Publié le 29 May 2013 - 11:37
MENACE SUR LA BIENNALE DE DAKAR

 Les artistes, inquiets, préparent la riposte

Le Sénégal est guetté par l’enlisement de sa culture. On va continuer à assister à la stagnation voire au recul de la dynamique de l’action culturelle. Le ministre de la Culture, Monsieur Abdoul Aziz Mbaye, tâtonne et adopte une démarche qui fait sombrer la culture. Déjà, depuis son arrivée à la tête du Département, la Culture s’enfonce dans la léthargie. Au Sénégal, seuls les partenaires au développement culturel, les bonnes volontés et les privés dynamisent tant bien que mal le secteur sans être accompagnés ou appuyés par le Ministère de la Culture.

 

A l’heure actuelle, le Ministre de la Culture travaille avec l’Union Européenne pour affaiblir la Biennale de l’Art contemporain de Dakar (Dak’Art). Dans une interview accordée au journal officiel Le Soleil et reprise par l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’ambassadeur Dominique Dellicour, chef de la Délégation de l’Union européenne (UE) au Sénégal affirme : «la Biennale de l'art africain contemporain (Dak'Art) doit être détachée du ministère sénégalais de la Culture pour devenir une Fondation indépendante bénéficiant de subventions privées».

 

Elle ajoute : Le Dak’Art "ne peut pas rester au sein du ministère de la Culture, il faut qu’elle soit une Fondation indépendante qui bénéficie aussi de subventions du privé car il y a des entreprises qui seraient parties prenantes pour la financer dans le cadre du mécénat". Mais au nom de quoi, Madame Dominique Dellicour de l’Union Européenne veut-elle détacher la Biennale du Ministère de la Culture avec la complicité de son ami Monsieur Aziz Mbaye, l’actuel ministre de la Culture, lui-même ex-agent de l’Union Européenne ? Or, la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar est une manifestation souverainement mise en place par le gouvernement du Sénégal en 1992 du temps du Président Abdou Diouf, et le Ministère de la Culture en assure la tutelle.

 

La Biennale est presque entièrement financée par l’Etat du Sénégal à hauteur de 300 millions de francs Cfa. Sans compter la prise en charge du personnel, des charges fixes et nous en passons. Mais en 2010, l’Union Européenne n’a mis aucun franc dans la Biennale, elle l'avait boycottée, et pourtant nous avons vécu l’une des meilleures éditions de la Biennale en 2010. Ensuite, quand Madame Dellicour parle de «Fondation indépendante» et des entreprises qui financent, elle ignore que des entreprises financent déjà la Biennale et des mécènes y participent. C’est l’Ue qui ne donne que des miettes de temps à autre, loin du tiers du budget et quand elle apporte sa contribution financière, c’est avec des conditions draconiennes et ses invités qui viennent d’Europe.

 

L’histoire récente de la Biennale est là. Nous autres artistes et acteurs culturels, nous n’allons pas laisser l’Ue plomber la Biennale. Madame Dellicour poursuit : "Mais, malgré de nombreuses demandes pour obtenir la révision du statut de la Biennale, rien n’a encore été fait à ma connaissance. Une assistance technique est en train d’être recrutée pour permettre au ministère de la Culture d'avancer sur ce dossier", a souligné le chef de la Délégation de l’UE au Sénégal. "La Biennale ne peut pas dépendre uniquement de sources de financements extérieures, ce n’est pas sain et ce n’est pas soutenable", a-t-elle insisté. "A l’heure actuelle, a poursuivi Dominique Dellicour, nous sommes en train de travailler avec le ministre de la Culture, pour essayer de pérenniser le statut de la Biennale de Dakar afin qu’elle devienne plus autonome pour financer ses activités".

 

Madame Dellicour, le dossier de la privatisation de la Biennale qui ne dit pas son nom, ne pouvait pas avancer car les ministres de la Culture qui se sont succédé et qui ont des ambitions pour le développement de la Culture sont caractérisés par leur patriotisme, leur « fouleu ak fayda ». C’est l’actuel Ministre de la Culture que vous pouvez avoir dans votre poche pour brader la Biennale de l’art africain contemporain. «Quand vous dites que la « Biennale ne peut pas uniquement dépendre de sources de financements extérieurs, ce n’est pas sain et ce n’est pas soutenable», c’est inexact.

 

70% du budget de la Biennale viennent de l’Etat du Sénégal. Revoyez votre copie. Vous dites que « nous sommes en train de travailler avec le Ministre de la Culture…Votre schéma avec la complicité du Ministre Abdoul Aziz Mbaye ne passera pas. Nous allons nous dresser face à la confiscation de notre souveraineté et de notre manifestation-patrimoine, la Biennale. Et nous allons résister au Ministre de la Culture qui veut tuer le Festival national des Arts et Culture (FESNAC), qui veut affaiblir la Foire internationale du Livre et du Matériel didactique (FILDAK) et maintenant, le Ministre Mbaye veut supprimer la Biennale de l’agenda culturel africain voire mondial.

 

Nous lançons un appel aux agents de la Biennale, aux artistes et acteurs culturels de s’opposer aux projets de liquidation de la Biennale. (…) Nous rappelons que la Biennale de l’art africain contemporain, la plus ancienne en Afrique, vise le développement de l'art contemporain en Afrique. Le Dak’art a été institué en 1989 par le gouvernement du Sénégal avec une première édition dédiée aux Lettres en 1990. Sa deuxième édition a été réservée, en 1992, à l’art contemporain. Depuis lors, les années paires sont entièrement consacrées aux arts plastiques à travers la Biennale. Les objectifs de Dak'Art consistent à élargir les possibilités de promotion des artistes africains faiblement représentés dans les grands événements artistiques internationaux. Il a également pour but d’élaborer le propre discours de l’Afrique sur l’esthétique et de participer à la conceptualisation d’instruments théoriques d’analyse et d’appréciation de propositions artistiques.

 

 

POUR LE COLLECTIF DES ARTISTES ET ACTEURS CULTURELS (CAAC)

Mamadou Sangoné Mbaye

Mamadoumbaye121@yahoo.fr

 

 

Section: 
DE L’OPACITÉ À LA REDDITION DES COMPTES : Le Parlement reprend l’initiative
DU PACTE RÉPUBLICAIN : Contribution au débat sur la recomposition politique et les enjeux institutionnels du Sénégal
Face au chaos, redéfinir les missions de nos Armées ?
LUTTE CONTRE LA FRAUDE À LA SENELEC : Une solution que la Senelec peut et doit mener
DAKAR EN DANGER : Où est l'AGEROUTE, où est l'État ?
L’OPPOSITION SÉNÉGALAISE INTERPELLÉE : “Construire une nouvelle majorité pour faire émerger le Sénégal du XXIe siècle”
ASSEMBLÉE NATIONALE : Les pratiques néfastes traduisent véritablement une législature de déception !
BAATU BËL BI - La Voix de l'Estuaire DES CADRES SANS CADRE 339 partis, des milliers de cadres. Et pas de cadre.
Immobilier au Sénégal en 2026
COALITION DES ORGANISATIONS EN SYNERGIE POUR LA DÉFENSE DE L’ÉDUCATION PUBLIQUE (COSYDEP) : Note de contribution (résumé)
DE LA PELOUSE À LA TERRE : Sadio Mané et le pari de la souveraineté agro-industrielle
DELESTAGES AU SÉNÉGAL : Et si nous protégions d’abord ce que nous avons deja ?
PARTI SOCIALISTE : Pour que l’héritage ne meure pas de silence
*SÉNÉGAL : Le FCFA a joué le rôle de bouée financière mais ne peut remplacer les marchés internationaux*
POUR UNE DÉMOCRATIE DE RÉSULTATS : Le Sénégal face à ses urgences économiques
LE CAP ET LA MÉTHODE : La Transformation Systémique
ÊTRE MEMBRE DU FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL (FMI) ET AVOIR UN PRÊT Interrogations et suggestions
ACCORD SÉNÉGAL – FMI : Une fenêtre qu’il serait dommage de laisser se refermer
L’Éternité à Ndar
RAPPEL À DIEU DU DR AMADOU GUEYE DIOUF : Le bistouri rangé à jamais