Publié le 17 Sep 2013 - 16:08
LIBRE PAROLE – GOUVERNEMENT

Bons points pour la restauration du ministère du Plan, mais...

Après plus d'une année de conduite de politiques publiques correspondant au tiers du parcours avant les échéances de la présidentielle prochaine, la formation du deuxième gouvernement de la quatrième république du Sénégal post-indépendance extériorise une volonté politique plus accrue de faire bouger les lignes vers l'objectif de relever le taux de croissance économique qui reste encore faible. A ce niveau, il n'y a pas de baguette magique, ni de recettes miracles ! Seule l'augmentation assez sensible de la richesse nationale peut permettre de venir à bout des nombreux défis qui assaillent le Sénégal d'aujourd'hui.

En vérité, la croissance économique en 2012 et pour 2013 autour de 3% est loin d'être suffisante pour provoquer une accumulation interne du capital capable d'accroître significativement les revenus, de créer de nombreux emplois et d'apporter des réponses adéquates à la satisfaction de la demande sociale, avant terme. En effet, l'atteinte d'une croissance économique au moins égale au double de la croissance démographique autour de 6% à 7% à partir de l'horizon 2015 (l'année 2014 étant considérée comme une année de mise en œuvre et de transition) demeure un objectif a minima pour  faire sortir le Sénégal de l'ornière et impose aux pouvoirs publics actuels de secouer le cocotier, dès à présent. Car, il faut se rendre compte qu'il y a eu des retards dans l'amélioration des indicateurs macroéconomiques qui se sont notablement détériorés sous l'emprise de la gouverne du Président Wade (non viabilité de la dette et rythme d'endettement effréné, déficit budgétaire accentué, taux de croissance faible, taux d'inflation élevé, déficit de la balance commerciale critique), lequel retard risque d'impacter négativement sur les étapes suivantes en rendant plus coriaces les thérapeutiques à apporter.

En plus des efforts très importants à fournir, sans perdre encore du temps, notamment pour accroître massivement les investissements dans les secteurs productifs et relever très vite la croissance économique, il y a lieu aussi d'œuvrer pour faire correspondre la structuration de la production nationale à celle de la consommation, d'accroître nos capacités exportatrices en créant des surplus et de favoriser une mobilisation sociale autour d'un pacte national d'initiatives et de solidarité pour relever les défis de la croissance forte et du développement véritable. Cette conscience citoyenne ou mobilisation sociale autour des objectifs du développement et de la croissance forte est indispensable pour mettre notre pays sur les rampes de l'émergence.

Le Sénégal d'aujourd'hui, inséré dans un monde frappé d'une crise aigue multidimensionnelle résultant de la financiarisation de l'économie virtuelle et aggravée par le changement climatique, reste toujours confronté à la fois à de multiples défis (alimentaire, énergétique, infrastructure, industriel, sécuritaire et de la paix en Casamance). Si bien que, dans un monde où les ressources  deviennent de plus en plus rares et dans lequel, les Etats nations affichent un repli identitaire par le développement d'un protectionnisme caché, en dépit d'un libre échangisme théorique incarné par l'OMC, tout retard dans l'examen et, partant, le règlement d'un problème, en rend difficile une solution efficace et se soldera par des coûts monstrueux, non seulement aux plans économique et politique, mais également en souffrances humaines.

Afin de vaincre tous ces nombreux défis qui se posent à la fois à notre pays dans un contexte international et national défavorable, une stratégie pour demain permettant le balisage du chemin et la fixation des repères pour éviter les à coups et reculs, s'avère d'une nécessité absolue. La stratégie pour demain se décline à travers un cadre ou un plan de développement économique et social qui contient un certain nombre d'objectifs et les moyens les plus propres à les atteindre, au moindre coût financier et humain. Le plan est, d'une manière générale, tout projet organisé qui comporte une suite cohérente d'opérations, permettant d'avancer sûrement à un rythme contrôlable. Les objectifs sont autant sociaux qu'économiques, culturels que matériels, tandis que les moyens sont d'abord financiers, mais encore techniques et humains avec une rationalité qui doit tendre le plan et l'humanisme qui doit l'animer. Dans cet exercice primordial pour nos économies en situation d'édification et de rattrapage, les problèmes politiques doivent passer au second plan pour laisser la priorité aux problèmes économiques et sociaux.

Il nous semble par conséquent que la restauration du ministère du Plan dans le deuxième gouvernement de la quatrième République constitue une excellente initiative, au sens où gouverner c'est prévoir. Or, les prévisions appellent la planification et l'anticipation sans lesquelles l'atteinte des objectifs de façon optimale sera difficile, car, comme le disait Gaston Berger, "Regarder l'avenir le bouleverse". C'est dire que le retour du Plan dans la stratégie gouvernementale pour demain est d'autant nécessaire et utile que nous vivons dans un monde de plus en plus complexe, où la technostructure favorise la convergence  des systèmes (globalisation), au point que de nos jours on parle de libéralisme planifié et de social démocratie, au regard des crises qui frappent l'économie pure de marché et des démocraties de l'Est.

Toutefois, le ministère du plan gagnerait à avoir une substance réelle en occupant une place importante et transversale dans l'architecture gouvernementale. Autant nous nous interrogeons sur la pertinence de la création du ministère des Investissements et du Partenariat, si ce n'est une importance plus accrue donnée à ce secteur par rapport au challenge, autant nous nous félicitons du retour des Mines à l'Industrie en raison de leur forte interactivité.

Kadialy  Gassama, Économiste

Rue Faidherbe X Pierre Verger

Rufisque

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