Publié le 24 Sep 2026 - 16:27
JOURNEE INTERNATIONALE DES LANGUES DES SIGNES

Les chantiers de l'inclusion

 

La ville de Thiès a accueilli mercredi la 9e édition de la Journée internationale des langues des signes, placée sous le thème : « Proclamer les droits humains des personnes sourdes et des autres personnes handicapées ». Présidée par la ministre Marie Angélique Selbé Diouf, la rencontre a été marquée par l'intervention du directeur de la Promotion et de la Protection des personnes handicapées au ministère de la Santé et de l'Action sociale, Mamadou Lamine Faty, parrain de cette édition.

 

En ouvrant les travaux de cette 9e édition de la Journée internationale des langues des signes, la Ministre de la Famille, de l'Action sociale et des Solidarités, Marie Angélique Selbé Diouf, a d'abord salué l'engagement de la Fédération nationale des organisations de sourds du Sénégal en faveur de la défense des droits et du bien-être des personnes sourdes. Elle a, ensuite, félicité le directeur de la Promotion et de la Protection des personnes handicapées, Mamadou Lamine Faty, parrain de cette édition, pour son engagement en faveur de l'inclusion.

Dans son intervention, la ministre a surtout insisté sur la portée de cette journée, qui constitue, selon elle, un moment privilégié pour renouveler l'engagement collectif en faveur des droits des personnes sourdes et malentendantes. Ainsi, a-t-elle souligné, reconnaître les langues des signes revient à reconnaître pleinement les droits, la dignité et la place des personnes sourdes dans la société.

Elle a également relevé que le thème retenu cette année s'inscrit dans les enjeux actuels liés à l'inclusion sociale, à l'équité et à la participation citoyenne.

Santé, éducation et insertion : des défis persistants

Poursuivant son propos, Marie Angélique Selbé Diouf a rappelé que l'inclusion des personnes handicapées ne relève pas uniquement d'une exigence de justice sociale. Elle constitue également, a-t-elle indiqué, un enjeu de développement. Dans cette perspective, elle a mis en avant l'importance du capital humain et de la participation citoyenne dans la transformation du pays. Elle a notamment insisté sur la nécessité de garantir aux personnes sourdes et malentendantes un accès effectif à la communication, à l'éducation, aux soins et aux différents services publics.

Selon elle, l'accès à une communication adaptée et à une éducation de qualité constitue une condition essentielle pour permettre aux personnes sourdes d'exercer pleinement leurs droits et de participer à la vie de la Nation.

Abordant ensuite la question de la déficience auditive, la ministre a rappelé qu'elle demeure un enjeu important de santé publique à l'échelle mondiale. Elle a ainsi appelé à renforcer les efforts consacrés à la prévention, au dépistage précoce, à l'accès aux soins spécialisés et à la réadaptation.

Au-delà de l'aspect sanitaire, elle a également attiré l'attention sur les conséquences que peuvent entraîner les difficultés d'accès à la communication et à l'éducation. Celles-ci peuvent, selon elle, affecter la scolarisation, l'insertion professionnelle et la participation sociale des personnes concernées.

Dans ce contexte, la promotion de la langue des signes apparaît comme un levier essentiel d'apprentissage, de communication, d'autonomisation et d'inclusion.

Actions engagées et défis persistants

Revenant sur la situation nationale, la ministre a rappelé que la promotion et la protection des droits des personnes handicapées s'appuient notamment sur la loi d'orientation sociale du 6 juillet 2010 ainsi que sur différentes politiques publiques. Elle a, dans ce cadre, cité plusieurs actions engagées par les pouvoirs publics, notamment le renforcement du cadre institutionnel et réglementaire relatif au handicap, la concertation avec les organisations représentatives et l'élaboration d'une stratégie nationale de promotion des personnes sourdes.

Elle a également évoqué le développement de programmes de protection sociale inclusive, l'accès à la carte d'égalité des chances, le soutien à l'éducation spécialisée et inclusive, ainsi que l'accompagnement d'initiatives économiques portées par des jeunes et des adultes sourds. À cela s'ajoute, selon elle, la mise à disposition de technologies d'assistance et d'équipements adaptés.

Elle a, à cet effet, appelé à une mobilisation renouvelée afin que chaque enfant sourd puisse accéder à l'éducation, que chaque jeune puisse se former et que chaque femme et chaque homme sourd puisse travailler, entreprendre, s'exprimer et contribuer pleinement au développement national.

Toutefois, malgré ces avancées, la ministre a reconnu que plusieurs défis demeurent. Elle a ainsi plaidé pour une amélioration de l'accès des personnes sourdes aux services sociaux de base, un renforcement du dépistage précoce, le développement de l'enseignement de la langue des signes et une généralisation de l'interprétation en langue des signes et du sous-titrage dans la communication publique.

Elle a également appelé à faciliter l'accès aux technologies numériques ainsi qu'à renforcer les possibilités de formation professionnelle et d'emploi.

La FNOSS plaide pour une meilleure accessibilité

De son côté, la Fédération nationale des organisations de sourds du Sénégal a livré un message centré sur l'égalité des droits et l'accessibilité. Prenant la parole au nom de la communauté sourde, son représentant a rappelé que la langue des signes constitue une langue à part entière, porteuse de communication, de culture, d'identité et de dignité.

La FNOSS déplore ainsi la persistance de barrières dans plusieurs secteurs essentiels, notamment l'éducation, la santé, la justice, l'administration et les espaces publics. À ce propos, la Fédération défend une idée centrale : la difficulté ne réside pas dans la personne sourde elle-même, mais dans l'insuffisante adaptation de l'environnement social à la diversité des citoyens.

Partant de ce constat, elle appelle l'État, les collectivités territoriales, les institutions et les partenaires à renforcer les dispositifs d'accessibilité.

La FNOSS demande donc la formation et la mobilisation d'un plus grand nombre d'interprètes qualifiés, ainsi que la garantie d'un accès effectif à la langue des signes dans les établissements scolaires, les administrations publiques et privées, les médias et les espaces culturels.

La Fédération met également l'accent sur la jeunesse sourde, présentée comme un potentiel important pour le développement du Sénégal. Elle souligne que les jeunes sourds aspirent, eux aussi, à étudier, travailler, entreprendre et participer aux processus de décision.

Dans cette optique, la FNOSS estime qu'une société véritablement inclusive doit être en mesure de valoriser tous les talents, sans distinction. Elle lance un appel aux autorités afin que les droits des personnes sourdes soient davantage pris en compte dans les politiques publiques.

« La communauté sourde ne demande pas de privilèges, mais l'égalité et le respect de ses droits », martèle-t-elle dans son plaidoyer.

Ndeye Diallo (Thiès)

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