Publié le 28 Nov 2023 - 19:20
ÉTUDE SUR LA VULNÉRABILITÉ DES MÉNAGES AU SÉNÉGAL

Dakar en tête, Kolda et Kédougou loin derrière

 

Pour avoir une idée sur la construction d’un indice de connexion des ménages à l’économie (ICME), le Bureau opérationnel de suivi du PSE (Bos) a réalisé une étude. Cette dernière a montré qu’au Sénégal, le score moyen de connexion est de 0,57. Les régions de Kolda et de Kédougou affichent les scores moyens les plus bas, tandis que Dakar présente un score moyen de 0,69.

 

Le Sénégal, comme de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, s’engage à combattre  la pauvreté et les inégalités. Cependant, il est insuffisant de simplement accorder des transferts monétaires aux ménages pour les sortir de la pauvreté. Il est essentiel que les individus aient accès à des opportunités pour leurs besoins. L’accès aux services sociaux de base, aux infrastructures et aux opportunités économiques est donc crucial.

C’est dans ce cadre qu’une étude a été menée. Elle a pour objectif de développer un indicateur permettant de suivre le niveau de connexion des ménages aux services sociaux de base et aux opportunités économiques.

Elle devra ainsi permettre de suppléer le manque d’informations et cibler des zones jugées prioritaires dans la mise en place de programmes de réduction de la pauvreté, de mesurer le niveau d’accès aux infrastructures, aux équipements et aux services sociaux de base. Grâce à cette étude, on pourra également déterminer l’impact du niveau d’accès à ces infrastructures et services sociaux sur la pauvreté monétaire des ménages, concentrer les efforts et les ressources sur les ménages qui sont le plus en situation de marginalisation sur le plan socioéconomique, identifier les ménages avec des scores faibles afin de mieux comprendre leurs besoins spécifiques et concevoir des interventions ciblées pour les soutenir.

Ainsi,  il sera possible de mesurer et de suivre les progrès réalisés dans l’amélioration de la situation des ménages.

Cet indicateur appelé Indice de connexion des ménages à l'économie (ICME) intègre plusieurs dimensions prenant en compte l’économie, la santé, l'éducation et la vie communautaire avec au total 31 variables. L'agrégation de ces dimensions est faite à partir d'une analyse multivariée permettant de déterminer le poids de chaque dimension. L’indicateur est construit de sorte que lorsque le niveau de connexion à l'économie augmente, l'indice global augmente et baisse lorsque le niveau de connexion est faible.

Au Sénégal, selon le rapport, le score moyen de connexion est de 0,57. Les régions de Kolda et de Kédougou affichent les scores moyens les plus bas, avec chacune un score moyen de 0,42, tandis que Dakar présente un score moyen de 0,69.

Ensuite, la méthode d’évaluation d’impact utilisant la régression sur discontinuité a révélé l’existence de deux seuils de l’ICME (0,28 et 0,8) où l’on observe une discontinuité dans l’indice de bien-être des ménages, qui est mesuré par leur niveau de consommation. L’étude a qualifié les ménages ayant un score inférieur à 0,28 de ‘’mal connectés’’, ceux dont le score se situe entre 0,28 et 0,8 de ‘’bien connectés’’ et ceux ayant un score supérieur à 0,8 de ‘’très bien connectés’’.

Pour confirmer et généraliser ces résultats, l’appariement par score de propension - la seconde méthode d’évaluation d’impact - montre que les ménages bien et très bien connectés ont une dépense annuelle moyenne par tête au moins supérieure à 152 000 F CFA par rapport à ceux mal connectés. Les ménages très bien connectés ont une dépense annuelle moyenne par tête au moins supérieure à 153 000 F CFA par rapport à ceux bien connectés. ‘’L’ICME mesure le degré de connexion des ménages à l’économie au vu des variables que nous avons retenues. Plus sa valeur est proche de 1, plus la connexion est bonne. Une faible connexion à l’économie peut signifier que les individus, les ménages ont peu d’interaction ou de participation aux activités économiques et sociales. Cela peut résulter d’un accès limité aux opportunités économiques, aux services sociaux de base, d’une faible intégration dans les réseaux commerciaux. Au Sénégal, en 2018-2019, l’ICME se situe en moyenne à 0,56 avec un écart type de 0,26. La moitié des ménages ont un score inférieur à 0,68 et le quart un score inférieur à 0,30. L’ICME au Sénégal s’étale de 0,016 à 0,98.

Les résultats du boostrap montrent que la moyenne de l’indice original est de 0,57. La moyenne des moyennes de l’indicateur dans chaque échantillon est 0,5613. Le biais calculé après le boostrap s’élève à 0,0053 avec un écart-type de 0,013. L’intervalle de confiance à 95 % est [0, 55 − 0, 564], ce qui suggère une robustesse de notre indicateur composite’’, lit-on dans le rapport. Selon qui, l’ICME présente des disparités dans les régions du Sénégal. Les ménages de la région de Dakar sont de loin les plus connectés avec une moyenne de 0,69, suivis des ménages des régions de Kaolack (0.56), Fatick (0,56), Saint-Louis (0,55), Matam (0,55), Thiès (0,56) et Ziguinchor (0,55). Ces régions ont tendance à avoir un niveau relativement élevé d’intégration socioéconomique par rapport aux autres régions et très proches de la moyenne nationale.

Les régions de Diourbel, Kaffrine, Louga et Sédhiou se situent en deçà de la moyenne nationale

En outre, l’étude a montré que les ménages les moins connectés en moyenne sont ceux des régions Kolda et de Kédougou. Les scores moyens de ces régions (0,47 chacune) sont de 22 points inférieurs à ceux de Dakar, indiquant un niveau relativement faible d’intégration socioéconomique par rapport aux autres régions. Les régions de Diourbel (0,52), Kaffrine (0,50), Louga (0,49) et Sédhiou (0,51) se situent en deçà de la moyenne nationale, avec des scores moyens assez faibles.

Les résultats indiquent une différence significative dans le niveau de connexion à l’économie des ménages à trois niveaux.  Pour les régions rurales et urbaines, la moyenne du niveau de connexion à l’économie des ménages dans le groupe rural est de 0,49, tandis que dans le groupe urbain, la moyenne est de 0,64. Même au niveau des quartiles de connexion, cette dernière  est plus élevée en zone urbaine qu’en zone rurale. Ces résultats suggèrent que, globalement, les ménages vivant dans les régions urbaines ont un niveau de connexion à l’économie plus élevé que ceux vivant dans les régions rurales. Cela peut refléter une plus grande disponibilité d’opportunités économiques, d’infrastructures et de ressources dans les zones urbaines par rapport aux zones rurales.

Pour les ménages ayant subi des chocs ou non, la moyenne du niveau de connexion à l’économie des ménages dans le groupe n’ayant subi aucun choc est de 0,61, tandis que dans l’autre groupe, la moyenne est de 0,53. On observe cette même tendance au niveau des quartiles. Le fait d’avoir subi des chocs influe sur le niveau de connexion du ménage.

Concernant le groupe des chefs de ménage de sexe féminin (0,6) et le groupe des chefs de ménage de sexe masculin (0,56). Cela suggère qu’en moyenne, les chefs de ménage de sexe féminin ont un niveau de connexion à l’économie plus élevé que les chefs de ménage de sexe masculin.

Selon le document, les régions les mieux connectés sont Dakar, Kaolack, Thiès, Saint-Louis et Matam ; celles les mieux connectées et plus pauvres sont Fatick et Ziguinchor ; les mal connectées et moins pauvres sont Diourbel et Louga et celles les mal connectées et plus pauvres Kaffrine, Kolda, Tambacounda, Sédhiou et Kédougou. ‘’Nous avons découvert qu’il existe deux potentiels seuils autour desquels le niveau de consommation par tête varie significativement quand nous sommes en dessous et au-dessus des seuils.

Il s’agit des scores de 0,28 et 0,80. Les résultats révèlent que la connexion des ménages en dessous du seuil de 0,28 a un impact négatif sur leur consommation annuelle ou leur indice de bien-être. Plus précisément, les ménages en dessous de ce seuil connaissent une diminution d’au moins 160 000 F CFA de leurs dépenses de consommation. Il est important de noter que cet écart peut même atteindre 210 000 F CFA. Ces résultats mettent en évidence l’importance de la connexion des ménages à l’économie et son impact significatif sur leur niveau de consommation ou de bien-être. Pour le second seuil, les résultats de l’effet moyen de la connexion montrent que les ménages situés en dessous du seuil de 0,8 voient leur consommation annuelle diminuer d’au moins 140 000 F CFA. Ce gap peut atteindre 190 000 F CFA. L’effet moyen de la connexion des ménages sur la pauvreté est finalement estimé. Les résultats montrent que la connexion contribue positivement à la réduction de la pauvreté.

En effet, le fait que le ménage enregistre un score de connexion au-delà de 0,28 augmente son niveau de consommation annuelle donc son bien-être de 175 000 F CFA avec la méthode du plus proche voisin. Avec la diversification des méthodes d’estimation utilisées, il ressort que cette augmentation peut baisser à 162 000 F CFA pour l’appariement par stratification. Elle s’établit à 165 000 F CFA avec la méthode du rayon et 166 000 F CFA quand on utilise la méthode kernel. Ainsi, si les ménages dont le score de connexion est moins de 0,28 avaient un score supérieur à ce seuil, leur indicateur de bien-être augmenterait au moins de 162 000 F  CFA.

Autrement dit, la dépense annuelle de consommation par tête d’un ménage mal connecté est inférieure d’au moins 162 000 F CFA à celle d’un ménage bien connecté’’, a expliqué la même source.  Selon qui, le fait que le ménage enregistre un score de connexion au-delà de 0,8 augmente son niveau de consommation annuelle donc son bien-être de 153 000 F CFA avec la méthode du plus proche voisin.  Avec la diversification des méthodes d’estimation utilisées, il ressort de cela que cette augmentation peut atteindre jusqu’à 200 000 F CFA avec la méthode du rayon. La méthode du kernel et l’appariement par stratification donnent respectivement comme résultat 172 000 F CFA et 155 000 F CFA.

 Ainsi, si les ménages bien connectés étaient très bien connectés, leur indicateur de bien-être augmenterait au moins de 153 000 F CFA. Autrement dit, la dépense de consommation par tête d’un ménage bien connecté est inférieure d’au moins 153 000 F CFA à celle d’un ménage très bien connecté.

Les recommandations

Selon l’étude, les infrastructures et les équipements collectifs jouent un rôle essentiel en soutenant l’activité économique et en améliorant la productivité dans les localités. Cependant, il est important de souligner que la simple connexion à l’économie ne garantit pas automatiquement l’accès à des opportunités de qualité permettant de sortir de la pauvreté. 

Si la connexion à l’économie est caractérisée par des inégalités et des disparités économiques importantes, certains groupes défavorisés peuvent rencontrer des difficultés d’accès ou d’utilisation des infrastructures mises à leurs dispositions. Par exemple, il ressort de l’étude, des problèmes liés à l’éloignement, à la cherté des services proposés. De plus, si les emplois disponibles sont précaires et mal rémunérés, la simple connexion à l’économie peut ne pas être suffisante pour réduire significativement la vulnérabilité ou la pauvreté. Ainsi, il est nécessaire de prendre en compte ces facteurs et de promouvoir une connexion à l’économie inclusive, qui assure un accès équitable aux opportunités économiques et aux services sociaux de qualité, afin de réduire de manière efficace la vulnérabilité des ménages et d’améliorer le bien-être des populations.

Ainsi, l’étude a formulé certaines recommandations. Elle souhaite la mise en place un comité technique chargé du suivi de la mise en œuvre des recommandations et d’un cadre multisectoriel pour la coordination, la mise en œuvre et le suivi des interventions, de renforcer/faciliter l’accès aux services sociaux tels que l’éducation, les soins de santé, l’eau potable et l’assainissement, notamment à Diourbel, Matam, Kédougou.,, de partager l’étude au comité de pilotage de la Stratégie nationale de protection sociale (SNPS).

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