Publié le 7 May 2026 - 12:25
ENTRE TENSIONS SOCIALES ET IMPÉRATIFS ÉCONOMIQUES

L’État ajuste ses priorités

 

En Conseil des ministres, le gouvernement a mis en lumière une série de décisions orientées vers la gestion des urgences sociales, la sécurisation de l’administration et l’adaptation de la politique énergétique face aux tensions internationales.

 

La réception du rapport 2025 sur le dialogue social et des cahiers de doléances intervient dans un climat marqué par la multiplication des grèves et l’érosion du pouvoir d’achat. L’instruction faite aux ministres, hier en réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, d’examiner “avec diligence” les revendications, traduit une pression politique réelle sur l’exécutif.

Au-delà des annonces, l’enjeu réside dans la capacité du gouvernement à traduire rapidement en actes les réformes déjà engagées, notamment les projets de Code du travail et de Code de sécurité sociale. Le calendrier est serré : mise en œuvre immédiate de la politique nationale de l’emploi, suivi effectif de la convention État-secteur privé, reprise des discussions sur les retraites et les rémunérations. La volonté de finaliser la ratification de la convention 190 de l’OIT sur les violences en milieu professionnel et d’installer des comités de dialogue social dans chaque ministère indique une tentative de structuration durable du dialogue, mais pose la question des moyens et du suivi.

Le Premier ministre a dressé un diagnostic préoccupant du fonctionnement administratif : documents peu sécurisés, absence de standards, traçabilité défaillante. Cette vulnérabilité touche des pièces à forte valeur juridique, diplômes, passeports, cartes d’identité,  mais aussi des actes à incidence financière. La réponse gouvernementale prend la forme d’un dispositif national intégré visant à garantir authenticité et traçabilité. Derrière cette réforme technique se joue un enjeu politique majeur : restaurer la confiance dans l’administration et lutter contre la fraude documentaire. Sa réussite dépendra toutefois de la capacité à harmoniser les systèmes, sécuriser les données et déployer des outils de vérification accessibles à l’échelle nationale.

Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de hausse des prix du pétrole, le Sénégal, importateur net d’hydrocarbures, se trouve exposé à des effets en chaîne : pression sur les finances publiques, renchérissement des coûts de production et risque inflationniste. Le gouvernement privilégie une stratégie articulée autour de la valorisation du gaz national, de la diversification du mix énergétique et de la maîtrise de la demande. L’accent mis sur la sobriété énergétique et les énergies renouvelables traduit un repositionnement, mais la question du financement de cette transition reste en suspens.

L’électricité concentre les inquiétudes

Le secteur de l’électricité concentre les inquiétudes. Une évaluation exhaustive des engagements financiers de l’État vis-à-vis de la SENELEC est annoncée, ainsi qu’un plan de performance couvrant les volets technique, commercial et financier. Cet audit pourrait déboucher sur des arbitrages sensibles, notamment tarifaires.

Le soutien au secteur privé est réaffirmé à travers l’initiative « Sunu Champions », présentée comme un levier de transformation économique. Le gouvernement annonce une série de réformes : loi sur le patriotisme économique, refonte des codes des douanes et des impôts, digitalisation des procédures administratives. Mais au-delà des intentions, les signaux envoyés traduisent des tensions structurelles : nécessité d’apurer la dette intérieure, relancer les BTP et structurer le financement de l’économie via un dispositif bancaire national. Autant de chantiers lourds, dont la mise en œuvre conditionnera la crédibilité de la relance.

Le gouvernement met en avant plusieurs réalisations récentes, aéroport de Ziguinchor, autoroute Mbour-Kaolack, parc agro-industriel de Kolda, pour illustrer cette dynamique. Mais en parallèle, il reconnaît des blocages persistants, notamment sur des projets liés à l’eau et à l’assainissement. Les lenteurs dans l’approbation des marchés publics sont explicitement pointées. L’instruction donnée d’accélérer les procédures tout en respectant le cadre réglementaire souligne une tension classique entre exigence de rapidité et contraintes de contrôle.

À court terme, l’exécutif se concentre sur des enjeux récurrents mais sensibles : approvisionnement du marché en moutons à l’approche de la Tabaski, sécurité des transports et préparation du pèlerinage de Popenguine. En parallèle, la gestion des inondations reste un test majeur pour l’action publique, avec une demande d’accélération des mesures préventives et des programmes en cours. Sur le plan législatif, deux décisions se distinguent : la ratification d’un accord d’entraide judiciaire avec la Gambie et la réforme de l’évaluation scolaire avec la suppression du concours d’entrée en sixième. Cette dernière mesure, à forte portée sociale, pourrait reconfigurer l’accès au cycle moyen.

AMADOU FALL

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