Publié le 23 Oct 2021 - 12:28
’'BAAMUM NAFI’’ DU SENEGALAIS MAMADOU DIA AU FESPACO 2021

Un sérieux candidat à l’Etalon de Yennenga 

 

Le film ‘’Baamum Nafi’’ de Mamadou Dia est en lice au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), dans la catégorie long-métrage fiction. C’est un film de qualité qui peut remporter l’Etalon de Yennenga. Le thème central est actuel. Il s’agit de l’extrémisme religieux, du terrorisme. Mais le film aborde également, entre autres, les thèmes de l’amour et de la tolérance.

 

Le film ‘’Baamum Nafi’’ (Père de Nafi, en pulaar) alerte sur le terrorisme, l’extrémisme religieux. Il met en conflit l’imam Tierno et son frère Ousmane. Apprécié par les habitants de la ville de Yonti, l’imam prône une religion de tolérance. Il aime le football. Il écoute et chante de la musique profane avec sa fille Nafi. Tandis que le second, qui a fait ses études religieuses à l’étranger, est revenu avec une autre idéologie de l’islam. Candidat à la mairie, il se fait aider par un mouvement terroriste. Grâce au financement qu’il reçoit, il réussit à avoir plusieurs alliés. Radical, il n’aime pas voir les enfants jouer, ni au football ni au saut à l’élastique. Il pousse les femmes à porter le voile. Sachant que le temps lui est compté, il annexe la ville et impose ses lois. Son fils Tokora est amoureux de sa cousine Nafi.

Ainsi, les jeunes amoureux sont pris au piège entre les querelles de leurs pères respectifs. Tokara a forniqué, alors qu’il devait se marier dans peu de jours. Une manière de décrédibiliser son père Ousmane. Le gourou demande à ce dernier d’abattre publiquement son fils afin d’être rassuré de sa ‘’bonne foi’’ pour le groupe. Après une longue hésitation, le fils est assassiné par un autre. Puis, vient le tour d’Ousmane.

Ainsi, le calme revient à Yonti. Nafi aimait son fiancé et cousin Tokara, mais n’était pas prête à abandonner ses études. Après le décès de Tokara, elle part à Dakar, à l’université.

Il y a également dans ce film dramatique le thème de la spiritualité. Dans le film, l’on ne montre pas certains personnages spirituels tels que les deux jeunes amoureux, faire leur prière. D’après la lecture du scénariste-réalisateur Mamadou Dia, Nafi et Tokora qu’on ne voit jamais prier sont adroites et savent où aller. ‘’Pour moi, cette croyance qu’on a en privé est plus importante. La personne qui prie le plus, c’est El Hadj Ousmane. Il montre beaucoup sa religion, alors qu’il est la personne le moins gentil du film’’, dit-il. ‘’On dit très souvent que c’est un film sur le terrorisme. Mais pour moi, c’est un film sur l’amour, d’abord paternel entre l’imam et sa fille. C’est un film sur l’amour romantique entre Aicha et son amoureux ; c’est aussi un film sur l’amour pour sa ville, sa communauté. Ce sujet m’interpelle. Quand je suis allé aux USA en 2014, je disais qu’en tant que Mamadou qui veut dire Mohamed, je dois réagir. De plus, l’élection de Donald Trump était vraiment choquante pour les New-Yorkais dont leur ville très démocratique. Je n’arrivais pas à comprendre comment une telle personne a pu être élue dans une ville démocratique.  Donc, je me suis dit, je vais faire un film qui va parler d’amour dans l’islam et dans la religion catholique, de l’amour dans la religion. C’est un film qui va parler de l’humanité de ceux qui nous sommes en réalité’’, a précisé Mamadou Dia.

‘’Baamum Nafi’’ est un film de qualité. Ce beau film a été tourné à Matam, au nord du Sénégal, dans un petit village. Celui-ci a servi de décor naturel. Les images sont très authentiques ; elles reflètent une réalité. Le jeu d’acteur est impeccable, alors qu'ils en sont à leur première expérience dans le cinéma. Le fait de prendre des acteurs non-professionnels, était d’abord un choix qui s’est imposé au réalisateur. ‘’Faute de temps, on voulait tourner très vite et on n’a pas autant d’acteurs professionnels qui parlent le pulaar. L’autre raison, c’est qu’on n’avait pas beaucoup d’argent. Du coup, c’est bien de l’avoir fait dans mon village natal où je connais beaucoup de gens comme l’actrice principale Aicha. Sékou Lo, un acteur du Théâtre national Daniel Sorano, est un professionnel.  Les autres ont été choisis au cours d’un atelier. Je suis allé plusieurs fois à la rencontre de personnes pour trouver des rôles qui étaient proches d’elles. Pour Aicha, par exemple, j’ai trouvé un personnage de la fille qui est très douce, mais une fille très forte également’’, a-t-il expliqué. 

‘’Baamum Nafi’’ est 100 % en pulaar. Mamadou Dia entend valoriser les langues locales, au-delà de donner plus d'authenticité à son œuvre. ‘’Ce film s’est imposé en pulaar, parce que mes écrits se sont basés d’abord sur mes expériences personnelles. Car je rêve en pulaar, j’écris en pulaar, et le film a été fait à Matam. C’est une victoire de ne pas le doubler, parce que tous les acteurs ont des voix authentiques. La voix d’Aicha, d’Alassane sont des voix très particulières et c’est une langue très belle’’, explique Mamadou Dia. ‘’Nos langues sont mélodieuses. Il faut les présenter dans nos films, il faut que les gens entendent notre langue. L’anglais est déjà exporté parce qu’on entend parler dans les films, dans les albums. Il faut que les gens s’habituent à entendre nos langues. C’est 100 % pulaar, langue que je parle le mieux'', a-t-il ajouté. Sélectionné dans de nombreux festivals, ‘’Baamum Nafi’’ remporte deux prix à Locarno 2019 du Meilleur premier film et Léopard de la section ‘’Cinéastes du présent''.

Mamadou Dia concourt pour la première fois au Fespaco avec ce film. Il a fait part du sentiment qui l’anime ‘’C’est un réel plaisir, un honneur d’être là, mais aussi une responsabilité, parce qu’il s’agit d’un film autoproduit par mon associé et moi à travers ma compagnie Jo et Didi. Nous avons trouvé d’autres financiers privés qui nous ont aidés à faire ce film-là. Donc, c’est vraiment un honneur de voir ce film arriver au Fespaco aujourd’hui. D’autant plus, à part les deux acteurs principaux, ce sont des non-acteurs professionnels, qui l’ont fait’’, s’est-il réjoui.

BABACAR SY SÈYE
(ENVOYÉ SPÉCIAL À OUAGADOUGOU)
Section: 
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