Publié le 25 Sep 2018 - 02:28
SERGENT-CHEF ALBERT SARR (DIVISION INFORMATION ET RELATIONS PUBLIQUES BNSP)

‘’Les plages interdites reçoivent plus de monde que celles autorisées’’

 

De Yoff à Malika, toutes les plages sur le littoral sont interdites à la baignade. Seulement, celles qui sont interdites sont même plus fréquentées que celles autorisées. Dans cet entretien, le sergent-chef Albert Sarr, membre de la Division information et relations publiques de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers, révèle également que l’âge des victimes de la noyade varie entre 12 et 25 ans.

 

De nombreux cas de noyade sont dénombrés cette année. Pouvez-vous nous citer les plages les plus meurtrières au Sénégal ?

La majeure partie des plages les plus meurtrières se trouvent à Dakar. Si je prends le littoral qui va de Yoff à  Malika, toutes les plages sont interdites à la baignade, parce que dangereuses. On peut prendre comme exemple la plage de l’Unité 15 des Parcelles-Assainies, la plage de Malibu, celle de la cité Gadaye qui a défrayé la chronique le 30 juillet dernier ou 6 corps sans vies ont été enregistrés. Au-delà de ce cordon, c’est la côte qui va de Yoff jusqu'à Saint-Louis qui regroupe des plages dangereuses, du fait que le sable est mouvant. C’est ce qui fait que ces plages sont interdites. La majeure partie des cas de noyade est constatée durant les grandes vacances, c’est-à-dire entre fin juin et fin octobre.

D’aucuns lient la ruée vers les plages meurtrières à l’inaccessibilité de celles  autorisées, généralement privatisées. Qu’elle solution à cette situation ?

C’est difficile d’interdire à la population d’avoir accès à ces plages pour la plupart interdites. Sur certaines plages comme celle du centre aéré de la Bceao, il y a des maitres-nageurs pris en charge par la mairie de Dakar et qui ont balisé le secteur en le scindant en deux : une scène  pour la baignade et l’autre pour les surfeurs. De ce fait, la plage est surveillée avec moins de cas de noyade. Pour les autres plages, ces dispositifs n’existent  pas. Cependant, pour la plupart, à l’entrée  des  plages, sont posés des panneaux sur lesquels on peut lire,  en rouge : ‘’Plage interdite’’. Si les gens osent braver ces interdits, il y va de leurs responsabilités.

En plus de ces banderoles, quels sont les moyens que vous déployez pour dérouter ces baigneurs ?

Placer des maitres-nageurs sur les plages interdites revient à aller à l’encontre de cette interdiction. Il faudra une autre politique. Pas plus tard qu’hier (l’entretien a été réalisé le 7 août dernier),  on était sur des plages, dans le cadre d’une sensibilisation, en collaboration avec  la Direction de la protection civile et la brigade des sapeurs-pompiers. Pour certaines populations, il faudrait voir comment aménager sur ces plages interdites des lieux de baignade, comme ça se fait au centre aéré de la Bceao avec des surveillants qui seront pris en charge par les mairies.

Est-ce que vous préconisez la mise sur pied d’une brigade de plage pour limiter les dégâts ?

Ce serait possible, si on y mettait les moyens. En matière de sécurité, je crois qu’il y a le coût, mais ça n’a pas de prix. Chaque année, dès le début des vacances, la brigade des sapeurs-pompiers effectue des repositionnements sur les plages autorisées à la baignade. Des détachements de la brigade  sont un peu partout comme à Gorée, à la Voile d’Or, à Ngor… et cela va de la période du 18 juillet au 21 octobre, c'est-à-dire pendant toutes  les vacances.

Quelles sont les critères qui déterminent l’interdiction d’une plage ?

L’inaccessibilité. La plage doit être accessible pour  qu’en cas de noyade, les secours puissent se déporter le plus rapidement possible sur les lieux. Il y a également l’environnement. Par exemple, la plage de Yarakh présente un problème de pollution qui fait qu’elle peut être classée interdite, sans oublier le phénomène de la dangerosité. La plage peut avoir un sol rocailleux pouvant blesser les baigneurs.

Y a-t-il des plages interdites en phase de devenir autorisées ?

Ça n’existe pas pour le moment.

Est-ce qu’il y a également des plages autorisées en phase de devenir interdites, du fait du nombre important de cas de noyade qui y sont enregistrés ?

Quand les conditions d’interdiction s’aggravent, cela peut le devenir.

Avez-vous une idée du nombre de personnes qui fréquentent les plages durant la période estivale ?

Ce serait difficile de quantifier, mais le week-end  passé, nous étions sur les plages pour une activité de sensibilisation. Il fallait voir cette marée humaine qui ne cessait de se déverser sur les lieux. Il serait hasardeux de quantifier, mais il faut savoir que les plages sont très fréquentées.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, les nombreux cas de noyade ?

Je dirais que c’est d’abord la fréquentation des plages interdites à la baignade. Le non-respect des consignes de baignade, le manque de sensibilisation pour prendre leurs précautions.

Les campagnes de communication et de sensibilisation sont-elles périodiques ou permanentes ?

Il y a toujours des campagnes de sensibilisation et, d’habitude,   cela se fait avec la Direction de la protection civile. C’est la raison pour laquelle, dernièrement, on a sillonné pas mal de  plages à Dakar pour des activités de sensibilisation. Sur le terrain, on a parlé aux populations, notamment les jeunes qui sont la frange la plus touchée. L’âge des victimes de la noyade varie entre 12 et 25 ans. On descend sur le terrain  pour distribuer des flyers et faire passer des consignes afin de réduire drastiquement les cas de noyade.

Quelles sont les pratiques à éviter par les baigneurs ?

Les jeunes s’adonnent au sport sur les plages et dès la fin de leurs activités, ils entrent souvent dans l’eau pour se baigner. Or, il y a une différence entre la température humaine et celle de l’eau, cela peut générer un cas de noyade.  Certains jeunes se lancent des défis dans la mer, ce qui est souvent dangereux, alors que d’autres s’isolent pour se baigner  ou utilisent  des structures gonflables comme les chambres à air. Cela peut être dangereux, surtout quand le vent va de la berge vers l’océan.  Durant nos campagnes de sensibilisation, on ne cesse de donner ces consignes à respecter.

Les plages ont été très  meurtrières au  début des vacances. Est-ce une particularité de cette année ?

L’année passée, il n’y avait pas beaucoup de victimes en début de vacances. Mais pour cette année, en deux mois (1er juin-30 juillet), nous avons fait quarante sorties ou interventions  pour secourir 54 victimes dont 34 ont perdu la vie,  12 repêchées et 8 portées disparues. Les plages interdites comme celle de l’Unité 15 des Parcelles-Assainies ou de Malibu reçoivent plus de monde que les plages autorisées.

HABIBATOU TRAORE

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