La Marine à l’épreuve des faits

À l’occasion de la célébration de la fête-anniversaire de la Marine nationale, le chef d’état-major de la Marine, Abdou Sène, est revenu sur les performances réalisées par ses hommes et femmes au cours de l’année écoulée. Un bilan opérationnel impressionnant qui illustre, selon lui, la montée en puissance continue de l’Armée de mer et son rôle central dans la défense de la souveraineté nationale.
La fête de la Marine nationale, célébrée hier, a été l’occasion pour le contre-amiral de rappeler la portée symbolique de cet anniversaire. « Célébrer la Marine nationale, c’est célébrer un acte de souveraineté », a-t-il souligné, en référence à l’accession, le 22 janvier 1975, du capitaine de corvette Fayz Gassama au commandement de la Marine sénégalaise, mettant fin à la direction assurée jusque-là par des officiers de la coopération militaire française. Selon le chef d’état-major, cet événement marque une prise en charge assumée du destin maritime du Sénégal et l’affirmation d’une histoire navale propre, bien antérieure à la colonisation. Il a, à ce titre, évoqué les expéditions transatlantiques parties des côtes sénégambiennes, citant l’exemple du prince Abu Bakr, également connu sous le nom de Bakary II, dont l’histoire repose, selon lui, sur des écrits et des preuves matérielles.
Sur le plan opérationnel, la Marine nationale a enregistré, au cours de l’année 2025, des performances significatives. Elle a cumulé 1 102 jours de mer, assurant une présence permanente dans la zone économique exclusive du Sénégal. Dans le même temps, plus de 650 tonnes de fret ont été transportées au profit des Forces armées. Dans le cadre de la lutte contre la pêche illicite et l’émigration clandestine, plus de 11 navires de pêche délictueux ont été arraisonnés et 23 pirogues interceptées. Les opérations de secours ont permis de sauver plus de 3 600 personnes, dont 3 572 issues de l’émigration irrégulière.Pour le contre-amiral Sène, ces résultats traduisent la détermination constante des marins à mettre en œuvre une stratégie navale axée sur la défense maritime du territoire et la domination de la zone économique exclusive.
L’année 2025 est également présentée comme une étape charnière dans le renforcement des capacités opérationnelles de la Marine nationale. Les premiers tirs réussis de missiles antinavires Spike et Marte, ainsi que l’accomplissement de la procédure complète de mise en œuvre du système de défense aérienne Mistral en janvier 2026, constituent, selon le chef d’état-major, une avancée historique. Réalisées de manière souveraine, ces opérations témoignent de la maîtrise progressive de systèmes d’armes modernes et confirment la volonté de la Marine d’assurer, avec autonomie et rigueur, la défense du territoire national et des espaces maritimes.
Dans un contexte où la mer demeure un espace exposé à de multiples menaces, la Marine nationale joue un rôle stratégique dans la protection des lignes de communication maritime, la sécurisation des ports et des infrastructures sensibles, ainsi que la défense des activités offshore, notamment gazières et pétrolières. Sur le territoire terrestre, les unités de fusiliers marins commandos participent activement à la défense du sanctuaire national. En zone sud, elles ont démontré une maîtrise durable du milieu fluvial, notamment dans les zones de bolongs propices aux trafics illicites. En zone centre, la station fluviale de Foundiougne et les missions de surveillance du fleuve Saloum s’inscrivent dans la consolidation du dispositif de sécurisation. Le long du fleuve Sénégal et jusqu’à la station fluviale de Bakel, à la tri-jonction orientale, les détachements sont pleinement engagés dans la protection des frontières et des populations riveraines.
Une marine engagée sur les scènes régionale et internationale
En cohérence avec l’approche interarmées, la Marine nationale assure des fonctions clés telles que l’appui-feu naval, l’escorte, la projection de forces, les opérations amphibies et fluviales, ainsi que le soutien logistique. Elle a également contribué, par le passé, à plusieurs opérations extérieures, notamment « Fodé Kaba », « Gabou » et « Restore Democracy », ainsi qu’aux missions de paix au Libéria et en Côte d’Ivoire. Sur le plan régional, la Marine sénégalaise s’inscrit pleinement dans les mécanismes de sécurité maritime collective. Elle participe activement à l’Architecture de Yaoundé et affirme son leadership dans le Golfe de Guinée à travers des patrouilles conjointes. La tenue à Dakar, en novembre 2025, du 9ᵉ Symposium des chefs d’état-major de marine et commandants de garde-côtes du Golfe de Guinée illustre cette dynamique de coopération renforcée.Enfin, l’année 2025 a vu la tenue du premier cours d’application et de spécialisation des officiers de marine (Casom), visant à harmoniser les connaissances, structurer une doctrine propre et consolider l’affirmation de la Marine nationale comme une puissance régionale arrivée à maturité opérationnelle.
CHEIKH THIAM






