Publié le 4 Aug 2026 - 11:23
132e ÉDITIONS MAGAL DE TOUBA  

Dakar, “ville fantôme” 

 

Bien que le lendemain du magal ne soit pas déclaré férié, Dakar était quasi à l’arrêt.

 

Magasins fermés, voies dégagées, moteurs à l’arrêt…. Tel est le décor de la grouillante Dakar, en ce lundi 23 août 2026, lendemain du grand magal de Touba. Bien que le gouvernement ne l’ait pas décrété férié, les travailleurs se font encore désirés. Bakari est conducteur de moto Jakarta. D’habitude très occupé à transporter, d’un point à un autre, des travailleurs soucieux de contourner les embouteillages monstres de la capitale, il tourne les pouces. “Comme vous le voyez, il n'y a personne ! On roule depuis ce matin à la recherche de clients, on consomme du carburant, mais il n'y a rien du tout ! La ville est complètement vide”, confie t-il stoïque.

A Sandaga, en plein cœur de la capitale, l’ambiance est presque identique. Moins de clients, moins de commerçants, plusieurs commerces fermés. Ce ralentissement des activités affecte sérieusement les acteurs du transport urbain. Trouvé au garage Lat Dior, ce conducteur de « Bus AFTU » ne dit pas le contraire.  Habitué aux embouteillages et aux flux ininterrompus de passagers, Bachir Ba constate le vide : “Rien à voir avec nos journées habituelles. Si d'habitude nous faisons trois rotations complètes avec des bus pleins, aujourd’hui, malgré la limitation des rotations à deux, nous peinons à faire le plein. Les véhicules tournent presque à vide.”

Assis dans son atelier, Ahmed Gueye passe ce jour à contempler les rues quasi désertes de Sandaga. Pour lui, l'absence de la clientèle locale se fait durement sentir : “Les clients sénégalais sont introuvables. Cela se comprend, parce que la plupart des gens sont partis au magal et ne sont pas encore rentrés. Heureusement qu'il me reste quelques clients étrangers qui viennent pour des modèles particuliers ou des retouches. On fait avec en attendant le retour de tout le monde.” 

Cette baisse de l’activité dans le secteur informel est aussi le reflet du rythme des dans les bureaux et autres enseignes du secteur formel. Même si certains ont tenu à honorer leurs engagements contractuels, ils restent une infime minorité face au grand nombre qui, pour une raison ou une autre, ne s’est pas encore pointé. Pour la majeure partie de nos interlocuteurs, c’est tout à fait normal parce qu’il est presque impossible de quitter Touba et d’aller au travail, à moins d’être rentré le jour même du magal.

Cette situation est cependant loin d’être une surprise pour les Dakarois. D’habitude, après le magal, ils sont nombreux les opérateurs économiques à s’attribuer des congés. Surtout dans le secteur informel qui concentre une forte communauté de mourides. Nos interlocuteurs semblent en être conscients et tablent sur un retour progressif à la normale d'ici le milieu de la semaine, une fois que la vague des pèlerins aura regagné la capitale.

Il faut rappeler que pendant longtemps le grand magal de Touba n’était pas un jour férié. Mais depuis quelques années, le gouvernement en fait un férié mais uniquement pour le jour du magal. Cette année, puisque le magal est tombé un dimanche, certains s’attendaient à ce que le lendemain soit décrété férié, mais aucune mesure n’a été prise dans ce sens. Il n’empêche, plusieurs travailleurs se sont arrogés le privilège de rester tranquillement chez eux.

Le lendemain de magal n’a jamais été férié

Certains responsables à Pastef n’ont pas manqué d’utiliser cette question pour accuser le régime de Diomaye de manque d’égard envers le magal. Pour Imam Dramé, il est inadmissible que le lendemain du magal ne soit pas décrété férié. “Nous avons été surpris quand nous avons entendu que le lendemain du magal n’est pas férié. Ceux qui conseillent le président de la République ne l’aident vraiment pas. Nous ne pouvons pas comprendre qu’il offre deux jours de férié pour la Coupe d’Afrique qui n’est qu’un jeu sans importance pour le pays. Mais pour le magal (lendemain de magal), on refuse de le décréter jour férié”, a-t-il accusé. Pour lui, “c’est une erreur monumentale, d’autant plus que c’était déjà un acquis pour Touba depuis Macky Sall et sous Ousmane Sonko également à deux reprises”.

Sur la web TV Sénégal 7, l’ancien député Cheikh Abdou Mbacké Bara Doli a tenu à apporter des précisions. Il peste : “Dire que le lendemain du magal est férié est une contre-vérité. L’année passée, c’était un jour de mercure et le lendemain n’était pas férié. Il en est ainsi depuis le départ de Macky Sall. Il faut arrêter les amalgames et les manipulations.”

Il convient de rappeler que jamais le lendemain du magal n’a été déclaré férié. De 2017 à 2025, le seul magal tombé sur un dimanche remonte à 2018. Le jour de célébration était férié conformément à la législation, mais le lendemain n’était pas férié. Idem pour les autres éditions célébrées en semaine. À noter aussi que le magal s’est tenu sous Ousmane Sonko en 2024 et en 2025. Pour le magal 2024, c’était le vendredi 23 août. Pour 2025, c’était le mercredi 13 août. Le lendemain de Magal n’était férié ni pour 2024 ni pour 2025.

Par Mariama Sakho (stagiaire)

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