Publié le 28 Sep 2020 - 21:07
SAINT-LOUIS

La place Faidherbe rebaptisée Baya Ndar

 

Au cœur du débat public et cible des activistes, cette place centrale de l’île de Saint-Louis va retrouver son appellation d’antan.

 

Entre la place, le pont, le lycée et la statue qui portent le nom Faidherbe, Saint-Louis arbore l’emprise du colon français sur beaucoup de lieux symboliques. Désormais, un au moins sera retiré de la liste. Il s’agit de la place Faidherbe dont l’appellation sera désormais ‘’Baya Ndar’’.

Samedi, le maire de la capitale du Nord l’a annoncé, suite à une réunion du Conseil municipal de la ville. Selon Mansour Faye, la commission créée pour renommer cette place a choisi entre un nom d’une figure historique, une date ou un événement mémorable. ‘’Et c’est celui de Baya Ndar qui a remporté les votes à une grande majorité. Ce nom était déjà présent, au temps de notre enfance. Tous les Saint-Louisiens ont entendu leurs grands-parents appeler ce lieu Baya Ndar’’.

 ‘’La place avait auparavant porté les noms suivants : place Savane, ensuite place de la Monarchie de Juillet, place d’Orléans et place du Gouverneur Faidherbe, en 1887. Et depuis cette date, elle abrite la statue du gouverneur Faidherbe (....)’’ renseigne un document de presse.

La commission chargée de cette mission de rebaptisation s’est penchée, en priorité, sur la place Faidherbe, car ce débat cristallise les passions, depuis quelques années. En effet, plusieurs activistes ont milité pour que le nom de l’ancien gouverneur de Saint-Louis, ex-capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), soit retiré. Et la mort de George Floyd aux Etats-Unis, en mai dernier, a soulevé un élan mondial de contestation des figures historiques du racisme et de la colonisation qui n’a pas épargné le Sénégal et la ville du Nord. 

Mais pour le maire, la décision de changer le nom officiel de ce lieu symbolique de la ville tricentenaire devait revenir aux fils de Saint-Louis. Au moment opportun, leurs élus locaux s’en sont chargés.

Toutefois, le nom place Faidherbe avait plus d’officiel qu’autre chose pour les Saint-Louisiens. En tout cas pour les plus vieux. Le professeur d’histoire et de géographie à la retraite, Ababacar Gaye Fall, en donnait une petite explication dans une contribution publiée sur ndarinfo.fr : ‘’La persistance du terme populaire de Bayaal ou Baya dans la mémoire collective, selon la position insulaire ou continentale, est l’expression d’une longue résilience des populations de Saint-Louis à la décision de l’autorité coloniale de baptiser cette place centrale du nom de Faidherbe.’’

Que faire de la statue Faidherbe ?

Pour l’historien, le même rejet de cette imposition coloniale s’opère silencieusement sur la statue Faidherbe, à l’ombre de la contestation. La raison, fait-il remarquer : ‘’Dans le référentiel traditionnel de salubrité des habitants de la vieille ville : ‘’Sa tilimayou vert-de-gris, ngâ saff statue Faidherbe’’ (‘’Tu es aussi sale que la teinte vert-de-gris de la statue de Faidherbe’’) n’est-elle pas une forme satyrique de mépris d’une figure que les populations de Ndar n’ont réellement jamais admirée ?’’

Et son analyse se porte aussi sur d’autres noms hérités de la colonisation.  ‘’Les ponts Servatius et de la Geôle, ne sont-ils pas respectivement devenus Moustapha Malick Gaye et Docteur Masseck Ndiaye ? Les populations autochtones de la vieille cité ont, quant à elles, depuis toujours, consacré les appellations respectives de ‘Pomu Get-Ndar’ et ’Pomu Loodo’. Il en va de même de ’Pomu Teenjigeen’ en lieu et place de pont Faidherbe’’, ajoute le chargé de mission à l’Institut d’études avancées (IEA) de Saint-Louis du Sénégal.

La place débaptisée, quid des autres lieux symboliques qui portent encore le nom du colon ? Le débat le plus actuel concerne la remise sur place de la statue de Faidherbe. Depuis quelques années, le collectif Faidherbe doit tomber en a fait son cheval de bataille, entre Lille en France et Saint-Louis du Sénégal.  En janvier 2020, elle a été déplacée pour la rénovation de la désormais place Baya Ndar. Mais sera-t-elle réinstallée ?

A cette question, le maire se veut prudent. ‘’Pour le moment, soutient-il, la question de la statue n’a pas été évoquée. Elle a été renvoyée à une date ultérieure et lorsque l’occasion se présentera, nous en discuterons. Jusqu’au moment où nous parlons, la statue est au CRDS (Centre de recherche et de documentation du Sénégal de l’université Gaston Berger de Saint-Louis). Nous n’avons pas encore décidé de son déboulonnement ou non. Et tant que cela ne sera pas, l’on peut considérer qu’elle est encore là. Et c’est le conseil qui décidera de son maintien ou pas’’.

Lamine Diouf

Section: 
SONKO–DIOMAYE : Pourquoi la coopération vaut mieux que la rivalité
UNE DÉCISION JURIDIQUEMENT INDÉFENDABLE Pourquoi le Tribunal Arbitral du Sport annulera le forfait infligé au Sénégal
Qui dirige le Sénégal ?
NOS RESSOURCES NE DOIVENT PLUS ENRICHIR LES AUTRES. “L’Afrique doit servir d’abord les Africains”
DIOMAYE–SONKO ET LA TECTONIQUE DU POUVOIR : Quand les fissures du sommet traversent l’État
LA PAGE DE “L’AFFAIRE SOFTCARE” TOURNÉE : Les consommatrices soulagées
SÉNÉGAL : De nouveau sur la nécessaire et urgente refondation des institutions
(SUR)IMPOSITION DES RAPPELS DES ENSEIGNANTS, ENTRE FANTASMES, AMALGAMES ET COMMUNICATION HASARDEUSE : Des solutions à portée
PAYER LA BOURSE, STABILISER LE CALENDRIER UNIVERSITAIRE La réforme de l’enseignement supérieur et le défi du service public
Pour un Nouveau Modèle Pédagogique des Programmes d’Enseignement dans les Universités et des Instituts Supérieurs de Formation au Sénégal.
Le bruit autour de la fresque de Papa Ibra Tall à Thiès ne valait pas la peine
L’affaire Doudou Wade ou la frontière mouvante entre la parole politique et l’ordre public
La restructuration de la dette publique est-elle une solution face à la crise de l’endettement ?
NÉCROLOGIE : Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal
DIOM, FOULLA AK FAYDA : L’ADN immuable du sport sénégalais
CAN 2025 : Puisse la communion durer...
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial
SENEGAL–MAROC : Héritage commun, destin solidaire au-delà des rivalités sportives
“Zéro talibé mendiant dans la rue’’ : objectif inatteignable ?
MAROC - SENEGAL : Quand la politique tue le football !