations et avantages des entreprises de presse et les minima requis pour la formation. Ce projet définit le mode de financement des entreprises publiques et les avantages pour les médias privés.  

Manufactures sénégalaises des arts décoratifs

Au cours des débats, les députés ont plaidé la cause d’une vitrine culturelle artistique vieille de 54 ans. Il s’agit des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) de Thiès. Qui ‘’sont méconnues, malheureusement, chez elles’’, selon les députés qui regrettent qu’elles aient ‘’sombré dans un temps relativement long dans un coma’’. Considérant que les Msad peuvent jouer un rôle considérable dans la mise en œuvre de la politique culturelle du pays, les élus ont estimé qu’elles ‘’devraient figurer en bonne place dans la panoplie des emblèmes nationaux’’.

Pour sa part, le ministre Abdoulaye Diop a reconnu que les ‘’Msad font la fierté du Sénégal et leurs tapis sont maintenant disponibles partout dans le monde, notamment à l’Unesco et à l’ONU’’.

Le député Moustapha Guirassy, lui, est préoccupé par tout autre chose. Il estime que l’heure est grave et que les moments sont assez importants. Par conséquent, il a plaidé pour une révolution culturelle qui met en avant une transformation de notre société. ‘’La transformation doit être très profonde. Il vous faut beaucoup d’audace, de liberté pour infuser dans les politiques publiques nos valeurs’’. ‘’Vous avez entre les mains deux leviers extrêmement puissants : la communication et la culture’’, lui rappelle-t-il. Pour le député, le ministère de la Culture et de la Communication est une institution qui doit être un sous-système du système éducatif. ‘’Vous devez absolument négocier, mais durement avec le ministère de l’Education nationale pour faire amener certaines valeurs, certaines croyances dans cet espace-là’’, a-t-il suggéré.

En outre, Moustapha Guirassy estime que la culture peut régler le problème de l’émigration irrégulière. ‘’Il faut que les poètes écrivent leurs poèmes, que les écrivains écrivent, que les artistes peignent pour changer la perception des jeunes’’, a-t-il dit. Pour lui, c’est à partir du beau, de l’idéal, bref de l’art, que peut tout changer. ‘’Quand ils (les jeunes) verront que la beauté peut être vue, acceptée et portée et vécue ici, en ce moment, ils n’auront pas besoin de s’évader. La culture est un levier important. On parle de révolution verte, révolution digitale, mais je vous assure qu’il est urgent, pour nous, d’aller dans le sens d’une révolution culturelle’’, dit-il.

BABACAR SY SEYE

 

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