Publié le 13 Mar 2014 - 02:32
MAMADOU MOUSTAPHA WONE, SOCIOLOGUE

Polygamie et narcissisme

 

La conjoncture économique n'a pas découragé les hommes qui ont un penchant pour la polygamie, même si, selon le sociologue et enseignant à l'Enea, Mamadou Moustapha Wone, il n’y a pas de réelles études sur ce phénomène. Mais comme d'autres, il pense que la polygamie en ville a beaucoup perdu de son espace, ''si on ne se limite à des observations assez frustes.'' 

Ceux qui ont franchi le pas, pour lui, ont été pour la plupart guidés par le narcissisme. ''Dans la pratique de la polygamie, il y a une grande part de narcissisme que rien n’explique, à part le simple fait de ne penser qu’à soi, dans tous les cas de figure'', fait-il remarquer d'emblée.

Le sociologue va plus loin dans ses explications. ''Les hommes se remarient, à l’heure actuelle, pour plusieurs raisons. Par exemple, au bout de plusieurs années de mariage, la flamme qui entretenait cette union au début commence à flétrir. On ne regarde plus sa première épouse, comme avant, avec sa fraîcheur de jeunesse.

Au bout de plusieurs accouchements, la pauvre commence à se faner, alors que monsieur à 45 ans est encore très vigoureux et se voit entouré de jeunes filles plus coquettes et plus espiègles. Il faut dire qu’il n’est pas toujours facile de résister aux assauts répétitifs de ces midinettes qui n’ont pas froid aux yeux et qui savent où se trouvent l’argent : chez les nouveaux parvenus de 40-45 ans''.

Désir des hommes de s'offrir une cure de jouvence....

Les motivations sont aussi diverses. Même si elles sont nobles dans certains cas, le sociologue Moustapha Wone souligne qu'en ville, les jeunes s'inscrivent le plus souvent dans une logique :  se payer une nouvelle jeunesse.  ''La polygamie en ville est le plus souvent une recherche de mieux être que rien ne justifie, si on s’inscrit dans ce cadre que le mariage, c’est pour le meilleur et pour le pire.

Les hommes se croient toujours dans leur propre droit. Et que si l’envie leur venait, ils n’ont pas à se priver, au profit de leurs enfants ou d’autres investissements plus mercantiles. Là également, c’est le plaisir de se renouveler qui se joue. L'autre raison, il se peut bien que leur première femme soit très difficile à gérer et que l’homme cherche où souffler un peu, sans divorcer d’avec elle. Là également, l’on voit que c’est la recherche de la joie de vivre qui prévaut.''

Mais, déplore le sociologue, on oublie que la femme aussi est un être humain, elle a ses sentiments et souffre de cette situation. ''Tous ces cas de figure peuvent arriver aux femmes. Elles peuvent vouloir avoir affaire avec une nouvelle jeunesse, c’est le cas des couguars. Il se peut que leurs maris soient impuissants ou stériles.

Et il se peut que leurs maris soient difficiles à gérer, d’humeur colérique, mais elles restent généralement''. Pour le sociologue, ''la seule façon de contraindre les hommes à être moins narcissiques, est d’arriver à interdire la polygamie ou d’arriver à la permettre pour tout le monde, sans distinction de sexe''.

''Dans ce contexte d’éclosion des sentiments, ajoute-t-il, les hommes comprendront alors qu’ils ne sont pas les seuls à avoir le monopole du désir. Que la douleur que les femmes éprouvent et qui les rongent également, n’est pas le fruit de leur faiblesse, encore moins de leur jalousie, mais de leur cœur et le cœur : il n’est ni masculin, ni féminin ! Il est tout simplement et il ne faut pas croire qu’il est insensible chez les femmes.''

 

 

 

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