Publié le 4 Feb 2026 - 10:04
DÉCENTRALISATION  

L’Acte 3 passé au crible  

 

Plus de dix ans après la réforme de la décentralisation, un atelier national d’évaluation s’est ouvert à Saly pour mesurer ses limites et ses acquis. Le gouvernement veut désormais miser sur des pôles territoires capables de stimuler l’investissement et l’emploi local.

 

Un atelier national d’évaluation de l’Acte 3 de la Décentralisation, en perspective de l’Acte 4 et de l’opérationnalisation des pôles territoires, s’est ouvert hier (lundi) à Saly. Cette rencontre de deux jours vise à conduire une évaluation participative et stratégique de la mise en œuvre de l’Acte 3 afin d’éclairer la conception de la prochaine réforme.

Depuis 2013, l’Acte 3 a profondément modifié l’organisation territoriale du Sénégal. Il a instauré la communalisation intégrale, consacré le département comme collectivité territoriale et affirmé le territoire comme espace central de développement. Il a également permis un rapprochement réel entre les institutions locales et les citoyens. Mais, plus de dix ans après son lancement, force est de reconnaître que les résultats obtenus restent en deçà des ambitions initiales.

Les collectivités territoriales existent juridiquement, mais demeurent structurellement dépendantes des transferts de l’État. Les compétences ont été transférées sans un accompagnement équitable en ressources, en capacités et en pouvoirs économiques. Les territoires sont administrés, mais produisent encore peu de richesses. Autrement dit, l’Acte 3 a permis une décentralisation institutionnelle, sans aboutir à une véritable transformation économique des territoires. C’est ce constat qui justifie la tenue de cette évaluation.

« Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas pour dresser un bilan administratif de plus. Nous sommes réunis parce que, sous l’impulsion de Bassirou Diomaye Faye et de Ousmane Sonko, le Sénégal est entré dans une phase décisive de son histoire territoriale », a déclaré Amadou Diop, préfet du département de Mbour, ouvrant les travaux au nom du ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire.

Une nouvelle étape franchie

L’atelier a pour objectif de produire un diagnostic partagé de la mise en œuvre de l’Acte 3 afin d’orienter la préparation de l’Acte 4 et l’opérationnalisation des pôles territoires.

« Nous ne pouvons pas engager l’Acte 4 sans tirer toutes les leçons de l’Acte 3. Nous ne pouvons pas bâtir une nouvelle réforme sans comprendre ce qui a fonctionné, identifier les succès et corriger en profondeur ce qui ne l’a pas été », a souligné le préfet.

Il a rappelé que les territoires ne sont plus de simples espaces d’administration, mais doivent devenir des moteurs de souveraineté économique, de justice sociale et de prospérité partagée. Dans cette optique, le gouvernement a engagé, depuis octobre 2024, un vaste processus de concertations territorialisées, thématiques et inclusives.

Ces concertations, menées à l’échelle nationale, ont porté sur quinze thématiques clés structurant le Code général des collectivités territoriales. Elles ont permis de faire émerger un consensus : la prochaine réforme devra dépasser la logique de gestion pour s’inscrire résolument dans une logique de production territoriale.

« Aujourd’hui, avec cet atelier, nous franchissons une nouvelle étape. L’objectif est clair : produire un diagnostic partagé de l’Acte 3 afin d’éclairer les arbitrages de l’Acte 4 », a ajouté Amadou Diop, s’exprimant au nom du ministre Moussa Bala Fofana.

L’Acte 4 devra ainsi permettre de passer d’une décentralisation administrative à une décentralisation productive, de dotations fragmentées à un investissement territorial structuré, et de collectivités de gestion à de véritables collectivités de développement. Les pôles territoires constituent, à cet égard, un levier central. Ils ont vocation à devenir des plateformes économiques capables de porter des projets structurants, d’attirer les investissements et de créer des emplois au plus près des populations.

Pape Mbar Faye

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