Publié le 20 Aug 2026 - 09:15

Mimi Touré, la faiseuse de destins

 

La première fois que jai rencontré Mimi Touré, Macky Sall n’était pas encore président de la République.

Je lançais alors Africa7 au Sénégal. Elle était venue laccompagner dans nos locaux pour une visite et une interview. Elle était sa directrice de campagne. Lui voulait devenir président. Elle travaillait à le faire élire.

Quelques mois plus tard, Macky Sall était élu.

Et Mimi était devenue ministre de la Justice.

Très vite, son nom sinstalla dans les revues de presse. Deux syllabes, matin, midi et soir : Mimi.

Et dé, les attaques.

Je me souviens m’être demandé à l’époque ce qui pouvait justifier un tel acharnement contre une femme à qui lon avait confié lune des missions les plus délicates du nouveau pouvoir : la reddition des comptes.

Avec le recul, je crois que la réponse était déjà là.

Mimi dérange.

Pas parce quelle cherche à déranger. Parce quelle possède ce défaut devenu presque exotique en politique : elle croit encore que les principes doivent avoir des conséquences.

La politique, elle, préfère souvent les principes lorsquils restent dans les discours.

Mimi est moins accommodante.

Macky Sall lavait compris. Leur histoire politique fut longue, complexe, parfois heureuse, parfois beaucoup moins. Il la nomma Première ministre. Elle fut ensuite envoyée spéciale, présidente du Conseil économique, social et environnemental, puis revint au premier plan politique à ses côtés.

Une histoire de fidélité, de pouvoir, de confiance et finalement de rupture.

Du « je taime, moi non plus » politique, en somme.

Puis vint 2022.

Mimi Touré avait mené la campagne des législatives et beaucoup imaginaient quelle prendrait la présidence de lAssemblée nationale. Moi la première.

Jy croyais tellement que, pendant quelle battait campagne sous le cagnard sénégalais, je lui avais proposé daccueillir sa fille chez moi, en Italie.

Et puis il y eut ce jour.

Je regardais les événements à lAssemblée nationale à la télévision. Jai compris, comme elle, ce qui était en train de se passer. Je la suppliais de ne pas quitter la salle.

Elle ma simplement fait comprendre que c’était terminé.

La page Macky était tournée.

À cet instant précis, jai eu une intuition.

Macky Sall venait peut-être de perdre beaucoup plus quune alliée.

Il venait de libérer une adversaire.

Parce quil faut comprendre quelque chose de Mimi Touré : elle est entière.

Elle ne sait pas beaucoup faire dans le tiède. Elle donne tout ou elle ne donne rien. Ses fidélités sont puissantes ; ses ruptures le sont donc nécessairement aussi.

Cest parfois son défaut.

Cest surtout sa force.

Elle aurait pu disparaître. Se réfugier dans lamertume confortable de ceux qui passent leur temps à raconter ce quils auraient dû devenir.

Elle a fait exactement linverse.

Elle est repartie au combat.

Lorsque sa propre candidature à la présidentielle de 2024 na pu aboutir, elle aurait pu considérer que cette élection ne la concernait plus.

Elle choisit de soutenir Bassirou Diomaye Faye.

Et pendant que Diomaye et Ousmane Sonko étaient encore en prison, Mimi battait campagne.

Avec cette énergie presque déraisonnable que ceux qui la connaissent lui connaissent justement très bien.

Elle aurait pu dire : « mon tour viendra ».

Elle a préféré dire : « il faut gagner ».

Cest là que son parcours devient intéressant.

Car Mimi Touré est une faiseuse de destins.

Je lai connue aux côtés dun homme qui voulait devenir président de la République.

Plus de vingt ans plus tard, je la regarde accompagner un autre homme devenu président de la République.

Entre les deux, elle aura connu les palais, les disgrâces, les fonctions prestigieuses, les trahisons, les campagnes électorales, les victoires et les défaites.

Mais personne ne pourra jamais sérieusement prétendre avoir fabriqué Mimi Touré.

Mimi sest fabriquée elle-même.

Elle sest pétrie toute seule, dans le granit.

Elle est dure avec les autres parce quelle lest dabord avec elle-même. Elle peut se tromper, bien sûr. Elle peut agacer, certainement. Elle peut être excessive, parfois.

Mais elle ne triche pas.

Et surtout, elle possède une qualité devenue rare dans notre vie publique : on sait à peu près doù elle parle.

Quon laime ou quon ne laime pas, ses combats finissent toujours par revenir aux mêmes obsessions : la justice, la reddition des comptes, les institutions, la République.

On pourra discuter ses méthodes.

On pourra contester ses choix.

On pourra lui reprocher son caractère.

Bonne chance pour lui en faire changer.

Mimi ne tire jamais la première.

Mais elle a toujours une balle fatale dans le barillet.

Aujourdhui, elle est aux côtés du président Bassirou Diomaye Faye.

Et je retrouve quelque chose de la femme que javais rencontrée autrefois dans les locaux dAfrica7 : cette même capacité à investir entièrement une mission dès lors quelle considère quelle mérite d’être défendue.

Je navais pas écrit sur Mimi depuis 2013.

Treize années ont passé.

Jai observé ses victoires, ses colères, ses ruptures, ses retours. Jai vu des alliances que lon croyait éternelles disparaître et des adversaires dhier se retrouver autour des mêmes tables.

La politique sénégalaise adore fabriquer des ennemis éternels et des amitiés de quarante-huit heures.

Mimi, elle, continue.

Je souhaite donc une chose.

Que la relation quelle construit aujourdhui avec le président Diomaye reste fondée sur ce qui devrait toujours dépasser les individus : lintét de la République. C’était déjà le vœu qui concluait mes notes en la regardant reprendre sa place dans cette nouvelle séquence politique.

Car les hommes passent.

Les fonctions passent.

Les coalitions passent.

Et même les présidents passent.

Il reste, au bout du compte, ce que chacun aura choisi de servir lorsquil avait encore le pouvoir de choisir.

La première fois que jai rencontré Mimi Touré, elle travaillait à faire élire un président.

Aujourdhui, je la regarde en accompagner un autre.

Entre les deux, le Sénégal a beaucoup changé.

Mimi aussi, certainement.

Mais sur lessentiel, je ne suis pas certaine quelle ait changé dun millimètre.

Et cest peut-être précisément pour cela quelle est toujours là.

Par Oumou Wane

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