Publié le 9 Feb 2016 - 09:50

PERILS DEMOCRATIQUES ET MENACES TERRORISTES

 

A mesure que s’approche l’année électorale prévue en 2017, une grande confusion s’installe au sein de la société sénégalaise dans son ensemble, mais plus particulièrement au sein du champ politique. Vivant sous la psychose d’attentats djihadistes, qui ont déjà atteint la France, mais aussi plusieurs pays de la sous-région, particulièrement le Mali et le Burkina-Faso, notre pays vit un véritable maelström d’intolérance alimenté par des provocateurs cherchant à instrumentaliser la foi des croyants, soit pour faire diversion, ou tout simplement à des fins machiavéliques.

C’est donc dire que la crise sociopolitique due à l’inconséquence de notre classe politique, qui rechigne à mettre en œuvre les réformes démocratiques venues à maturité, est l’alliée la plus sûre des groupes terroristes, qui rôdent à nos frontières.

L’INTOLERANCE, PREMIERE CAUSE DU TERRORISME

S’il est vrai qu’aucun attentat djihadiste n’a encore été perpétré au Sénégal, il faut néanmoins reconnaître que des préjugés pseudo-religieux nourrissent l’animosité grandissante, qui caractérise les rapports entre acteurs sociopolitiques. Il est en tout cas difficile de s’y retrouver entre la désapprobation des manières efféminées de chanteurs célèbres, l’incitation au lynchage d’auteurs présumés d’actes contre-nature, les caricatures offensantes à l’encontre d’un des plus éminents marabouts sénégalais, la demande de limogeage d’un ministre droit-de-l’hommiste, la remise en cause de la laïcité, une des pierres angulaires de l’exception démocratique sénégalaise et peut-être même demain la fin de la coexistence pacifique entre les diverses communautés religieuses de notre pays.

C’est aussi contre toutes ces dérives, cette promotion "d’anti-valeurs" que le peuple des Assises entendait lutter, tout en promouvant la protection et la promotion des valeurs positives de notre société. Toujours est-il que c’est dans ce contexte délétère que le Président de la République semble aller résolument vers le renoncement au processus de refondation institutionnelle amorcé par les Assises Nationales, si l’on en juge par le projet  de réforme qu’il envisage de soumettre au référendum.

DES REFORMES NON CONCERTEES ET "NON CONSOLIDANTES"

Même au cas où la réduction du mandat présidentiel serait acquise, les autres réformes proposées sont largement en deçà des conclusions des Assises Nationales et des recommandations de la Commission Nationale de Réforme des Institutions.

Selon le M23, "les 15 mesures du projet de révision constitutionnelle proposées, tout comme les critiques formulées pour le moment par les différents acteurs, ne se situent pas à la hauteur des attentes exprimées depuis le 23 juin 2011".

La Plateforme « Avenir bi ñu bëgg », sans même attendre la fin d’éventuelles concertations, promet de voter oui au référendum, tout en déplorant, lui aussi, le manque d’ambition du projet de réforme constitutionnelle.

C’est aussi la conclusion, à laquelle la Confédération pour la Démocratie et le Socialisme, dont certains membres sont partie prenante de la Coalition présidentielle, a abouti dans une déclaration rendue publique à la mi-janvier 2016. Elle considère, en effet, que "les propositions, telles que déclinées dans leur forme actuelle, ne prennent visiblement pas en charge les préoccupations majeures des citoyens sénégalais en matière de réformes institutionnelles". Et d’en tirer la conclusion que "le Président de la République devrait organiser des concertations avec tous les acteurs, toutes les forces politiques, sociales et citoyennes du pays, à travers un débat public national, diversifié et inclusif, afin d’aboutir à des réformes consensuelles, largement partagées, fortes et durables".

Quant aux partis socio-démocrates (AFP et PS) qui, lors des élections présidentielles de 2012, dirigeaient respectivement les coalitions Benno Siggil Senegaal et Benno ak Tanor et avaient souscrit sans réserve aux conclusions des Assises Nationales, ils semblent vouloir faire profil bas et avaliser, encore une fois, les manigances auxquelles le pouvoir néolibéral nous a habitué.

Et pourtant, l’actualité et la pertinence des recommandations de la C.N.R.I inspirées des conclusions des Assises Nationales ne font l’ombre d’aucun doute.

LA REFONDATION INSTITUTIONNELLE PLUS ACTUELLE QUE JAMAIS

Nous ne nous attarderons pas sur les innombrables luttes syndicales dues le plus souvent au non-respect d’accords que le gouvernement de Benno Bokk Yakaar. Nous signalerons simplement qu’aussi bien la mise sur pied du Haut-Conseil du Dialogue Social, l’existence d’un pacte de stabilité sociale que la cooptation de leaders syndicalistes dans le C.E.S.E n’auront réussi à juguler les légitimes luttes des travailleurs.

Sur le plan politique, l’hyper-présidentialisme continue de coexister avec une assemblée nationale, qui est restée une chambre d’enregistrement qu’elle n’a jamais cessé d’être. La stratégie de débauchage tous azimuts de transhumants supposés être de « grands électeurs », les audiences accordées à des groupes ethniques, les tentatives d’amadouer des groupes socioprofessionnels (camionneurs, médecins, avocats, magistrats…), l’implication personnelle du Chef de l’Etat dans le lancement ou l’inauguration d’ouvrages – dont certains futiles voire insignifiants - font régner une atmosphère de campagne électorale permanente, donnant une longueur d’avance au Président de l’APR, qui n’a pas fini de regrouper tous les membres de sa Coalition autour de sa très probable candidature.

Les retombées du scandale de l’I.A.A.F posent avec acuité la problématique du financement des partis.

On ne peut que constater l’échec de la réforme de l’Acte 3 de la Décentralisation rejeté par les travailleurs municipaux.

Un malaise persistant est perceptible au niveau de l’Institution Judiciaire, au sein de laquelle les différents acteurs s’entre-déchirent. Il faut dire qu’en cette période préélectorale, les reniements  présidentiels sur la refondation institutionnelle et les appétits de pouvoirs de certains partis alliés risquent de conduire à une recomposition politique passant par la décrispation du climat politique et le gel de la traque des biens mal acquis, comme préalable à l’enrôlement de personnalités de l’Opposition

LA PRIMAUTE DE L’OFFRE POLITIQUE SUR LES QUERELLES DE CLOCHER

Il semble bien que la coalition présidentielle est rattrapée par l’absence de convergences programmatiques. Le seul dénominateur commun de Benno Bokk Yakaar semble être un plan supposé favoriser l’émergence de notre pays, qui a été élaboré en cours de mandat, après que le Yoonu Yokkuté ait été jeté aux orties.

La recherche de compromis sur les conclusions des Assises Nationales fut habilement torpillée par la mise en place de la C.N.R.I, que les militants apéristes et les conseillers du Président seront les premiers à désavouer, dès qu’ils prendront connaissance du contenu du rapport.

Le fonctionnement de Benno Bokk Yakaar, qui peine à sortir d’une torpeur congénitale, est caractérisé par le clientélisme, une opacité notoire ainsi qu’une culture du totalitarisme et de l’unanimisme. Par ailleurs, le manque total de traitement politique des différends au sein de la coalition présidentielle crée des lignes de fracture dans les partis alliés voués sinon à la scission, tout au moins à un déclin inexorable.

Il y a également un conflit ouvert entre l’Etat central et les collectivités locales dû au manque de concertation sur l’Acte 3 de la décentralisation aggravé par les querelles de leadership entre l’APR et une frange du parti socialiste.

Au-delà des querelles crypto-personnelles, le peuple sénégalais, qui a toujours fait preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit, attend de la classe politique des offres programmatiques sérieuses, qui dans la période actuelle ne sauraient occulter la nécessité d’une véritable refondation institutionnelle.

NIOXOR TINE

 

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