Publié le 16 Apr 2024 - 18:19
Mohamed Ndiaye (Directeur Global Business and Sport Management)

‘’Le Real Bétis admire le football sénégalais’’

 

Du 3 au 5 mai 2024,  la société Global Business and Sport Management va organiser un camp d’entrainement dédié aux U15 et U23, au stade Caroline Faye de Mbour. Dans un entretien accordé à ‘’EnQuête’’, le directeur de ladite société, Mohamed Ndiaye, s’est épanché sur l’événement en confiant que le profil du joueur sénégalais est très prisé par le club espagnol.

 

Vous avez un projet au Sénégal pour un camp d’entrainement avec le Real Bétis. En quoi cela consistera-t-il ?

Nous avons cette convention avec le Real Bétis, qui admire le football sénégalais. Ils ont dans leur équipe de première division Youssouf Sabaly et Assane Diao. Il y a plusieurs footballeurs sénégalais dans les catégories inférieures. Ils sont intéressés par le Sénégal et commençons notre partenariat par un camp d’entrainement qui aura lieu du 3 au 5 mai 2024 au stade Caroline Faye de Mbour. Le camp va se dérouler selon les méthodes du club pour évaluer la capacité d’adaptation des joueurs à la méthodologie du Real Bétis. De plus, ils ont l’idée d’implanter au Sénégal une académie. Donc ceux qui sont intéressés par ce projet, ils peuvent se rapprocher pour un entretien avec ma société Global Business and Sport Management, qui est en partenariat avec le club.

Comment va se dérouler le camp et qui sont les bénéficiaires ?

Il y a deux entraineurs du Real Bétis qui vont venir. Nous souhaitons que beaucoup de footballeurs y participent. Déjà, les entraineurs sénégalais, qui participeront et accompagneront ceux du Réal Bétis, vont recevoir une formation le premier jour de l’événement. Ils bénéficieront ainsi de l’expertise, de la méthodologie du club espagnol pour enrichir un peu leurs bagages comme entraineur. Les footballeurs vont prendre part à des séances d’entrainement d’une heure et trente minutes qui vont leur permettre de gagner beaucoup d’expérience en tant que footballeurs et d’être vus par un club de prestige qui pourrait compter sur eux pour intégrer l’académie du Real Bétis.

Pourquoi le choix du Sénégal ?

Quand j’ai commencé à discuter avec le Real Bétis, ils m’ont dit à plusieurs reprises que le Sénégal les intéresse parce qu’ils sont séduits par le profil du footballeur sénégalais. Ils voient qu’il y a plusieurs Youssouf Sabaly et des Assane Diao au Sénégal. Ce n’est pas seulement l’aspect footballistique qui les attire, mais la discipline du footballeur qui facilite effectivement leur travail. C’est des aspects les plus attractifs qui font que le Real Bétis est très intéressé le football sénégalais. Les jeunes footballeurs sénégalais doivent valoriser leur comportement professionnel à travers l’image que reflète Youssouf Sabaly. Et qui est en train  de se répercuter en leur faveur.

Vous avez sûrement visité certaines académies et des clubs traditionnels. Comment appréciez-vous leur gestion et leur organisation ?

Il y a beaucoup à faire ! Je souhaite que le football sénégalais soit professionnalisé. Que cela ne soit pas seulement de nom, mais qu’il y ait une véritable organisation. On doit pouvoir copier ce qui se fait ailleurs et l’adapter à nos valeurs culturelles pour enrichir ce que nous faisons. Aujourd’hui, je vois que les académies sont beaucoup plus professionnelles que certains clubs. Alors que ce sont les académies qui devaient copier sur les clubs. Malheureusement, si je ne me trompe pas, c’est le contraire qui se passe. Il y a un modèle d’organisation qui doit être appliqué à tous les niveaux. Au sein des clubs, il doit y avoir un modèle de gestion qui doit être exigé pour que le football sénégalais puisse entrer dans ce cadre de professionnalisme qu’on évoque, mais qui n’est pas réel par rapport à la gestion des clubs, au fonctionnement des compétitions.

Déjà que certains clubs manquent d’installations…

Ce n’est pas du tout normal. Quand je parle d’image du club, de marchandising… c’est ça qui fait le professionnalisme. C’est les petits détails qui font qu’un club soit professionnel. Un jour, j’ai vu dans un stade durant un match de première division, un entraineur porter un maillot de je ne sais quelle équipe. Ce n’est pas professionnel. Quand on représente un club, par exemple le Stade de Mbour, et qu’on va à un match du club, si on ne peut pas porter un habit avec le logo ou la marque de cette structure, on ne peut pas porter le maillot d’une équipe autre que celle à laquelle on est lié. On ne peut pas se le permettre soi-disant que c’est mon ami espagnol qui m’a offert le maillot du Real Madrid, je dois le porter le jour du match du Stade de Mbour, par exemple. C’est des choses qui ne sont pas professionnelles. Le football sénégalais doit atteindre ce niveau par rapport à l’habillement, à tous les détails. Par exemple, si je vous dis que même les footballeurs de dix ans doivent être prêts dans la communication. Quand on écoute certains entraineurs de première division ou des footballeurs, la communication n’est pas tellement ça. Donc c’est un peu compliqué.

On a une nouvelle ministre des Sports avec le nouveau régime. Qu’attendez-vous de leur politique pour développer le sport sénégalais ?

Les nouvelles autorités doivent avoir une nouvelle vision et être très ambitieuses. Les Sénégalais aussi doivent contribuer à travers le partage d’idées, la réalisation de projet qui peuvent garantir un résultat. Aujourd’hui, on ne peut pas faire des choses qui n’ont pas été appliquées ailleurs et qui n’ont pas donné des résultats positifs. Quand on copie, on doit l’adapter à la richesse culturelle que nous avons. Malheureusement au Sénégal, quand on parle de culture, c’est du folklore. Si on prend l’exemple du Qatar. Quand ils ont voulu organiser la Coupe du monde, il parait qu’ils avaient tout accepté. Quand ils se sont assuré l’organisation du Mondial, ils ont imposé leur culture, leur religion. Nous devons copier des modèles, de l’Espagne, de la France et d’autre part, mais nous devons l’adapter à nos réalités. Ainsi, nous allons avoir un championnat très riche. Nos autorités doivent accompagner les académies, investir dans la formation d’abord pour avoir de la qualité dans tous les secteurs et offrir aux enfants un espace où ils pourront exercer leur métier de footballeur, basketteur, etc.

Le premier goulot d’étranglement du sport sénégalais c’est le manque d’argent. Comment faire pour créer une autonomisation financière dans les structures sportives ?

Ce n’est pas tellement compliqué. Quand vous voyez, chaque équipe a un public derrière lui. Même concernant les équipes de navétanes, parfois elles mobilisent 400 personnes. Avec autant de supporters, une équipe peut générer un peu de revenus par la marchandising. Il faut essayer d’offrir un espace à chaque club qu’il puisse organiser des événements, des débats. Dernièrement, les activités sont plutôt folkloriques. J’ai assisté à trois finales il y a un an, mais ce que j’ai vu c’est des cérémonies qui commencent à ressembler un peu aux baptêmes. J’ai vu les présidents de zone s’échangent beaucoup de trucs durant le match. Il y a les tambours des équipes qui s’affrontent, d’autres qui sont de l’organisation, avec les micros on parle beaucoup durant le match alors que tout le monde devait se concentrer. On ne laisse pas les gens respirer un peu. C’est un problème. Mais les clubs doivent avoir leur indépendance économique à travers les sponsors qui doivent s’impliquer dans le développement du sport, les grandes sociétés, les banques. En première division, je ne vois pas une équipe qui joue avec un maillot sur lequel on a floqué le logo d’une des banques du pays. Je ne vois pas leur apport dans les activités sportives du pays. Toutes les grandes sociétés doivent s’impliquer. Les clubs doivent avoir leur espace où ils pourront dire que telle société peut avoir ici son panneau publicitaire et payer tant par mois ou par an. C’est cela qui rapporte l’argent. Ils doivent être structurés et essayer de professionnaliser le secteur.

Par rapport à la proposition de développer le sport tourisme, comment pensez-vous qu’il serait possible de faire pour réaliser ce projet ?

J’ai préparé un document sur le tourisme sportif que j’avais voulu mettre en œuvre avant la Covid. Alors il y a eu des problèmes et nous n’avons pas pu le réaliser. Nous avons des richesses, nous pouvons offrir des solutions aux Occidentaux à travers une alimentation qu’ils n’ont pas chez eux. Dans ce document, il est prévu des activités liées à un trajet touristique proposées aux footballeurs, aux sportifs, aux directeurs sportifs et n’importe quelle personne qui puisse s’impliquer dans le projet et venir découvrir le Sénégal, des produits locaux qui peuvent apporter des solutions à la nutrition d’un sportif. Il y a le fenugrec qui est extraordinaire pour un sportif. Il y a le moringa, entre autres produits, qui coute cher en Europe. Ce sont des denrées qui sont en train de se commercialiser dans des espaces où on vend des produits écologiques. Nous, nous les avons en abondance ici au Sénégal. Nous devons confectionner un programme attractif qui nous permettrait de faire venir les Européens pour découvrir le football et les autres sports  sénégalais en même temps découvrir la richesse de notre gastronomie et les espaces touristiques.  

Comment pourrait-on développer les métiers liés au sport ?

Il faut former les jeunes Sénégalais pour qu’ils puissent d’abord acquérir une connaissance sur tous les domaines du sport et essayer d’avoir des compétences à travers une formation tantôt au Sénégal, tantôt à l’extérieur. Ce que nous devons faire en premier, c’est essayer de faire comprendre aux jeunes que le football ne se limite pas à l’activité qu’on fait dans le terrain. Mais il y a beaucoup de secteurs qui sont productifs et il faut avoir des connaissances pour pouvoir les développer. À partir de là, ils vont se projeter vers la formation. Nous pourrons créer une ambiance sportive beaucoup plus large avec de nombreuses branches qui vont nous permettre de multiplier les activités. Les populations pourront avoir des occupations professionnelles et contribuer au développement de notre pays et à la lutte contre le chômage des jeunes.

LOUIS GEORGES DIATTA

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