Publié le 6 May 2026 - 14:09
4 ÉCOLES DE FORMATION RECONNUES SUR UN TOTAL DE 65 AU SÉNÉGAL

4 ÉCOLES DE FORMATION RECONNUES SUR UN TOTAL DE 65 AU SÉNÉGAL Halte à la fabrication de “sages-femmes au rabais” !

 

La célébration de la journée mondiale des sages-femmes a servi de tribune à l'Association nationale des sages-femmes du Sénégal (ANSFES) pour présenter plusieurs doléances, dont la régulation de la formation, afin d’arrêter de fabriquer au Sénégal des sages-femmes au rabais.

 

"Un million de sages-femmes de plus". C'est le thème de la journée mondiale des sages-femmes. Au Sénégal, selon la présidente de l'ANSFES, le gap pour atteindre le million est difficile à évaluer car c'est un corps infiltré. Néanmoins, l'État, selon Bigué Ba Mbodji, avait promis d’en recruter 200 chaque année.

Elle a aussi précisé qu'il y a seulement 4 écoles de formation reconnues pour former des sages-femmes au Sénégal sur un total de 65. Pourtant, a-t-elle indiqué, le ministère de la Santé ainsi que celui de l'Enseignement supérieur sont au courant mais ne font rien. « La formation est en crise, avec une floraison d'écoles et une désertion de la qualité. Je m'inquiète, ici et maintenant, de l'environnement non favorable qui gangrène notre pays. Partout, des institutions de formation de sages-femmes poussent comme des champignons, sans que la majorité d'entre elles ne respectent les standards internationaux de l'ICM. Combien d'entre elles disposent de simulateurs "haute fidélité", de stages cliniques supervisés selon un ratio encadreur-étudiante de 1/3, de formateurs titulaires d'un master ?", s’insurge-t-elle.

Pour couronner le tout, elle souligne que la sage-femme au Sénégal est une profession sans statut juridique propre, si on se réfère à l'article 4 du chapitre 2 relatif à l'exercice illégal de la médecine. "Cet article, trop vague, ne protège pas le titre de sage-femme, car il l'assimile trop souvent à un aide du médecin et non à une profession médicale à part entière. En effet, selon l'OMS, la profession de sage-femme est une profession médicale à responsabilité définie. Malheureusement, au Sénégal, elle est souvent confondue avec une technicienne de santé, sans reconnaissance de ses compétences avancées (prescription, échographie obstétricale, soins d'urgence) », regrette Bigué Ba Mbodji.

Or, poursuit-elle, toutes les conditions sont réunies pour rectifier le tir. « La Loi n°14-2017 du 30 janvier 2017 portant création de l'Ordre national des sages-femmes et maleuticiens du Sénégal a été votée. Mais sept ans plus tard, où est cet Ordre ? Où est son décret d'application ? Où est la réglementation de la profession ? Sans tableau de l'Ordre, sans code de déontologie contraignant, sans inspection des écoles, la loi reste une coquille vide, une loi inerte, un ordre fantôme", fulmine-t-elle.

"Un million de sages-femmes de plus", un mirage ?

Mme Mbodji a bien peur que le thème "Un million de sages-femmes de plus", ne soit qu'un slogan, si le Sénégal continue d'ignorer la qualité, la régulation et le statut, et la reconnaissance du leadership des sages-femmes. Car, à ses yeux, il ne suffit pas d'avoir un million de sages-femmes supplémentaires. Encore faut-il que ces sages-femmes soient reconnues comme des décideuses légitimes au sein du système de santé.

« Trop souvent, déplore-t-elle, la sage-femme est reléguée à un rôle d'exécutante technique. Pourtant, son leadership est un déterminant majeur de la qualité des soins. L'ICM rappelle que 80% des soins de santé sexuelle, maternelle, néonatale et reproductive peuvent être délivrés par une sage-femme formée selon les normes internationales. Chaque dollar investi dans la formation et l'emploi des sages-femmes génère jusqu'à 16 dollars de retour sur investissement (rapport UNFPA/ICM/OMS 2021) avec moins de césariennes évitables, moins de septicémies, moins d'enfants prématurés, moins de fistules obstétricales. D'ici 2030, près de 30% des naissances seront des césariennes, soit le double des 10 à 15% recommandés par l'OMS", confie Mme Mbodji.

Elle souligne que les pays qui ont légalisé la pratique avancée des sages-femmes (prescription, échographie, accueil des urgences obstétricales) ont réduit leur mortalité maternelle de 30 à 50% en moins d'une décennie. Mais, martèle Mme Mbodji, la qualité ne se décrète pas, elle se régule et se protège. "Former des sages-femmes avec des programmes allégés et des stages fictifs, c'est comme confier un avion à un pilote qui n'a jamais volé. Les mères et les nouveau-nés paient le prix de cette négligence. Les normes de réglementation imposent un Ordre fonctionnel, un système d'accréditation des écoles et un examen d'État unique. Mais au Sénégal, ce million supplémentaire ne sera qu'une illusion, si nous continuons à fabriquer des sages-femmes au rabais », s’insurge la présidente.

Ainsi, Bigué Ba Mbodji invite à l'action sur trois fronts indissociables : la formation de qualité aux normes de l'ICM comme seul gage d'une sage-femme compétente et leader, avec l'intégration du climat dans les curricula, les plans d'urgence et les politiques de santé, marqueur d'un système résilient et juste. Mais aussi la reconnaissance légale du statut, un Ordre national fonctionnel, la révision de l'article, comme condition de son leadership et de sa collaboration effective. Qu'elle soit dans le public ou le privé, avec des perspectives de carrière. Enfin, le recrutement en CDI et la formation de sages-femmes d'ici 2030, pour contribuer à résorber ce million de sages-femmes manquantes.

CHEIKH THIAM

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