Publié le 17 Mar 2014 - 22:38
LOI ANTI-TABAC - ESPACES PUBLICS

Concilier les enjeux commerciaux à l'exigence sanitaire

 

Adoptée il y a seulement quelques jours par l’Assemblée nationale, la loi antitabac semble être relativement bien acceptée, dans l’essentiel, par la population. L’ensemble des hôteliers et les professionnels de la restauration ou du clubing, à quelques exceptions près, a cependant trouvé prématuré d’appliquer la loi, dès ce week-end.

 

‘’La loi sur le tabac ? Attendez, il faut d’abord qu’on sorte un décret d’application, non?’’, se défend un employé d’un célèbre café boulangerie de la place. En effet, même votée (et donc adoptée) la loi antitabac reste, on le constate, une grande énigme pour la majorité des Sénégalais qui, dans l’ensemble, se perdent en conjectures, dès qu’il s’agit de disséquer le texte en question. Ainsi, doit-on ne plus fumer dans la rue ? Ou alors seulement dans les lieux publics ? N’y a-t-il pas pourtant des espaces fumeurs de prévu ? Et, enfin, de quels lieux publics, parle-t-on, déjà ?

Dans les rues, les fameuses cigarettes se monnaient, aujourd’hui, pour des sommes allant jusqu’à 700 FCFA le paquet de 20 et constituent une part importante, si ce n’est l’essentiel, des ventes de certains commerçants souvent modestes. Si tous savent, dans l’absolu, que la cigarette ‘’n’est pas bonne pour la santé’’, il est difficile de dire dans quelle mesure cette loi va les toucher.

Cette dernière, outre le fait d’interdire toute publicité sur le tabac et sa vente près des écoles, donc de toucher ces commerçants directement, va jusqu’à prévoir des amendes pour ceux qui vont fumer dans les lieux publics. Alors que les principaux clients de ces ‘’marchands-tabliers’’ sont justement des employés de bureau et autres personnes ayant affaire dans les lieux soumis à ladite interdiction.

''Cette loi nous arrange''

Du côté des travailleurs qui sont plus dans le formel, dans le cas présent, des restaurateurs, hôteliers et gérants de night-clubs et autres lieux huppés de la ville, on sent tout de suite qu’il y a moins de tension vis-à-vis de cette loi. ‘’Nous, on est totalement ouverts. Cette loi nous arrange, au contraire.

En tant qu’employé non fumeur d’un night-club, même si, hier, il n’y avait pas beaucoup de monde, à cause des réfections que nous sommes en train de faire dans l’établissement, je peux vous dire les gens ont quand même fumé… On attend que la loi soit promulgué. Ça ne nous dérange pas du tout de mettre les choses en place’’, explique un employé du Nirvana, une adresse très connue aux Almadies.

Certains établissements, néanmoins, vivent ce changement comme une vieille information, puisque depuis longtemps un espace non fumeur y existe. C'est le cas du fast-food le Ceasar, sur l’Avenue de la République, dont le premier étage est un territoire totalement non fumeur, alors que le reste des prémisses est mixte. Par contre, au Terrou Bi, les clients fumeurs sont priés de tirer sur leurs cigarettes en dehors de l’hôtel.

Les autres se préparent

Loi antitabac ou pas, ce n’est pas pour autant que les enseignes sont prêtes à aliéner leurs clients, tout au contraire. Celles qui n’ont pas encore sauté le pas sont activement en train de se préparer au changement. ‘’S’il est bien trop tôt pour dire quelque chose de concret, nous sommes définitivement en train de nous pencher sur comment aménager notre espace, de manière à ne pas exclure les fumeurs.

Nous avons bien sûr de clients fumeurs et nous allons aménager un espace clos pour eux, parce qu’on a aucune envie qu’ils arrêtent de fréquenter notre établissement’’, explique, à ce sujet, un employé de la Boulangerie Médine, à quelques pas du bureau de poste de la Médina.

Sophiane Bengeloun

 

 

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