Publié le 26 Aug 2024 - 16:27
SERIGNE ALIOUNE DIOUF LAMBAYE (DISCIPLE DE SERIGNE TOUBA)

Son rôle dans l’extension du mouridisme dans le Baol

 

Né vers 1849 dans le Baol, Serigne Alioune Diouf Lambaye, élevé au rang de "cheikh" par Serigne Touba, a joué un rôle majeur dans l’expansion du mouridisme.

 

"Je ferai autant de sacrifices que Seydina Alioune en a faits pour le Prophète Seydina Mouhamed", affirma Serigne Alioune Diouf Lambaye en 1885 à Serigne Touba, fondateur du mouridisme. Ce dernier, ayant accepté son allégeance, lui prédit qu’il serait "supérieur" à tous ceux qui vivent à Lambaye ainsi qu'à toute sa génération et que tous ses souhaits se réaliseraient dans l’immédiat.

Mais qui est donc Serigne Alioune Diouf Lambaye, cet homme qui, selon Serigne Dam Diouf, son petit-fils, a implanté 12 écoles coraniques dans différentes localités, participant ainsi très tôt à l’émergence du mouridisme au royaume des Teigne (rois du Baol) ?

De son vrai nom Aly Diouf, il est né vers 1849-1850 dans le Baol, à Ndiengue, dans un environnement dominé par le "thiédo" à l’époque. Fils de Birima Dior Diouf et de Coumba Nar Ndiaye, il a fait ses premières études en compagnie de son père dans plusieurs localités du Cayor, comme Khandane et Diaksao, avant de rejoindre le grand et célèbre maître coranique du Baol, Serigne Mor Mané Mbaye, qui l’enseigna jusqu’à ce que ses connaissances des sciences religieuses soient approfondies. Serigne Alioune Diouf Lambaye a notamment appris auprès de Serigne Mandiaye, qui faisait partie des talibés de Serigne Mor Mané Mbaye. Grâce à ce dernier, Serigne Alioune Diouf a connu Serigne Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké à travers une conversation. C’est par la suite que Serigne Alioune a rejoint, à Darou Salam, le fondateur du mouridisme.

Grâce à sa foi et au travail qu’il a pu mener, Serigne Touba le bénit, l'élève au rang de cheikh et lui ordonne de retourner à Lambaye. Serigne Alioune Diouf Lambaye revint dans son village et commença à élargir les œuvres de Serigne Touba en créant des "daaras" un peu partout dans le Baol. Cette entreprise d'expansion du mouridisme au cœur de la capitale du Baol n'était pas du goût du roi, le Teigne Tanor Gogne Dieng, qui, rappelons-le, avait été installé par les colons français à la tête du Baol après avoir déposé le Teigne Thié Yassine Dior Gallo Gana en 1890.

À cette époque, le colon ne voyait pas d'un bon œil les agissements de Cheikh Ahmadou Bamba, qu'il soupçonnait de préparer une guerre sainte. Le Teigne Tanor, conscient qu'il devait son titre aux Français, ne pouvait pas rester silencieux face aux velléités d'expansion du mouridisme au cœur même de sa capitale dirigée par un membre de l'aristocratie.

En effet, le grand-père de Serigne Alioune Diouf Lambaye, Samba Khoyane, avait été Diaraf Baol, c'est-à-dire Premier ministre, sous le Teigne du Damel-Teigne Amary Ngoné Ndella pendant neuf ans.

Serigne Alioune Diouf Lambaye s'est également rendu à Saint-Louis sur ordre de Serigne Demba Barro. Là, il rencontra Cheikh Ibrahima Fall et Mame Ass Kamara. "Il a servi Serigne Demba Barro. Sur les recommandations de Serigne Touba, il lui fit bâtir une villa à Louga et resta à ses côtés pendant au moins deux ans, avant que son guide spirituel ne lui demande de revenir auprès de lui", rapporte Serigne Dame Diouf.

À une époque dominée par les "thiédo", Cheikh Alioune Diouf Lambaye a montré sa détermination à faire triompher ses idéaux et les principes islamiques. Les pratiques "thiédo" avaient encore une forte emprise dans la capitale du Baol, rendant difficile leur disparition. C’est ainsi qu’il quitta le Baol temporairement.

Selon des témoignages, accompagné de ses talibés (50 chefs de famille), il aurait traversé Bambey avant de se diriger vers Gossas. Après un séjour dans le village sérère de Mbadane, il fonda plusieurs localités telles que Bokou Lodji, Nécewna, Diawé, Darou Salam et Bokki Barga. Ce dernier village, il l'offrit en don pieux à Serigne Abdoul Ahad Mbacké Ibn Serigne Touba, le troisième khalife des mourides. Actuellement, c’est Serigne Sidy Mbacké Abdoul Ahad qui en a la charge.

"Après avoir vécu un temps à Gniby, Cheikh Alioune Diouf Lambaye et sa famille ont dû le quitter sous prétexte que ce bourg commençait à être envahi par la modernité. Ils s'installèrent à 1 km plus loin pour y fonder Gniby Lambaye (en référence à son village d'origine), qui lui servit de base", explique le Dr Mouhamadou Mbacké Diouf. Il poursuit : "C’était comme pour assurer son indépendance, mais aussi pour se consacrer davantage à Dieu, suivant les enseignements de Cheikh Ahmadou. Durant tout l’exil du cheikh, Cheikh Alioune Diouf Lambaye a œuvré pour faire rayonner le mouridisme, apportant sa pierre à la construction de l’édifice."

Le Dr Diouf soutient que les premiers fils de Cheikh Alioune Diouf Lambaye ont été confiés à Mame Thierno Ibrahima Faty Mbacké (Borom Darou Mouhty), qui leur a transmis ses connaissances. Cheikh Alioune Diouf Lambaye fit également des dons pieux à Mame Thierno et participa aux grands travaux du mouridisme.

Pendant la période de l’exil gabonais, ses fils, qui étaient nés durant cette période, portèrent les noms de Mame Thierno Birahim Mbacké, tandis que ses filles furent baptisées Sokhna Diarra Bousso, en hommage à la mère de Serigne Touba, selon le Dr Mouhamadou Mbacké Diouf.

Selon lui, Serigne Alioune Diouf Lambaye a pu rendre visite à Serigne Touba à Sarsara (Mauritanie) en compagnie de Serigne Mokhtar Mbaye Kairé, Serigne Babacar Thiargane et Serigne Arfate Cissé. Après une vie bien remplie et au service exclusif de Bamba, Cheikh Alioune Diouf Lambaye s’éteignit en 1951 (un dixième jour du saint mois de ramadan). Il fut enterré à Touba, au cimetière situé à l’est de la grande mosquée.

BABACAR SY SEYE

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