Publié le 25 Aug 2023 - 09:14
INTERDICTION SYSTÉMATIQUE DES RASSEMBLEMENTS

Plus de trois mois sans autorisation d’une manifestation d’opposants

 

Depuis le coup d’éclat du F24 à la place de la Nation en mai dernier, les manifestations politiques de l’opposition sénégalaise ont beaucoup de mal à obtenir l’autorisation des autorités préfectorales. Ce week-end, l’initiative  Chemin de la Libération espère renouer avec les mobilisations de masse.

 

12 mai 2023, 24 août 2023. Plus de trois mois se sont écoulés depuis le dernier rassemblement d’envergure de l’opposition sénégalaise autorisée par les autorités à Dakar. Ce week-end, de nouvelles demandes de manifestations ont été introduites par l’initiative Chemin de la Libération avec, comme la semaine dernière, de fortes chances qu’elles soient interdites. Entre la liberté de manifestation garantie par la Constitution et les troubles à l’ordre public souvent servis par les autorités territoriales pour interdire ce droit fondamental, l’espace public sénégalais a perdu de sa superbe.

Ce fut la plateforme des forces vives de la Nation F24, qui regroupe plus d’une centaine de partis et d’organisations de la société civile qui avait tenu, le vendredi 12 mai, un rassemblement à la place de la Nation pour sauver la démocratie sénégalaise. Les grands points furent : la non-candidature du président de la République Macky Sall pour un troisième mandat, la libération de 300 détenus dits politiques (à l’époque), des élections inclusives et transparentes, et la modification du Code électoral qui exclut des candidats condamnés en justice.

Cette manifestation fut autorisée quelques heures avant sa tenue. Et les demandes suivantes de la plateforme ont été interdites, suite à la décision du préfet de Dakar de ne pas accorder les manifestations programmées à Dakar entre le 9 et le 15 juin  2023.

Depuis lors, les autorisations de manifestation n’ont plus prospéré. Face à la clameur populaire, le président Macky Sall a appelé à un dialogue politique et renoncé, en début juillet, à une troisième candidature pour la Présidentielle 2024. De plus, une modification du Code électoral a été votée à l’Assemblée nationale actant le retour des deux opposants Karim Wade et Khalifa Sall bannis du jeu électoral par des condamnations judiciaires. 

Si deux exigences du F24 ont été satisfaites, la situation sur les deux autres a empiré. Sur l’organisation d’élections inclusives, l’opposant le plus en vue a été placé de force en résidence surveillée, avant d'être arrêté et son parti dissous. Les arrestations d’opposants et de proches du désormais ex-Pastef se sont multipliées, faisant aujourd’hui plus de 1 000 détenus, selon les opposants.

C’est ce motif qui a été avancé par l’initiative Chemin de la Libération pour annoncer 19 manifestations pacifiques prévues ce week-end au Sénégal. Dans un communiqué, l’initiative informe que des lettres ont été adressées ‘’aux préfets de 19 départements du Sénégal les informant de l'organisation de manifestations pacifiques prévues pour le week-end des 26 et 27 août 2023’’. Les circonscriptions citées sont : Thiès, Pikine, Guédiawaye, Bignona, Diourbel, Sédhiou, Dakar, Koungheul, Linguère, Kolda, Saint-Louis, Louga, Tivaouane, Kébémer, Ziguinchor, Rufisque, Goudomp, Dagana et Foundiougne.

‘’Face aux entraves imposées aux manifestations pacifiques par Macky Sall, la seule réponse appropriée est de maintenir une mobilisation ferme, de demeurer déterminés et de démontrer aux démocrates du monde entier que c'est Macky Sall lui-même qui installe le chaos en portant atteinte aux droits fondamentaux et aux libertés publiques’’, ajoute la note.

Pour réussir son entreprise, Chemin de la Libération encourage ses membres à bien préparer ces 19 manifestations pacifiques, ‘’afin d'en faire des événements couronnés de succès dans notre lutte pour la libération des 1 062 détenus politiques emprisonnés de manière arbitraire, dont Ousmane Sonko, principal opposant au président Macky Sall. Nous réclamons également l'arrêt de la persécution des militants de Pastef et des membres des mouvements citoyens, ainsi que la fin des actes de torture’’.

Universitaires, journalistes et intellectuels. Depuis quelque temps, les plumes s’élèvent pour dénoncer les reculs démocratiques constatés au Sénégal. L’un des faits les plus décriés étant la dissolution d'’’un parti politique représentatif, à quelques mois de l’élection présidentielle. Au lendemain de cette décision administrative, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et ses organisations membres au Sénégal ont exprimé leur profonde préoccupation sur la démocratie, l’État de droit et les droits fondamentaux en péril au Sénégal.

Dans un communiqué, la FIDH a rappelé ‘’que la dissolution d’un parti politique est une mesure extrêmement grave, qui ne devrait être utilisée qu’en dernier recours, et ce, conformément aux principes démocratiques et au respect des droits fondamentaux.’’

Une posture partagée par Alassane Seck, Président de la Ligue sénégalaise des Droits de l’homme, qui estime que ‘’toute mesure restrictive prise à l’encontre d’un parti politique et à fortiori sa dissolution, doit l’être après que la matérialité des faits allégués a été établie par une juridiction indépendante et impartiale dans le cadre d’une procédure juste et équitable’’.

Avant la dissolution de Pastef, le meeting d’investiture de son candidat a été interdit. Depuis, toutes les conférences de presse de la coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi ont été empêchées sans aucune explication officielle.

Lamine Diouf