Publié le 21 Sep 2026 - 18:43
GESTION DES AFFAIRES PUBLIQUES

Forum Civil exige la transparence

 

Réuni à Saly, hier, le Conseil d’administration du Forum Civil alerte sur plusieurs dossiers à forts enjeux financiers et socio-économiques. L’organisation demande à l’État de publier des informations sur les contrats, les recettes issues des hydrocarbures et l’utilisation de certaines ressources publiques. Elle appelle également au respect du calendrier électoral et à la protection de l’espace civique.

 

La transparence dans la gestion des affaires publiques revient au centre des préoccupations du Forum Civil. Dans une déclaration adoptée le 20 septembre 2026 à l’issue de la réunion de son Conseil d’administration à Saly, la section sénégalaise de Transparency International fait part de sa « vive préoccupation » face à ce qu’elle considère comme un déficit d’éclairage sur plusieurs dossiers impliquant des ressources publiques ou des intérêts financiers majeurs.

L’organisation ne formule pas, dans son document, de conclusions judiciaires sur les affaires évoquées. Elle demande plutôt que les pouvoirs publics apportent les éléments permettant à l’opinion de comprendre les conditions dans lesquelles certaines opérations ont été conduites et les ressources concernées utilisées.

Le Forum Civil dresse une liste de huit dossiers sur lesquels il estime que des explications restent attendues. Le premier concerne le marché ASER-AEE POWER EPC, relatif à l’électrification rurale, pour lequel l’organisation évoque une avance de démarrage évaluée à environ 37 milliards de francs CFA. Vient ensuite le dossier des 30 milliards de francs CFA liés à Kosmos Energy et à l’État du Sénégal, montant évoqué lors de la Déclaration de politique générale du Premier ministre. Le Forum Civil demande que les éléments permettant d’en comprendre la nature et le traitement soient rendus publics.

L’organisation cite également les indemnisations annoncées en faveur des victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024, les conditions d’acquisition des véhicules destinés aux députés de l’Assemblée nationale, ainsi que la question des fonds « Diam » de Casamance, dont l’utilisation dans le cadre de l’acquisition de véhicules par ou pour la Primature est évoquée dans la déclaration.

Kosmos et Sangomar : la transparence des hydrocarbures en question…

Deux autres dossiers sont mentionnés : le processus ayant conduit l’ONRAC à céder des véhicules saisis à une autorité publique et les 8 milliards de francs CFA annoncés en octobre 2024 pour apporter une réponse d’urgence aux populations touchées par les crues du fleuve Sénégal, notamment à Bakel, Matam et dans les localités environnantes. Le huitième point porte sur l’encadrement des fonds spéciaux, sujet particulièrement sensible au regard des exigences de contrôle et de transparence de la dépense publique.

C’est toutefois sur la gouvernance des ressources naturelles que le Forum Civil formule ses demandes les plus précises. L’organisation réclame la publication du contrat liant l’État du Sénégal à Kosmos Energy concernant le gisement gazier Yaakar-Teranga, ainsi que les termes de l’accord de retrait conclu entre les deux parties.

Elle demande également la publication des revenus pétroliers issus du gisement de Sangomar au cours du deuxième semestre 2024. Selon le Forum Civil, ces revenus ne seraient pas retraçables dans certains documents budgétaires et dans le rapport ITIE 2024. L’organisation rattache cette demande aux obligations prévues par la loi n°2022-09 du 19 avril 2022 relative à la répartition et à l’encadrement des recettes issues du secteur des hydrocarbures, ainsi qu’aux exigences de transparence de l’ITIE mentionnées par l’article 55 du Code pétrolier.

Derrière cette demande documentaire se trouve un enjeu institutionnel majeur : la capacité de l’État à rendre traçables les recettes tirées de l’exploitation des ressources naturelles. Pour le Forum Civil, l’entrée du Sénégal dans l’ère pétrolière et gazière rend d’autant plus nécessaire la mise à disposition d’informations permettant aux citoyens de suivre les flux financiers liés aux hydrocarbures.

Des assises sur les ressources naturelles…

La déclaration ne se contente pas de réclamer la publication de documents. Elle propose de faire de la reddition des comptes un levier majeur de gouvernance. Cette orientation traduit une conception de la transparence qui dépasse la simple communication institutionnelle. Pour le Forum Civil, l’accès à l’information doit permettre de connaître les procédures, les instruments et les mécanismes à travers lesquels les ressources publiques sont attribuées et utilisées.

L’organisation préconise ainsi la mise en place d’un système facilitant l’accès à l’information publique. L’objectif serait de réduire les obstacles auxquels peuvent être confrontés les citoyens, journalistes, chercheurs ou organisations de la société civile lorsqu’ils cherchent à documenter une décision ou une opération publique. La transparence devient alors un mécanisme de contrôle citoyen. Plus les informations sont disponibles et compréhensibles, plus les possibilités de demander des comptes aux gestionnaires publics sont importantes.

Le Forum Civil propose également la tenue d’assises ou de concertations nationales inclusives sur l’exploitation et la gouvernance des ressources naturelles. Cette proposition élargit la réflexion aux règles de long terme. Le débat ne porterait plus uniquement sur la gestion de tel ou tel contrat, mais sur les mécanismes institutionnels devant encadrer durablement l’exploitation des ressources naturelles du pays.

À travers cette demande, l’organisation appelle à une réflexion collective sur la gouvernance du secteur extractif, dans un contexte où le pétrole et le gaz occupent une place croissante dans les finances et les perspectives économiques du Sénégal.

Le calendrier électoral également en ligne de mire…

La déclaration comporte par ailleurs une dimension directement institutionnelle et démocratique. Le Forum Civil exhorte l’État à respecter et faire respecter le calendrier électoral et à organiser les élections à date échue. Cette demande inscrit la question de la transparence dans un cadre plus large. Pour l’organisation, la gouvernance publique ne peut être dissociée du respect des règles démocratiques et du fonctionnement régulier des institutions. La déclaration associe ainsi deux exigences : d’une part, la transparence dans la gestion des ressources publiques et d’autre part, le respect des échéances électorales.

Le dernier volet concerne la protection de l’espace civique. Le Conseil d’administration du Forum Civil condamne fermement les menaces de mort proférées contre certains membres de la société civile, des journalistes et d’autres leaders d’opinion. Cette prise de position vient compléter le dispositif de la déclaration. La demande de transparence suppose en effet l’existence d’un espace public dans lequel les organisations citoyennes, les médias et les acteurs d’opinion peuvent questionner l’action publique.

Au-delà de la diversité des dossiers cités, la déclaration du Forum Civil présente une cohérence d’ensemble. L’organisation cherche à replacer la reddition des comptes au cœur de la gouvernance publique. Son interpellation repose sur trois exigences principales : rendre disponibles les informations, assurer la traçabilité des ressources et permettre un contrôle effectif de l’action publique.

Les dossiers ASER-AEE POWER, Kosmos Energy, Sangomar, les indemnisations, les véhicules de l’Assemblée nationale ou encore les fonds spéciaux constituent, dans cette perspective, autant de cas à travers lesquels se pose une même question. Celle de la capacité des institutions à fournir aux citoyens les informations nécessaires à la compréhension et au contrôle de la gestion publique.

La déclaration du 20 septembre 2026 apparaît ainsi moins comme une prise de position sur la culpabilité éventuelle des acteurs cités que comme une demande de clarification institutionnelle. Le Forum Civil réclame que les documents et données permettant de vérifier l’action publique soient rendus accessibles.

À travers cette démarche, la section sénégalaise de Transparency International entend faire de la transparence une pratique ordinaire de la gouvernance démocratique.

KHALY SARR

Section: