Publié le 18 Apr 2013 - 01:30
IDRISSA SECK

 La cime, la distance et la suffisance ou l’apologie d’un mythe qui s’effondre

Le peuple sénégalais, comme à son habitude face aux grands défis, a toujours démontré sa maturité politique à qui veut bien décrypter les divers événements vécus ces dernières années, jusqu’à la survenue de la deuxième Alternance. La conscience citoyenne que manifeste tous les jours notre population toujours malmenée par une élite politique plus soucieuse de se servir du pouvoir à des fins inavouées plutôt que de servir loyalement le pays et le peuple, démontre, s’il en était besoin, la capacité de notre peuple à résister de manière pacifique mais déterminée contre toutes les formes d’oppressions.

 

L’éviction de Maître Abdoulaye Wade, grand tribun de notre Histoire politique nationale, a marqué la fin du temps des messies. Me Abdoulaye Wade n’a finalement été perdu que par sa suffisance et son insensibilité aux avertissements d’un peuple excédé par ses divers abus… Comme le disait Abraham Lincoln, «On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps».

 

En vérité, Idrissa Seck est victime de la cime, de la distance et de la suffisance qu’il a bâties de son image l’éloignant progressivement de la mémoire populaire dans une mauvaise mythification qui est entrain de le déconstruire. Et c’est bien dommage ! Pendant huit années, traversant avec lui les épreuves, inlassablement, des citoyens sénégalais épris de justice, n’ont ménagé ni leurs temps, ni leurs moyens, ni leurs efforts pour l’accompagner dans la conquête du pouvoir qu’il s’est fixée comme objectif ultime.

 

Il nous revient en mémoire, la lutte patriotique et les épreuves de notre compagnon historique, le regretté Insa Sankaré qui, avec nous, a tout entrepris pour attirer l’attention sur les dérives qui commençaient à saper le bon fonctionnement de notre parti et surtout pour la conceptualisation de notre démarche politique en corrélation avec nos réalités nationales. Entourés d’affidés et de laudateurs, Idrissa SECK s’est installé à la cime, anticipant sur la volonté populaire, créant une distance infranchissable pour ses propres militants, souvent de hauts cadres comme lui, tout en manifestant une suffisance à toute épreuve.

 

Ainsi, porté sur ce nuage, il a administré le parti comme une affaire personnelle, responsabilisant sur la base de relations personnelles et par parachutage de nouvelles personnes souvent inconnues au bataillon pendant les années de braise au détriment de responsables aussi compétents et jouissant d’une réelle légitimité politique. Le parti politique, organisation sociale visant la conquête du pouvoir en vue de la construction nationale, ne peut pas fonctionner comme un club d’amis, une secte, un clan familial ou un simple business. Le parti politique, dans un état de droit et une République, est une organisation qui doit fonctionner selon les règles de la démocratie interne et des échanges de points de vue parfois divergents et non selon la volonté d’un seul homme soit-il investi de la confiance de ses pairs.

 

Mal entouré et très mal conseillé, Idrissa Seck est finalement en train de payer la gestion solitaire du parti dont une des conséquences est la déconstruction progressive d’une image bâtie sur la mystification et la manipulation. Et c’est bien dommage, tellement le rêve et l’espérance, malgré tout, étaient grands de le voir prendre en main notre destin national pour bâtir un Sénégal plus uni et plus prospère où chaque compétence aurait des chances égales de servir l’idéal national. Le rêve s’éloigne et l’espérance, chaque jour, diminue d’intensité, pour laisser place à l’amertume d’un grand gâchis.

 

La cime, la distance, la suffisance et la gestion solitaire du parti ne sont en réalité que l’expression d’un égocentrisme débordant qui cache une peur de la contradiction et de la confrontation des idées. L’état de la connaissance des peuples est tel qu’ils sont affranchis des mythes et nul ne pourra à l’avenir espérer présider à la destinée des nations sans une démarche participative qui mutualise les compétences et intègre les préoccupations des uns et des autres. Comme le disait François Mitterrand, «L’homme politique s’exprime d’abord par ses actes ; c’est d’eux dont il est comptable ; discours et écrits ne sont que des pièces d’appui au service de son œuvre d’action». Et, finalement, la leçon que nous retenons est que le groupe est toujours plus intelligent que le plus intelligent du groupe, en bien comme en mal.

 

 

Docteur Moustapha LO

REWMI Louga

 

 

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