Publié le 2 Apr 2024 - 20:42
L’ÂGE DU POLITIQUE

DEMAIN, LE SÉNÉGAL

 

An 2023, les passions politiques atteignaient un point de perfection que l’histoire du Sénégal n'avait jamais connu. Les affaires, le parlement et l’administration remplissaient toutes les têtes, et les intérêts politiques étaient le principal objet des méditations.

L’ère dite des « accélérations simultanées » a introduit dans la théorisation des passions politiques deux nouveautés :

• la première, c'est qu'aujourd'hui chaque leader prétend que son mouvement est conforme au sens de l’évolution, et au développement profond de l'histoire ;

• la seconde nouveauté, c’est la prétention qu'ont tous les partis politiques et mouvements dits de la société civile d'être fondés sur la science, et de ne se circonscrire que dans la stricte observation des faits.

Le principe de la vie politique est dans l’autorité souveraine. 

La puissance législative est le CŒUR de l’Etat, la puissance exécutive est le CERVEAU... (Rousseau, in Contrat social, Ll, Xl)

Si nous voulons une rupture avec le passé, les priorités seraient :

- de procéder à une révision profonde de la Constitution, 

- de rompre définitivement avec le type de présidentialisme monarchique, mode de gouvernance d’un autre âge, 

 - de repenser, enfin, tout l’écosystème de notre démocratie.

Le Gouvernement est un ouvrage de raison et d'intelligence. À son niveau, plus les idées sont grandes et fortes, plus il importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes destinés à les transmettre. De funestes erreurs peuvent naître d'une simple équivoque !

Le Gouvernement, niveau stratégique de l’Etat, doit se taire prudemment sur ce qu’il sait. C’est une institution qui doit considérer la prudence comme une vertu, la plus importante d’ailleurs de toutes les vertus requises. La prudence est l’âme de tout gouvernement.

L’expérience de la pratique gouvernementale autorise à regarder les circonstances où nous nous trouvons comme causes de certains effets à espérer ou à craindre pour l’avenir. 

Le Sénégal, modèle de démocratie et de vivre ensemble, n’a jamais offert de plus belles images que celles de ces vieux républicains et religieux, amis incorruptibles de la république. Ces hommes et femmes pour qui il n’était pas nécessaire de faire grand étalage de puissance, et/ou de richesses. Ils n’avaient qu’une règle : ne pas s’abandonner, vivre simplement et se tenir droit. Ces hommes et ces femmes ( Mamadou DIA, Cheikh ANTA DIOP, Amadou Moctar MBOW, Ibrahima SARR,Caroline Faye DIOP, Mame Madior BOYE, Me Babacar NIANG, Karim GAYE, Me Valdiodio NDIAYE, Majemout DIOP, Amath DANSOKHO … .), avaient le noble sens politique. Dans la lutte sociale, ils savaient consentir à employer des procédés qui, dans la vie privée, répugneraient chacun d’eux comme autant de malhonnêteté ou de crimes.

TAPAGE D’UN ARTISTE EN GOGUETTE 

L’Assemblée nationale est le cœur de l’Etat. C’est là que siègent les représentants du peuple. Dans cet espace institutionnel, la main à la main et l’âme à l’âme unie, on ne doit plus faire qu’un seul être ! Unis pour travailler à l’équilibre et à l’union des Sénégalais, dans l’intérêt exclusif du Sénégal.

« Tous les peuples sont pour la paix, aucun gouvernement ne l’est ».

Au niveau de la puissance législative, il faut en venir à un régime parlementaire. Sans perdre de vue le fait essentiel que le régime parlementaire n'est pas une création des constitutionnalistes et ne représentent pas une catégorie juridique intouchable. En réalité, les constitutionnalistes n'ont fait que répertorier, analyser et classer les régimes politiques concrets de tel ou de tel pays, et en ont déduit une typologie. Il est donc indécent de sacraliser « un régime parlementaire étranger » et essayer de l’ériger en entité transcendante. 

C'est le droit de chaque peuple de choisir librement, à toute époque, les institutions les mieux adaptées à sa culture et à ses besoins de développement politique, économique et social.

Faisons appel au génie politique sénégalais, élément majeur de notre patrimoine national, pour tirer le meilleur parti des situations les plus compromises. Comme on dit, nous ne devons jamais jeter le manche après la cognée.

Pour tout dire, nous apparaissons comme un îlot relativement paisible au milieu d’une mer déchaînée, charriant des drames innommables sur de vastes étendues. Tout simplement parce que nous vivons avec plus de 300 partis politiques sans démocratie interne, sans congrès, ni bilan comptable, juste nés pour être dans une coalition sans âme. Les plus médiocres d’entre eux, passent d’ailleurs passablement leurs temps à exposer des doctrines.

L’élection présidentielle du 24 mars 2024 nous a parlé. Le Sénégal n’a pas besoin de plus de 15 partis politiques !

Les dérives constatés de certains médias (aucun système de régulation), les attitudes délicates de syndicats dans le secteur sensible de l’éducation, la dite société civile souvent engluée dans le combat politique plus que les partis, etc., Tout cela ressemble à une véritable et ingérable pétaudière dont chacun représente un grouillis de caboches obscures et imperméables à la lumière.

Nous vivons par ailleurs le déchaînement des réseaux sociaux et nous ne sommes pas assez préparés à vivre ce nouveau paradigme. Une humanité où la réalité virtuelle contient le réel, contrairement à ce que nous connaissions, une humanité où le réel contenait le virtuel.

Aujourd’hui, le MARCHÉ impose de plus en plus sa dictature au monde. Il amplifie la concentration des richesses ainsi qu’il réduit la pénibilité du travail par les robots mimétiques. A contrario, ce MARCHÉ augmente le nombre de chômeurs. Il facilite le transhumanisme qui inquiète et fascine en même temps. Il rend précaire la perspective d’une paix durable du fait d’une grande vague de réarmement. Ce MARCHÉ favorise surtout aussi la naissance de nouveaux mouvements sociaux qui sont portés par des « PROVOCATEURS D’ÉMOTIONS COLLECTIVES, des CRÉATEURS de FAITS » spécialistes d’un « monde qui nous offre un faux sentiment de bien-être en nous gavant de contenu qui, selon l’utilisation que nous faisons de nos réseaux, nous plaît, nous réconforte dans nos croyances et nous donne l’impression de faire partie d’une meute qui, comme nous, a raison contrairement aux autres qui bien sûr ont tort ». 

LE DANGER EST LÀ.

Au lieu de nous réunir, les réseaux sociaux nous ont éloignés. Au lieu de bâtir des communautés, ils ont créé des sectes. Au lieu de partager la bonne nouvelle, ils sont devenus des apôtres des fausses nouvelles. Au lieu de se «liker», on se déteste.

LA JUSTICE !

La justice concentre tout le tragique de la démocratie. Elle montre à la fois son impossibilité à se passer d'autorité et son incapacité à lui donner un fondement et un régime institutionnel. 

Plus que toute autre, la société démocratique requiert une transcendance. Mais elle l'interdit en même temps. C'est le paradoxe de la justice qui doit exercer une fonction tierce dans une société d'égaux, et occuper une place d'extériorité dans une société sans distance. 

L'idée d'une démocratie juridique n'est-elle pas une illusion qui cache des troubles profonds ?

Car le pouvoir de la justice est plus inquiétant qu'enthousiasmant. Il est l'indice d'une disqualification de l'État en même temps que d'une distension du lien social.

Après avoir compris que la justice doit autoriser la démocratie, il faut se demander comment démocratiser l'autorité.

Comment résoudre cette contradiction dont la justice est le symptôme ? Comment éviter une fracture des sociétés démocratiques entre ceux qui ont les moyens de l'autonomie, et ceux que l'indétermination écrase ? 

Je suis optimiste, cependant.

La stabilité de notre pays plonge ses racines dans nos cultures, nos us et coutumes, nos traditions, bref la civilisation de notre pays.

Seulement, je suis optimiste, mais pas rêveur. Car comme disait GOBINEAU, inPléiades, ll, ll. :

« C’est une chimère, et la plus inepte des chimères, que la créance en un futur état de choses où il n'existera que des gouvernés doux, patients, modérés, pleins de bons sens, de raison, d'instruction,

et sachant la vérité des choses, pour s'embrasser avec des gouvernants intègres. »

Qu’Allah facilite le développement du Sénégal, nous offre équilibre psychique et physique, et allonge nos vies dans la paix et la santé.

Fait au PÉNC 1.9/ atelier LebergerdelîledenGor 

Île de ngor

Le 2 avril 2024

Abdoulaye DIALLO 

 

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