Publié le 23 Feb 2024 - 17:50

Vent de libération sans brise de raison ?

 

Des activistes, des jeunes manifestants emprisonnés depuis plusieurs mois et subitement libérés. Scènes de joie chez leurs familles et camarades de parti, des parti-otes. Ils occupent la scène. Des témoignages sur leurs arrestations et conditions de détention inondent les réseaux sociaux. Une victimisation à outrance. A tort ou à raison ? A un certain degré, c'est la crédibilité du récit qui risque de prendre un sacré coup. Le coût à payer pour faire table rase sur la responsabilité de chaque acteur dans ces violences politiques à répétition dans l'espace public depuis février 2021 ?

Ils ont insisté plus sur l'acte d'arrestation que sur les actes commis ayant conduit leur arrestation. Une arrestation doit être toujours motivée tout comme une libération. Sous les tropiques sénégalais, c’est tout autre. L'une est motivée par un duel politique ponctué de manifestations violentes, l'autre, par un dialogue politique rythmé de concertations étonnantes. Des négociations détonantes qui ont fait souffler les vents de libération, du dégel, de la décrispation et de l'apaisement. C’est la conviction des médiateurs du dimanche. Ce qui est bien pour la paix sociale et la stabilité politique du pays. La démocratie - téranga s'en porterait mieux ? Certainement. Pour combien de temps ?

Parce qu’entre la pandémie du Covid-19 et aujourd’hui, le peuple en a bavé. Il en a vu de toutes les couleurs. Couvre-feux, restrictions des déplacements, distanciation sociale, amendes pour non-respect du port de masque dans l’espace public ou dans les transports en commun, la chicote pour violation du couvre-feu… S’en suivent les dégâts collatéraux de l’affaire Sweet Beauté : pillages de stations-services et grandes surfaces, destruction de biens publics et privés, saccage d’écoles et d’universités…des blessés et des morts, en mars 2021 et juin 2023. De la « fréquentation de la jeunesse » à la « corruption de la jeunesse », près de 40 jeunes ont perdu la vie lors de manifestations dans le pays. Le vent de libération doit-il balayer cette partie sombre de notre histoire politique au nom de l’entente politico-politique ? De l’amnistie ? De l’amnésie partielle ?

Ce fort vent de libération doit-il réduire au silence le sifflement de cette brise de raison ? Non, non et non. D'autant plus que la multiplicité des soi-disant dialogues nationaux, politiques ou concertations a démontré, dans un passé récent, que le seul accord scellé lors de ces messes politiciennes, c'est l'accord sur leur désaccord permanent. L'essentiel national n'a jamais été au cœur de ces inefficientes palabres dites nationales. Or, la paix sociale et la stabilité d’un pays ne dépendent pas uniquement des politiques. C’est l’affaire de tous.

Donc, ce qu'il nous faut, après ces moments troubles, 2020-2024, attisés par le report unilatéral de la présidentielle du 25 février 2024, c’est de tordre le cou à la « démocratie-téranga ». Un premier pas pour mettre en place un mécanisme où la vérité, la justice, le pardon et la réconciliation seront au menu pour panser les plaies béantes de la fracture politico-sociale, terriblement vécue ces dernières années, pour espérer vivre dans une société apaisée afin d’entamer lucidement notre entrée sereine dans le monde des pays exportateurs de gaz et de pétrole. Les mauvais arrangements risquent de coûter très cher à la Patrie. Et la mort hier de l’étudiant de l’Ugb, Prosper Clédor Senghor, quatrième victime des manifestations contre le report de la présidentielle, à la veille de la prise de parole du « reporteur en chef », c’est juste une piqûre de rappel.  

PAR PAPA MOCTAR SELANE
 

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