Publié le 13 Oct 2021 - 00:34
SITE MEGALITHIQUE DE SINE NGAYENE

Un héritage mal entretenu

 

Situé dans le département de Nioro du Rip et plus précisément dans la commune de Ngayène Sabakh, le site mégalithique de Sine Ngayène, classé patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2006, est considéré comme un legs historique important laissé aux populations du Sénégal et du monde. Pourtant, du côté des populations, cet endroit n’est qu’un ornement de pierres qui sert de jouets aux enfants et de pâturage pour leurs bêtes. Face à cette indifférence, ils ont vu, d’année en année, le site se vider de ses objets précieux et parfois même avec leur complicité.

 

Avec ses 52 cercles de pierres dressées et plus de mille tumulus, le site de Sine Ngayène est vu par les chercheurs comme le plus impressionnant de tous les sites mégalithiques de la Sénégambie. Et comme la taille et la disposition des pierres qui s’y trouvent, l’accès aux lieux reste jusque-là saisissant. Classé patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2006, le site dont les premières fouilles remontent à 1956, n’a toujours qu’une piste en latérite.

Nous nous sommes rendus à Sine Ngayène, en quittant Médina Sabakh. Après environ 30 minutes de route sur une piste en latérite, nous nous sommes retrouvés à Ngayène Sabakh où les conducteurs de moto-Jakarta guettent les clients. A peine le véhicule de transport en commun garé, ils interpellent directement les passagers. ‘’Vous allez où ? Venez, je peux vous y amener’’, lancent-ils.

Au bout de quelques minutes de marchandage, nous nous sommes mis en route pour Sine Ngayène, à bord d’une moto-Jakarta, sous le chaud soleil presque au Zénith. Les engins empruntent alors une piste montagneuse, coupée par endroits par les eaux de pluie, obligeant subséquemment les motocyclistes à dévier, en passant dans les herbes ou les champs aux abords de la route. C’est ainsi que se dessine cette voie qui mène au site classé patrimoine mondial de l’Unesco. Après une dizaine de minutes en moto, on aperçoit les premières maisons de Sine Ngayène. Comme dans la plupart des villages de cette partie du Sénégal, les cases en paille disparaissent progressivement, laissant place aux premières constructions en dur. Mais les habitudes n’ont pas pour autant trop changé, du côté des habitants.

A cette heure de la journée, la plupart des personnes âgées sont à la place publique. Les enfants et les femmes reviennent des champs où c’est actuellement la période de désherbage. Houe à la main, ils saluent de la main les visiteurs. A l’autre bout du village, sur une petite plaque peinte en blanc avec des écritures en noir, on peut lire : ‘’Sites mégalithiques Sine Ngayène. Plus grand cercle de pierres dressées de la Sénégambie.’’

Difficile d’apercevoir un petit bout de mégalithe, à cause du champ de mil situé aux alentours. Au bout de cette plantation, se trouve le portail du site. Une case en ciment coiffée d’un toit en zinc et des toilettes délabrées campent le décor à l’entrée du site. Même si la porte centrale n’était pas fermée à notre arrivée, on n’avait pas le droit d’y accéder. ‘’Prenez le numéro du gardien et appelez-le afin qu’il vous conduise à l’intérieur’’, expliquent les ‘’Jakartamen’’. Malheureusement, les deux numéros sur la porte n’étaient pas opérationnels. Ils sonnaient dans le vide. Et c’est finalement chez le chef du village que nous serons, car le gardien était au marché de Ngayène Sabakh.

Trouvé dans la véranda de sa demeure, en pleine lecture du Coran, le vieux Birane Gaye n’a pas pu s’empêcher de rire aux éclats, à la question de savoir si l’existence de son village précède l’installation des mégalithes. ‘’Ces pierres datent de très longtemps. Mon père m’a raconté que des Blancs étaient là une fois pour des fouilles et lui ont dit que ces pierres sont là depuis des milliers d’années. Quand les gens se sont installés ici, ils les ont trouvées sur place, disposées de la même manière’’, rapporte-t-il tout souriant.

Le chef du village, assis sur une peau de bélier posée sur une nappe, poursuit son récit du site et revient sur l’appellation ‘’Dialou Mbéré’’ du site. ‘’Selon les explications de mon père, cette appellation wolof vient du fait que les enfants avaient l’habitude de jouer sur place. Ils sautaient de pierre en pierre toute la journée. Et quand ils revenaient à la maison, les vieux leur disaient d’arrêter de faire cela (‘Baliyèn dialantou mbéré biguène nay déf ci xër yi’ : traduction approximative en wolof de la phrase précédente)’’, narre-t-il. Le sexagénaire souligne que leurs ancêtres s’étaient installés dans cette zone, en 1882, et la famine les a poussés à quitter le village pour tenter l’avenir ailleurs, avant de revenir en 1943.  

Un patrimoine ruiné

Se singularisant aussi par la variété des alignements des aménagements sur pierre comme les pierres à bouton sommital, les gravures discoïdales, un double cercle localement appelé ‘’tombe royale’’ et la richesse archéologique trouvée lors des fouilles, et ses 1 102 monolithes dressés en forme de cercle, le site attire chaque année beaucoup de visiteurs sénégalais et étrangers. Mais ne connaissant ni l’utilité du site, encore moins la valeur des objets que renferment les cercles, ces villageois n’ont donc pas senti la nécessité de les protéger. Et ils n’ont pas hésité à être au service des chercheurs blancs, lors de leurs fouilles. ‘’Quand je venais pour la première fois à Sine Ngayène, en 2015, il y avait beaucoup d’objets gardés dans la case. Il y avait même une épée. Maintenant, il n’en reste que quelques-uns’’, rapporte Ousmane, un élève au lycée de Médina Sabakh, qui vient d’effectuer une visite.

Au fait, dans la case ouverte finalement par le fils du gardien qui s’occupe des lieux en l’absence de son père, se trouve une table en fer où sont exposés dans une vitrine en forme de rectangle cinq bracelets, quelques restes de vases et deux petites lances. Le chef du village a soutenu que dans les cercles, étaient enterrés des armes de guerre comme des épées, des couteaux, des lances, etc. ‘’Ces gens enterraient les morts avec leurs armes à la main. Quand l’Etat prend ces objets, ils ne nous donnent rien en retour. Nous ne recevons aucun centime ; rien. Les Blancs, eux, payaient les jeunes pour creuser les tombeaux. Et une fois qu’ils tombent sur un objet, c’est le Blanc lui-même qui le récupère et le met dans son sac. Et au fil du temps, je pense qu’on va tout perdre’’, regrette Birane Gaye.

La visite de Cheikh Anta Diop

‘’Monsieur Mauny’’ fait partie des premiers chercheurs blancs à entamer les fouilles sur le site de Sine Ngayène, en 1956. Même s’il était encore jeune, le chef du village assure que ce dernier payait des gens pour qu’ils creusent dans les cercles pour y récupérer des objets. ‘’Ils ont pris beaucoup d’objets trouvés sur place pour des recherches. Ils ont déterré 10 crânes humains dans un cercle et 22 dans un autre. Il y avait aussi des squelettes tous entiers. En les voyant, l’on se rendait compte qu’elles n’étaient pas de notre époque. Elles mesuraient plus de 2 m ou pas moins de 3 m. Ils en ont ramené certains. Vous savez, les Blancs sont tellement rusés et ce site est tellement miraculeux. Quand Cheikh Anta Diop est venu ici, accompagné de mon père, je les ai suivis pour aller visiter le site. Il était avec Birane Maodo Touré, qui était le chef de canton de Médina Sabakh. Quand on est arrivé sur le site, j’ai entendu Cheikh Anta dire à Birane que ce lieu était un cimetière. Il était vraiment un grand savant’’, se remémore-t-il.

Quand ‘’Monsieur Mauny’’ est parti, ‘’Monsieur Thilmans’’ est venu à son tour, entre 1975 et 1976. Il a, lui aussi, récupéré beaucoup d’objets, d’après les villageois. Concernant Thilmans, Babacar Thiam, rencontré à la place publique du village sous l’arbre à palabres, rapporte qu’il était hébergé par son père. D’après lui, ce dernier a déterré plus de ‘’120 crânes’’ d’humains. ‘’Thilmans recrutait des jeunes pour creuser à l’intérieur du cercle. Et dès qu’ils tombaient sur un objet, ils n’y touchaient pas. C’est Thilmans lui-même qui se chargeait de descendre dans le trou et de le récupérer. Il chassait tout le monde avant de prendre l’objet et le cacher après à la maison. Un jour, les jeunes ont trouvé un vase dans l’un des tombeaux. Aussitôt, il a dégagé tout le monde du site et il y est retourné la nuit tout seul pour le récupérer et l’apporter ici. Au bout de sa mission, il est rentré chez lui avec tous les objets’’, narre-t-il.

A la question de savoir pourquoi ils étaient au service des Blancs quand ils effectuaient des fouilles, l’un d’eux rétorque : ‘’Nous n’avons pas le temps d’aller déterrer des squelettes et on ne sait même pas à quoi vont nous servir des crânes’’, lance le jeune homme en rigolant. ‘’On l’a regardé faire car on n’y pouvait rien. On n’a aucun pouvoir de décision à ce propos. Et même les ainés ne nous laissaient pas faire. Notre avis ne comptait pas eux. Aujourd’hui, il est certain qu’on n’aurait laissé personne piller ce site’’, poursuit Babacar.

Un héritage jugé ‘’inutile’’ par les habitants

Malgré les dures conditions d’accès et l’absence d’infrastructures sociaux de base et les objets qui sont retirés d’année en année, le site mégalithique continue d’attirer les visiteurs curieux de l’histoire de l’humanité.  ‘’Les touristes étrangers viennent régulièrement visiter le site. Mais l’état des routes pour accéder au village est tellement chaotique. On l’a décrié depuis des années. Jusqu’à présent, rien n’a changé. Je me suis déplacé à maintes reprises à Dakar pour solliciter l’accès à l’eau et finalement, ils nous ont branché des tuyaux à partir de Payoma, village voisin. Nous ne voyons aucune utilité d’avoir un site historique comme Dialou Mbéré dans notre village. Cela ne nous rapporte rien’’, affirme le vieux Birane Gaye.

Comme leur chef, les habitants de Sine Ngayène soutiennent qu’ils ne voient pas l’utilité de ces mégalithiques qu’ils considèrent comme de simples pierres. ‘’Nous ne voyons pas l’importance d’avoir un tel site classé patrimoine mondial par l’Unesco. Il ne nous apporte rien, même qu’on voit les gens venir de partout à travers le monde pour apprendre son histoire. Ils viennent des Etats-Unis, de l’Angleterre, etc. Jusqu’à présent, nous n’avons pas d’électricité, ni une piste’’, renchérit Oumar Thiam, rencontré à la place publique. Assis sur un des troncs d’arbres bien lisses qui leur servent de siège sous les deux arbres d’acacia qui se trouvent côte à côte, il estime que c’est la mairie qui doit organiser la gestion du site. Mais tel n’est pas le cas. ‘’Nous voulons que désormais, l’entrée des lieux soit payante. Que la mairie confectionne des tickets et les visiteurs peuvent payer 3 000 ou 5 000 F CFA et cet argent sera versé dans la caisse du village et nous servira à régler certains de nos besoins. Mais les autorités locales ne nous soutiennent pas dans ce combat. Que ce soit le préfet, le maire, etc.’’, suggère Oumar Thiam. 

A côté d’Oumar, Babacar Thiam va plus loin. D’après lui, les terres où se trouvent les mégalithiques appartenaient à leurs grands-pères. ‘’Les villageois n’ont jamais profité de ce site. Les autorités ont pris 800 m² de terres en clôturant le site. Et on n’a pas été dédommagé. On n’a reçu aucun centime. Alors que ces terres appartenaient à nos ancêtres qui les cultivaient. Nous ne vivons que de promesses et de miettes que les touristes blancs offrent aux enfants lors de leurs visites. Parfois, un billet de 5 000 F CFA que les jeunes se partagent. On n’a aucune infrastructure sociale de base’’, dit-il. Selon Babacar Thiam, avant l’arrivée du ministre de la Culture Abdoulaye Diop pour visiter le site, il avait demandé aux jeunes du village de se réunir afin de lister leurs doléances et réclamer ce qui leur revient de droit. ‘’Mais les autres m’ont demandé de ne pas le faire. Pour eux, cela n’en valait pas la peine. Donc, on s’est tu, le ministre est venu pour la pose de la première pierre, a fait des promesses et il est reparti au bord de sa voiture. Et depuis lors, on ne l’a pas revu. Le ministre n’a même pas pris la piste d’accès au village pour s’enquérir de l’état de la route. Il a fait le tour pour venir ici. Même les chauffeurs se plaignaient, car ils voulaient que le ministre soit au courant du calvaire qu’ils endurent face sur cet axe’’, fustige-t-il au milieu du débat.

Le site transformé en terrain de foot pour les jeunes et en pâturage pour les bêtes

Ainsi, quand les populations se sont rendu compte que le site ‘’ne servait à rien’’, ils ont tout laissé tomber. ‘’On ne se préoccupe même pas de ce lieu. Notre principale source de revenus est l’agriculture. Durant la saison sèche, on s’active dans le petit commerce et certains jeunes tentent l’aventure en allant à Dakar. Toutes les maisons sont construites grâce à nos propres moyens’’, expliquent-ils. Ce que nous a confirmé El Hadj Amadou Gaye, fils du gardien du site, qui sert de guide aux visiteurs, en l’absence de son père. ‘’Depuis que les clefs du site sont confiées à mon père, on se charge seul de l’entretien des lieux. Aucun villageois ne s’est pointé ici, pour nous aider, mon père et moi, à désherber. Chaque année, nous le faisons seuls. Tout ce que les villages savent faire, c’est profiter des visites des Blancs qui leur offrent des miettes qu’ils se partagent. Vous avez vu par vous-mêmes, le cadenas de la porte centrale a été défoncé et les bêtes broutent tranquillement dans le site. On ne peut pas leur interdire de faire entrer leurs animaux ici. A chaque fois qu’on change de cadenas, ils le défoncent’’, déplore le jeune homme, la vingtaine.

La porte centrale n’ayant pas de clé, certains villageois se donnent même la liberté d’y cultiver. Or, selon El Hadj, comme l’appellent ses proches, le ministre de la Culture, Abdoulaye Diop, leur avait bien précisé que l’Etat allait interdire l’usage du site pour l’agriculture. Il a aussi promis d’augmenter la hauteur de mur de clôture. ‘’Mais les gens du village sont têtus. Vu qu’il ne peut pas leur empêcher de cultiver dans les lieux, mon père leur a dit de ne pas y semer du mil ou du maïs, des plantes qui pourraient barrer l’accès aux mégalithiques. Les gens doivent comprendre que le site n’appartient pas à mon père. Il appartient à tout le monde. Les enfants y ont même installé des poteaux pour jouer au football’’, ajoute-t-il.

En plus des actions humaines qui détruisent la valeur du site, la nature, aussi, impose ses lois, surtout en période d’hivernage. Car le jeune guide explique que la foudre s’abat souvent sur les mégalithiques et les arbres et les fend. Ayant appris l’histoire de ces pierres en écoutant son père depuis tout petit, notre interlocuteur nous confie que ce dernier lui a demandé d’être à ses côtés afin qu’il soit en mesure de le succéder le jour où il ne sera pas parmi eux. ‘’C’est pourquoi je ne m’éloigne pas de lui. A chaque fois qu’il allume sa moto pour venir sur le site, je viens avec lui’’, fait-il savoir. Interpellé sur la manière dont les hommes ont déplacé les pierres de l’endroit où ils les taillaient, situé à presque un kilomètre, El Hadj soutient qu’ils le faisaient à l’aide de deux troncs d’arbre bien taillés qu’ils disposaient en parallèle. Ainsi, ils faisaient rouler les troncs sur lesquels ils posaient les pierres.

Et par rapport à certains ragots sur la priorité donnée aux touristes blancs au détriment des Sénégalais, le jeune guide précise : ‘’Quand Augustin est là, mon père interdit l’accès du site aux enfants du village. Mais, en général, les visites sont bien organisées. On ne fait pas entrer deux groupes de visiteurs au même moment. Le premier à arriver entre et l’autre attend dehors. Mais nous ne favorisons pas les Blancs au détriment des Sénégalais. Tout se passe dans les règles de l’art.’’

L’histoire de la fameuse Mame Dié Ndoumbé Satou

Au-delà de la création de personnes qui ont taillé ces pierres et l’originalité de leur disposition, le site mégalithique de Sine Ngayène renferme aussi des mystères. Et la fameuse Mame Dié Ndoumbé Satou et ses deux rakkas de vendredi qu’elle priait à l’intérieur du site, en est un. ‘’Mon père m’a raconté que quand mon grand-père Sanoussi Diagane refondait le village, il y avait un chef religieux qui habitait à Loyène, un village voisin situé à environ 3,5 km de Sine Ngayène. Ce dernier se rendait régulièrement dans un autre village à l’est de Loyène et là-bas, il a rencontré un autre religieux qui a recommandé de venir à Sine Ngayène auprès d’une femme qui se trouve être ma grand-mère et de lui dire d’aller dans le site où elle allait trouver un cercle de mégalithiques dans lequel il y avait un arbre avec un nid d’oiseau. Elle devait nettoyer l’endroit et y prier deux rakkas tous les vendredis. Au fait, cet homme de Dieu lui avait dit qu’une fois chez nous, il trouverait ma grand-mère en train de se faire décoiffer. Et c’est le même scénario qui s’est produit quand le marabout de Loyène est venu à la maison. Le vieillard a dit au marabout qu’il donnerait quelque chose à ma grand-mère en retour.

C’est ainsi que Mame Dié Ndoumbé Satou a commencé à exécuter les recommandations de l’homme de Dieu. Mais, malheureusement, l’arbre qu’elle avait ciblé au départ n’était pas celui dont parlait le vieux. Et quand le marabout de Loyène est retourné chez ce dernier, le vieillard lui a fait savoir que l’arbre sous lequel ma grand-mère priait n’était pas celui recommandé. Et le marabout est revenu chez pour apporter plus de précisions. Ainsi, Mame Dié Ndoumbé Satou s’est rendu à nouveau sur le site et s’est mise à la recherche des indices. Et quand elle s’est rapprochée de l’arbre, elle a vu un pigeon s’envoler et elle a aperçu le nid. Et là, elle a nettoyé la surface sous l’arbre et s’est mise à prier tous les vendredis, pour l’homme de Dieu et pour elle-même. Et l’homme, en retour, lui envoyait chaque année des biens inestimables. Malheureusement, aucun élément ne permet actuellement de distinguer l’endroit où Mame Dié Ndoumbé Satou faisait ses prières. Aujourd’hui, les temps ont changé. Mais à l’époque, les gens qui habitaient dans les parages racontaient que chaque nuit du jeudi au vendredi, une forte lumière jaillissait du site. C’était pareil la nuit du dimanche au lundi. A cette période, l’endroit était presque inaccessible, à cause des arbres et les gens n’osaient pas s’y aventurer seuls. Actuellement, je ne peux pas affirmer qu’il n’y a plus de lumière, mais l’intensité de la lumière a beaucoup baissé, quand le site a été débroussé et les arbres coupés’’, raconte Birane Gaye, le chef du village.

De Ngayène Ndiobato à Sine Ngayène

Si le vieux Gaye ne se souvient pas de la date exacte de l’installation des mégalithiques dans leur village, il a bien noté en arabe, dans un cahier, les dates clefs de son histoire. D’après lui, Sine Ngayène fut occupé pour la première fois en 1882. ‘’A l’époque, nos ancêtres étaient des nomades. Donc, à chaque fois qu’il y a une famine, ils se déplaçaient pour s’installer ailleurs. Et quand ils ont quitté Sine Ngayène, ils sont allés à Ngayène Ndiobato. Des siècles plus tard, Sanoussi Diagane Gaye est revenu, accompagné de son frère de même mère, Mademba Diagane Thiam. Ils étaient à Santhi Ngayène. Avant son retour, Sanoussi venait chaque soir à Sine Ngayène pour inspecter les lieux. En 1943, quand ils sont revenus, c’est Abdou Dié Gaye qui est devenu chef du village. C’est le frère de ma grand-mère Yacine Dié Gaye’’, rapporte l’actuel chef de village. A l’époque, les enfants d’Abdou Dié Gaye étaient encore des gamins et c’est le père du vieux Birane, qui était chargé de faire les commissions. En 1952, Abdou Dié Gaye est retourné à Ndiobato. Et son père, Abdou Yacine Gaye, y est resté avec ses frères.  C’est ainsi qu’il fut désigné chef du village.

‘’Mon père a dirigé le village de 1952 à 1984. C’est à partir de 1967 que je suis chargé de ses commissions.  Quand il est décédé en 1984, les villageois se sont réunis à nouveau pour me désigner comme leur chef’’, confie-t-il.

Pour ce qui est des mégalithes, d’après la documentation trouvée sur place, il est établi sur la base de la fouille de deux tumulus et des expériences acquises par les nombreux chercheurs Mauny, en 1956, Thilmans et Decamps en 1975 et 1976, Holl en 2003 et Bocoum en 2005, qu’il existe une différence fonctionnelle entre tumulus et cercles mégalithiques. Les premiers correspondent à des sépultures uniques et richement accompagnées et les seconds à des sépultures multiples, parfois secondaires, associées à un mobilier relativement réduit, selon Holl et Hamady Bocoum, ancien Directeur du Patrimoine culturel.

Il est à noter que les fouilles de Duchemin, entre 1906 et 1918, de Jouenne, en 1918, avaient posé l’hypothèse de la pratique des inhumations secondaires comme dans de nombreux cercles.

MARIAMA DIEME

 

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