Qui est Cheikh Mouhamadou Saïdou Ba, l’initiateur ?

La 85ème édition du Daaka de Médina Gounass est prévue du 18 au 28 avril 2026. EnQuête fait un focus sur Cheikh Mouhamadou Saïdou Ba, l’initiateur de cette grande manifestation religieuse qui se déroulera sur une durée de 10 jours.
C'est aujourd'hui que démarre le Daaka de Médina Gounass, pour une durée de 20 jours. Cette retraite spirituelle doit sa tenue à Cheikh Mouhamadou Saïdou Ba qui est en 1900 à Thikité, dans le Fouta Toro (Sénégal). Il est le fils de Thierno Saïdou Alpha Hammath et de Sokhna Hawoly Bah. Il perdit sa mère à l’âge de 9 ans, puis son père à 14 ans. Très tôt, il se distingua par sa piété, son intelligence et sa profonde humilité.
Il reçut une formation spirituelle rigoureuse auprès de quatre maîtres éminents : Cheikh Yoro Baal Anne, Cheikh Hameth Baba Talla, Cheikh Aladji Aly Thiam et Cheikh Ahmad Barro. C'est ce dernier qui l’éleva au rang de Moukhadam, puis de Khalife dans la Tidjaniya.
En 1936, il fonda Médina Gounass, en Haute-Casamance, qui deviendra un haut lieu spirituel. Il y institua le Daaka, une retraite annuelle de 10 jours dans la brousse, consacrée à la récitation du Coran et à l’évocation d’Allah, visant à purifier le cœur des attaches matérielles.
Pionnier de l’implantation islamique, il fonda 65 villages, dont 51 au Sénégal, chacun doté d’une mosquée, d’une école coranique et d’un imam. Il joua un rôle majeur dans la diffusion de l’islam et de la Tidjaniya en Afrique de l’Ouest.
Il s’éteignit le 26 juin 1980 à Dakar, après une vie entièrement consacrée à la voie spirituelle. Il repose désormais à Médina Gounass, la cité bénie qu’il a fondée.
À propos du Daaka : Voyage au cœur d’une ascension spirituelle inédite
Avec le Daaka de Médina Gounass, qui s’ouvre aujourd’hui pour se terminer le 27 avril 2026, il convient de méditer sur l'essence spirituelle de cette pratique ancestrale qu'est la retraite spirituelle en Islam, connue sous le nom de "khalwa". Cette tradition, profondément ancrée dans l'héritage islamique, trouve dans le Daaka une expression particulièrement puissante et authentique.
Selon Seydi Diallo, enseignant à l'IEF de Kaolack, la pratique de la retraite spirituelle remonte aux premiers temps de l'Islam. Le Prophète Muhammad (Paix et bénédiction d'Allah sur lui) avait coutume de se retirer dans la grotte de Hira, sur le mont Nour près de La Mecque, pour méditer et se recueillir. C'est dans cette solitude contemplative, loin du tumulte des hommes et dans le silence dense des nuits, qu'il reçut la première révélation coranique. Cette tradition prophétique constitue le fondement spirituel de toutes les formes de retraites qui se sont développées ultérieurement dans le monde musulman.
"La Khalwa, terme arabe désignant l'isolement volontaire dans un but spirituel, s'est progressivement institutionnalisée dans diverses traditions soufies, dont la Tidjaniya à laquelle appartient la communauté de Médina Gounass. Thierno Mouhamadou Seydou Bâ, initiateur du Daaka en 1942, s'inscrivait pleinement dans cette lignée spirituelle lorsqu'il institua cette retraite annuelle de dix jours dans la brousse, à plusieurs kilomètres de sa cité. L'une des dimensions essentielles de la Khalwa réside dans la rupture temporaire avec le rythme et les préoccupations de la vie ordinaire. Dans un monde marqué par l'agitation et la dispersion de l'attention, cette interruption volontaire constitue déjà un acte spirituel fort", souligne-t-il.
Ainsi, le Daaka de Médina Gounass, poursuit-il, matérialise cette rupture de manière concrète. Pendant dix jours, les participants quittent leurs foyers, leurs occupations et leurs habitudes de confort pour s'immerger dans un environnement entièrement dédié à l'adoration. La chaleur de la brousse, la poussière sous les pas, la promiscuité des installations… tout rappelle à l’homme sa condition essentielle. Et dans ce dépouillement, un silence nouveau apparaît, parfois traversé par le murmure des invocations collectives.
Le Daaka, d'après lui, n’est donc pas une fuite, mais une mise à distance pour mieux revenir. Si la Khalwa implique un retrait physique, fait-il remarquer, son objectif véritable est intérieur : la purification de l'âme. Le Coran le rappelle avec clarté : "Réussit, certes, celui qui la purifie [son âme]. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt" (Sourate 91, versets 9-10).
"Le Daaka offre un cadre propice à ce travail. L'éloignement des distractions et la discipline des journées favorisent une confrontation avec soi-même. Les voiles du nafs deviennent plus visibles, notamment dans les moments de solitude ou aux premières heures de l’aube, lorsque l’homme, face à lui-même, ne peut plus se dissimuler. Cette dimension purificatrice s'inscrit dans la tradition du Dental, qui place le cœur au centre du cheminement spirituel. "Le cœur est comme un miroir ; pour qu'il reflète la lumière divine, il doit être nettoyé", affirme l'enseignant à l'IEF de Kaolack.
D'après lui, la retraite spirituelle se caractérise également par une intensification des pratiques religieuses. Car, ce qui, dans la vie ordinaire, peut parfois se limiter au minimum, devient ici une présence continue. Ainsi, les cinq prières quotidiennes sont accomplies avec rigueur et enrichies de pratiques surérogatoires. « La récitation du Coran occupe une place centrale, notamment à l’aube, lorsque les voix s’élèvent dans une atmosphère empreinte de recueillement. Le Zikr atteint une intensité particulière, avec les 12 000 "Salatoul Fatiha" et les 41 "Sayfiyou", propres à la tradition du Dental. Mais cette intensification, explique-t-il, vise avant tout la qualité : prier avec présence, invoquer avec conscience ».
Donner corps à l’idéal de la ummah
En outre, le Daaka, sans être une retraite silencieuse, offre de véritables espaces de silence, selon Seydi Diallo. Le calme de la brousse, les instants suspendus avant l’aube ou après les invocations, permettent une écoute intérieure plus fine, assure-t-il. Cet équilibre entre action et réceptivité est au cœur de la tradition du Dental. Car une langue qui invoque sans un cœur attentif reste incomplète.
"La présence de milliers de participants engagés dans la même quête crée une dynamique collective forte. Les difficultés, chaleur, fatigue, conditions rudimentaires deviennent des moyens d’éducation spirituelle : patience, humilité, entraide. Cette dimension collective donne corps à l’idéal de la ummah, où chacun est soutenu par l’élan du groupe. Au cœur du Daaka, les enseignements occupent une place centrale. Les enregistrements audios laissés par Thierno Mouhamadou Seydou Bâ continuent de guider les participants. Ils abordent les sciences islamiques, mais surtout les dimensions intérieures de la foi. Sous l’éclairage du Khalife Thierno Amadou Tidiane Bâ, ces enseignements prennent une dimension vivante. Ils ne sont pas seulement compris, ils sont incarnés. Et c’est peut-être là l’une des singularités du Daaka, une transmission à la fois héritée, écoutée et vécue", dit-il.
Avant d'ajouter que si la retraite implique un retrait temporaire du monde, son objectif n'est pas la fuite, mais une réintégration transformée. Le véritable succès du Daaka se mesure aux changements durables dans la vie des participants. Que vous soyez habitué ou futur participant, cette expérience possède une portée unique. Car comme le rappelle un hadith qudsi : "Celui qui se rapproche de Moi d'un empan, Je Me rapproche de lui d'une coudée..."
Le Daaka de Médina Gounass est une invitation à faire ce premier pas, selon lui. Ce qui lui permet d'affirmer qu'au Daaka, c’est Allah que l’on regarde, écoute, cherche, invoque, pleure, et que l’on aime.
CHEIKH THIAM







