Mandiaye Diallo souligne l’urgence d’une indépendance technologique

Faire du numérique un levier d’emplois pour la jeunesse, de puissance pour les États et de dignité pour les peuples. C’est ce que propose l’auteur du livre "Quatrième blessure", Mandiaye Diallo. Retraçant le long cycle d’exploitation, de la traite négrière aux logiques actuelles de dépendance technologique, il note que c’est une urgence.
Pourquoi l’Afrique doit-elle gagner la guerre numérique ? C’est la réponse à cette question que livre Mandiaye Diallo. L’auteur de l'ouvrage "La quatrième blessure" soutient qu’après l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme, une nouvelle blessure frappe l’Afrique : l’apartheid numérique. "Derrière les câbles, les serveurs et l’intelligence artificielle se joue une bataille décisive : posséder nos données, nos infrastructures et nos récits... ou rester sous tutelle", a-t-il expliqué. Ce livre évoque ainsi plusieurs sujets autour du numérique et de la souveraineté.
Mandiaye Diallo dit se battre pour la souveraineté, et ce, depuis qu’il est étudiant. Dans le cadre de son travail, l’auteur a eu la chance d'être présent à des réunions importantes. L’urgence d’écrire ce livre est née au-delà. "Quand on parle de technologie de très haut niveau, les Africains n'existent pas. Je suis allé dans une centaine de réunions où on ne parle jamais des Africains, alors que tout ce qu'on dit les concerne absolument", fulmine Mandiaye Diallo.
Le but du livre est de prévenir les Africains sur l’urgence de faire du numérique une arme. "On nous écrase à chaque révolution industrielle", regrette M. Diallo. La première révolution industrielle, dit l’auteur, est l'invention de l'arme à feu. Qu’importe la force d’une personne s’il a une arme à feu à sa disposition, il peut tuer plusieurs personnes. "Quand on a inventé l'arme à feu, le monde a basculé. C'est-à-dire qu'on devait être un nombre pour gagner ou être plus fort physiquement pour gagner. D'un coup, on s'est retrouvé avec des gens qui pouvaient nous tuer de loin", a détaillé l’auteur.
Pour lui, c’est à cause même de la première révolution industrielle qu’il y a eu la traite négrière transatlantique et l’esclavage. À l’en croire, l'invention de l'arme à feu et la révolution industrielle ont "industrialisé" un esclavage. "Ces deux inventions, qui sont déjà de grandes avancées technologiques, ont fait de nous notre première blessure en réalité", indique Mandiaye Diallo. Quant à la deuxième révolution industrielle, il note qu’elle marque le début de la colonisation, avec les accords de Makoko. Et la fin de la deuxième révolution industrielle, "c'est la fin de la colonisation, de cause à effet".
À présent, on parle d’une troisième révolution industrielle (révolution numérique avec les GAFAM, etc.). "On entre dans cette révolution numérique. Quand on constate que les mêmes causes produisent des effets néfastes, c'est un signal d'alarme. Il est temps de se protéger et de réfléchir à une nouvelle approche", prévient Mandiaye Diallo.
L’auteur d’ajouter : "La deuxième révolution industrielle a fait de nous des colonisés. Et les mêmes peuples nous disent qu'on entre dans une nouvelle révolution industrielle. Mais qu'est-ce que nous devons faire ? Voilà le sujet du livre." Alors qu’on n’a pas encore fini de parler de cette révolution industrielle qui est numérique, les GAFAM, etc., une quatrième révolution industrielle se présente (IA).
Revenant sur l’urgence, Mandiaye Diallo a donné l’exemple de ce qui se passe en Ukraine : des drones tueurs qui volent vers des soldats et les liquident. Il soutient aussi qu'un enfant qui est doué en programmation et qui a quelques drones tueurs peut contenir une ville. L’auteur souligne qu’actuellement dans le monde, l’attention se porte désormais sur les méthodes permettant de neutraliser ces drones, qui intègrent à présent des ultrasons, des lasers et d'autres technologies. Qu’est-ce que le Sénégal attend ?
Ainsi, dans "La quatrième blessure", l’auteur retrace le long cycle d’exploitation, de la traite négrière aux logiques actuelles de dépendance technologique et montre comment chaque révolution industrielle a servi les puissances étrangères. Il propose une autre voie : faire du numérique un levier d’emplois pour la jeunesse, de puissance pour les États et de dignité pour les peuples.
BABACAR SY SEYE






