Publié le 25 Jul 2014 - 01:09
RAMADAN DES ENFANTS

Trop jeunes pour jeûner ?

 

Quatrième pilier de l’Islam, le jeûne est une obligation remplie par les musulmans dans le monde, pendant ce mois du Ramadan. Mais qu’en est-il des enfants ? Quand est-ce qu’ils entrent dans cette pratique religieuse ? Est-ce qu’ils ont la volonté de jeûner comme leurs aînés ? Ou est-ce qu’on leur impose le jeûne à un certain âge ?

 

Le soir tombe sur Fann Hock. La rupture du jeûne approche et les rues commencent à se vider. De jeunes garçons pleins d’énergie tapent avec ferveur dans un ballon. “Oui, je jeûne pendant la journée”, prétend Mamour, 9 ans, avec un grand sourire. « Moi aussi ! », crie Cheikh, 8 ans, avant de faire une roue. Mais, il est évident que ces enfants dynamiques ne se sont pas abstenus de manger pendant toute la journée. D’ailleurs, leurs grands frères assis à côté affirment qu’ils ne disent pas vrai. Mais comme beaucoup d’enfants musulmans à Dakar, le jeûne est quelque chose qu’ils ont envie de faire.

‘’La plupart des enfants veulent jeûner’’, dit Thierno Mountaga, habitant de la Médina, son petit-fils de deux ans assis sur ses genoux avec une boîte de Pringles à la main. ‘’Mais il faut qu’ils y aillent doucement. Parfois, mon autre fils de sept ans jeûne pendant une partie de la journée, jusqu’à peut être 14h, et puis il mange. Avec le temps, il s’y habitue’’. Mamadou Malaye qui chemine dans la rue avec son frère de quatre ans, est du même avis. ‘’Il ne jeûne pas encore. Il va commencer quand il sera prêt’’, explique-t-il. ‘’C’est l’enfant qui doit décider, pas les parents’’.

Cette idée selon laquelle il faut attendre jusqu’à ce que l’enfant soit ‘prêt’ pour commencer à jeûner semble être l’idée la mieux partagée chez les Sénégalais de Dakar. Même s’il y a quelques voix discordantes. C’est le cas d’Awa Ndiaye qui loge à Fann Hock. La grand-mère révèle qu’il en était autrement autrefois. ‘’Quand j’étais petite, l’éducation était plus sévère.

Mon papa nous a éduqués à jeûner à partir de dix ans. C’était une obligation chez nous’’, explique-t-elle. ‘’Mais maintenant, l’éducation des enfants diffère, ils font ce qu’ils veulent’’. Awa considère que les enfants sont devenus de plus en plus libres, et que cela a un effet négatif sur le jeûne. ‘’Aujourd’hui, les enfants ne sont plus à la maison, mais plutôt dehors. Si un enfant ne veut pas observer le jeûne, il peut sortir et manger, puis rentrer et dire qu’il a jeûné. Les parents ne peuvent pas vérifier’’.

Faut-il obliger l’enfant à jeûner ?

En effet, obliger les petits enfants à jeûner n’est pas toujours efficace de nos jours. Mariam, voisine d’Awa Ndiaye, a imposé le jeûne à ses enfants lorsqu’ils avaient huit ans, mais elle ne faisait aucune exception. ‘’C’était difficile pour eux’’, dit la mère, dont les enfants sont maintenant adolescents. ‘’Quelquefois ils disaient qu’ils voulaient manger et qu’ils ne pouvaient pas continuer à jeûner. Je restais inflexible et ils continuaient le jeûne’’. Toutefois, son fils, Mohammed, maintenant âgé de dix-sept ans, admet que des fois, il mangeait en cachette. ‘’C’était très difficile comme enfant de rester sans manger. Je me suis caché parfois dans certains coins pour soulager la faim’’, dévoile-t-il.

Assane Gaye, habitué de la mosquée de Fann Hock, considère qu’il faut y aller doucement avec les enfants. ‘’Imposer à un enfant de faire le jeûne à bas-âge, sept ou huit ans, ce n’est pas bon’’, dit-il. Il veut qu’on lui laisse le loisir de le faire lorsqu’il se sent prêt. Toutefois, il demande aux parents d’initier leurs enfants au jeûne. ‘’Au début, ils peuvent jeûner jusqu'à midi, puis l’année suivante jusqu’à 14h. Au fur et à mesure, il commence à résister’’, ajoute Assane. ‘’Ça fait partie des obligations d’un musulman. Il faut que les enfants s’habituent à jeûner pour qu’à l’avenir, ils puissent observer cette recommandation de la religion.’’

Au Sénégal les enfants sont envoyés à l’école coranique dès l’âge de trois ou quatre ans. Dans une petite pièce à Fann Hock se trouve le Daara de Serigne Faye, une école coranique pour les enfants du quartier. Alioune Faye, un des enseignants, est assis devant une trentaine d’élèves, âgés entre sept et dix-sept ans, tous tiennent une copie du Coran à la main. ‘’En commençant à comprendre l’Islam, ils commencent à assimiler les traditions, et à s’initier au jeûne’’, confie l’enseignant. Il note aussi qu’il est rare de voir un enfant âgé de dix ans sans la volonté de jeûner. Mais, si à cet âge, ‘’un enfant ne veut pas jeûner, il faut qu’on le force. C’est notre religion’’, affirme-t-il.

Ce que préconisent les spécialistes de la santé

Et que disent les experts en santé à propos des enfants et du jeûne ? ‘’Quand un enfant de moins que treize ans commence à jeûner, ça peut amener des complications’’, dit Madame Sall, une infirmière. ‘’Le jeûne, poursuit-elle, perturbe un équilibre, surtout pour les enfants’’. Mais cela ne veut pas dire que le jeûne est ‘dangereux’, pourvu qu’il soit fait correctement. ‘’Tant qu’ils sont sains, ce n’est pas dangereux pour des enfants de sept ans de jeûner,’’ constate le docteur Soukeyna, pédiatre au centre de santé Gaspard Kamara. ‘’Il faut juste qu’ils prennent un bon petit-déjeuner le matin, avec des fruits et du pain, et un repas équilibré le soir. Comme ça, ils peuvent le faire sans risque’’. Elle souligne que le jeûne pour les enfants est un apprentissage sans force. ‘’Il ne faut pas les forcer à jeûner. Toujours y aller doucement’’.

Mais l’initiation à la pratique du jeûne chez les enfants ne pose pas de grand problème à Dakar. La volonté parmi les petits musulmans de remplir cette obligation religieuse est évidemment forte. ‘’J’ai commencé à l’âge de six ans, parce que je voulais le faire,’’ s’exclame Anima, onze ans, voilée, et serrant un Coran dans ses bras et entourée de ses amies. ‘’Nous jeûnons toutes !’’, révèle-t-elle. 

May Bulman

 

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