Publié le 30 Jan 2018 - 19:57

Me El Hadj Diouf ‘’encore exclu’’

 

Constitué par la Ville de Dakar, Me El Hadj Diouf a été exclu, hier, du procès de Khalifa Sall, pour s’être érigé en défenseur du maire de Dakar, en violation du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

 

Exclu de la défense de Khalifa Sall, compte tenu de son statut de député sortant de la dernière législature, Me El Hadj Diouf avait réussi à revenir dans le procès. Cette fois-ci, il a été commis par la mairie de Dakar qui s’est constituée partie civile dans cette affaire.

Mais, hier, le tonitruant avocat s’est fait encore ‘’virer’’, pour avoir violé le règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui le régit encore. Durant sa prise de parole, Me Diouf a d’emblée précisé qu’il comptait, en tant qu’ancien député, apporter un témoignage sur la procédure de levée de l’immunité parlementaire.

‘’J’ai été député, donc je peux témoigner sur la question. J’étais présent, lorsque l’immunité parlementaire d’Oumar Sarr, Barthélémy Dias, Abdoulaye Baldé a été levée’’, rappelle le membre de la 12e législature. Faisant la comparaison entre les différentes procédures, Me Diouf relève que celle concernant le prévenu n’a pas été respectée. Puisque, rappelle-t-il, le député-maire de Dakar n’a pas été entendu et n’a pu choisir son défenseur. Par conséquent, fulmine l’avocat, ‘’l’Assemblée nationale, le doyen des juges, le procureur de la République, la Cour suprême, le gouvernement, tout le monde a violé la loi’’. Evoquant la jurisprudence Barthélémy Dias, Me Diouf relève qu’en devenant député, l’actuel maire de Mermoz – Sacré-Cœur a vu son statut changer, puisqu’il avait bénéficié de l’immunité parlementaire. Mais, pour Khalifa Sall, se désole-t-il, ‘’c’est de la malhonnêteté intellectuelle, car ses droits ont été violés et sabotés’’.

Seulement, le tonitruant avocat ne s’en est pas limité-là, car il est allé jusqu’à plaider la nullité de la procédure. En fait, Me Diouf a affirmé que les droits de la défense ont été bel et bien violés et qu’il trouve surprenant que les policiers, la Chambre d’accusation et le juge d’instruction aient affirmé le contraire. La preuve, confie-t-il, ‘’on m’a refusé de voir mon client Khalifa Sall à la Bag’’.

S’enlisant davantage dans ce que le juge Malick Lamotte qualifiera de violation, Me Diouf conclut : ‘’Si on dit le droit exclusivement, le procès va s’arrêter aux exceptions, car les Opj n’ont pas mentionné la formalité selon laquelle ils ont informé aux prévenus qu’ils pouvaient constituer conseils.’’

Cependant, pour le président Lamotte, la robe noire avait passé outre, en évoquant les dispositions de l’article 372 du Cpp. En d’autres termes, Me Diouf a plaidé comme s’il était l’avocat de Khalifa Sall. Or, l’article 11 de la loi portant Ordre des avocats dispose : ‘’Les avocats, anciens fonctionnaires ou agents quelconques de l’Etat ou d’une collectivité́ publique ou territoriale décentralisée, ne peuvent accomplir contre ou pour l’Etat, les administrations relevant de l’Etat et les collectivités publiques ou territoriales décentralisées aucun acte de la profession pendant un délai de trois ans, à dater de la cessation légale et effective de leurs fonctions.’’

C’est compte tenu de cette disposition que le président a pris la décision de l’exclure du procès. ‘’Me (Diouf), vous êtes partie civile et je vous ai laissé plaider longuement. Mais je suis au regret de vous dire que vous ne pouvez plus continuer à plaider dans cette affaire, car vous avez manifesté votre position, ce qui est en contradiction avec le règlement intérieur de l’Assemblée nationale qu’on vous a notifié à travers une correspondance du bâtonnier et que vous aviez acceptée’’, a notifié le juge avant de suspendre l’audience.

Comme sonné par cette décision, Me Diouf sollicite un droit de réplique, mais le tribunal s’était déjà levé. Sans désemparer, la robe noire se saisit du micro et laisse entendre qu’il compte bien répliquer, car il n’est pas question pour lui de se retirer du procès. Alors qu’on s’attendait à une réplique de sa part, à la reprise à 15 h, Me El Hadj Diouf ne s’est pas présenté dans la salle. Un de ses confrères a fait vite de préciser que Me Diouf est encore dans le procès. ‘’Il n’a pas été exclu, mais le juge a juste émis un avis et une décision prise en collégialité avec ses assesseurs’’, souligne notre interlocuteur. 

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